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Tessy de Luxembourg, féministe en acier trempé : « La politique, c’est ma vie »

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Tessy de Nassau devant la Queen's Gate de Kensington Gardens, l'un des parcs royaux de Londres. Elle y fait son jogging quotidien. | © Paris Match / Ronald Dersin.

Politique

L’ex-épouse du prince Louis de Luxembourg fait une carrière internationale dans l’humanitaire, l’éducation et la communication. Elle rêve de travailler un jour pour l’Otan. Féministe, carriériste et férue de politique, Tessy a reçu Paris Match dans le cadre de son travail à Londres. Entretien au long cours.

L’histoire avait démarré sous le sceau d’un romantisme débridé : le prince Louis n’a pas vingt ans lorsqu’il annonce à ses parents que son amoureuse, une jeune Luxembourgeoise, Tessy Antony, est enceinte. Elle a un an de plus que lui, elle est roturière, rencontrée dans une caserne militaire près de Diekirch. Son père est artisan couvreur et militant socialiste.

Le Palais, constatant que l’amour est intraitable, donne sa bénédiction à cette union hors conventions. Le mariage a lieu en 2006, en présence de Gabriel, le fils aîné du couple adolescent, âgé de quelques mois. Lors de ces noces et dès l’annonce du divorce en 2016, le couple fait les choux gras des médias, notamment anglo-saxons. Le conte du prince et de la bergère nourrit les fantasmes.

La princesse Tessy [cela reste son nom jusqu’à la conclusion finale de la procédure] nous accueille chez elle à South Kensington. Une rue cossue, proprette, discrète. Une porte vernie qui rappelle ces décors de séries télé britanniques.

Dotée d’une expérience militaire, ambassadrice pour Onusida, centrée sur les relations internationales, elle évoque avec la même aisance droits de l’homme, crise des réfugiés, harcèlement sexuel, terrorisme ou Brexit. Au-delà d’un côté fleur bleue affiché par moments [dont cette espèce d’admiration pour Lady Di, icône d’une forme de chambardement glossy de la monarchie], Tessy Antony qui cumule les « degrees » semble, pour rester dans le franglais qu’elle pratique gaiement, très « career oriented ». Sous des allures éthérées, on découvre une femme en acier trempé qui ambitionne d’être consul du Luxembourg et de travailler un jour pour l’Otan.

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La nouvelle vie de Tessy : un enchaînement de conférences de haut vol aux quatre coins du monde. DR.

Paris Match. On vous a reproché sur les réseaux sociaux d’abuser de votre titre.  Vous avez demandé qu’on vous appelle Tessy « from Luxemburg » et non plus « of Luxemburg ». On a vu aussi Tessy Antony.

Tessy de Luxembourg. Tous les noms que j’utilise m’appartiennent. Le titre et le nom de Luxembourg apparaissent sur tous mes documents officiels comme mon passeport. Il est donc logique et évident que j’utilise mon nom légal dans ma vie et mon travail.

J’interviens au sujet des droits de l’homme et des droits des femmes, de l’éducation des millennials (notamment avec « Professors without Borders »), de changement dans le monde politique, de climat …

Que vous inspire la cause des femmes aujourd’hui, dont il a été beaucoup question récemment à travers notamment les questions de harcèlement sexuel ?

Je suis marraine d’UNA UK (United Nations Association, Royaume Uni) qui œuvre au maintien de la paix. Ils m’ont sélectionnée car j’étais moi-même « peacekeeper ». J’ai travaillé notamment au Kosovo. J’ai pu prendre la parole lors d’une conférence sur la question des abus sexuels par des soldats. La violence sexuelle est un problème énorme. Elle a lieu entre militaires, entre civils, à la maison. Partout dans le monde, des gens abusent de leurs fonctions pour assaillir d’autres gens. C’est très bien que l’affaire Weinstein ait permis de capter l’attention de la presse sur ces questions mais on parle de ces abus sexuels depuis cinquante ou septante ans et même davantage. On retrouve ce phénomène dans toutes les sphères de la société.

Quant aux violences dans le contexte militaire, les gens les ont longtemps justifiées en invoquant le temps de guerre … Les assauts directs ou indirects, je les connais bien et je les maîtrise. Je connais ce milieu, je connais aussi ces blagues machistes et, en tant qu’ancienne militaire, je sais réagir ! Lorsque j’étais à l’armée, deux autres soldats ont essayé de me faire du mal mais j’étais équipée pour me défendre. Heureusement j’avais la formation et j’ai réagi d’instinct. J’ai cassé le nez d’un de ces soldats ! Je veux transmettre mon expérience à toutes les femmes. À celles qui nous lisent, je dis ceci : n’hésitez pas à protéger votre honneur et votre corps. Soyez forte, soyez vous-même. Il y a des femmes qui n’ont pas le courage ou la possibilité de dénoncer une injustice. Il est nécessaire d’y travailler tous ensemble, en « join forces ».

Chaque mois avec Vice Media, nous touchons 75 millions de jeunes dans le monde entier. Je suis personnellement directrice pour le Moyen Orient, l’Afrique et l’Europe, je travaille comme conseiller dans l’impact social, l’inclusion des jeunes dans la politique locale et les campagnes médiatiques. J’interviens au sujet des droits de l’homme et des droits des femmes, de l’éducation des millennials (notamment avec « Professors without Borders »), de changement dans le monde politique, de climat … Nous vivons une période cruciale car tous ces domaines sont en pleine évolution.

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© Paris Match / Ronald Dersin.

Vous avez étudié les relations internationales à Richmond, à l’American International University de Londres. Vous avez rédigé une thèse sur la montée du nationalisme en Europe, centrée notamment sur le cas d’Aube dorée, le parti grec d’extrême droite.

C’est important de se sentir à la maison quelque part. Je me sens moi-même très luxembourgeoise mais j’embrasse aussi la diversité de mon pays et la montée de l’extrême droite m’inquiète grandement. Dans ce domaine comme dans d’autres, nous avons besoins de leaders compétents, il faut aussi une bonne communication entre politiciens. Le sujet énorme, c’est évidemment la question des réfugiés. Cette question permet malheureusement au nationalisme et aux extrémismes de prendre de l’ampleur. Je suis consternée de constater la manière dont les politiciens d’extrême droite utilisent aujourd’hui la malheureuse réalité de ceux qui ont fui la guerre pour renforcer leur rhétorique abjecte.

J’ai étudié les institutions et la diplomatie. La politique, c’est ma vie, elle m’entoure constamment. J’aimerais travailler pour l’Otan un jour.

Dans son quartier de South Kensington. Vêtue d’un manteau digne de Mary Poppins, elle nous emmène chez elle. © Paris Match / Ronald Dersin.

Vous comptez vous lancer en politique internationale ?

Absolument. J’ai étudié les institutions et la diplomatie. La politique, c’est ma vie, elle m’entoure constamment. J’aimerais travailler pour l’Otan un jour. Je rêve aussi de devenir consul, de représenter le Luxembourg dans un pays. Malheureusement je sais que mon divorce va toujours me mettre des barrières dans ce domaine car même aujourd’hui, il y a des gens qui aiment porter un jugement sur les affaires personnelles et la réputation, et pas toujours sur les compétences. Et j’aimerais devenir un jour ministre pour les « Women Challenges and Education », les défis des femmes et l’éducation, ou occuper un poste qui couvre ces deux initiatives pour le Luxembourg, voire un autre pays ou une autre organisation … À voir.

Vous travaillez parfois avec la princesse Mabel, veuve du prince Friso des Pays-Bas qui partage avec vous un parcours académique solide et le goût de la chose internationale. Sur quels terrains coopérez-vous ?

Nous travaillons ensemble dans le domaine de HIV-Aids, du sida. La princesse Mabel est une femme incroyable, d’un charisme inspirant. J’adore travailler avec elle comme j’adore travailler avec le prince Harry dans le même domaine. Ces deux personnes d’exception m’ont toujours acceptée pour mes qualifications et pas pour mon statut marital.

Vous avez officié jusqu’il y a un an au sein d’une agence britannique de sécurité, de renseignements, DS-48, qui propose « des services de gestion discrète du risque par le renseignement, travaille sur la prévention du risque et l’assistance d’urgence, à domicile ou à l’étranger ». En quoi consistait concrètement votre mission ?

DS-48 travaille avec 132 pays, dont les États-Unis. Il y a des partenariats avec la police, les entreprises de sécurité etc. Cela nous permet de disposer du meilleur équipement, toujours dans la plus totale légalité. Chaque projet est unique, il peut s’agir de firmes ou d’individus dont la réputation est détruite par exemple. Ces derniers cherchent à connaître les auteurs de cette démolition et cherchent à reprendre pied.

Dans le domaine de la cybersécurité, les nouvelles technologies soulèvent de vraies questions éthiques. Avez-vous entrevu la fin du Far West dans le big data ?

Sur le plan éthique, les nouvelles lois européennes de protection des données ont été d’application le 25 mai 2018. (Le RGPD confirme des principes de protection des données déjà existants et prévoit de nouveaux droits et nouvelles obligations. NDLR). Dorénavant aussi, une série de gadgets, comme les microphones placés dans les maisons par exemple, vont devenir complètement illégaux. Nombre de clients de DS-48 ont souffert de ces atteintes à la vie privée, des vidéos indûment positionnées par exemple. Ils bénéficient de l’appui des avocats de la firme.

Dans le salon sans façons de la petite maison qu’elle s’occupe à South Kensignton. © Paris Match / Ronald Dersin.

80 % des membres de l’ONU demandent plus de communication dans ce domaine de la prévention contre-terroriste mais ils manquent de ressources.

Votre précédent emploi touchait des domaines comme le terrorisme. Quel regard portez-vous sur cette lutte en termes de sécurité ?

Certains returnees qui ont combattu pour l’État islamique en Syrie peuvent être poursuivis légalement lorsqu’ils regagnent l’Angleterre. C’est important de coller systématiquement à la loi sinon il n’y a pas de limites. 80 % des membres de l’ONU demandent plus de communication dans ce domaine de la prévention contre-terroriste mais ils manquent de ressources. Il faut mettre en œuvre cette prévention mais dans la transparence, le respect des droits humains fondamentaux et des lois. C’est le challenge du XXIe siècle : comment marier l’ensemble et en faire quelque chose de positif. Nous avons besoin de « role models » pour nous guider, des leaders d’opinion qui détiennent des compétences riches.

Le contraste des contextes socio-familiaux respectifs [celui du prince Louis et le vôtre] et l’inévitable choc des cultures lié vous ont-ils parfois touchée ou déstabilisée ?

Non, ce choc des cultures dont vous parlez n’a pas eu lieu. Nos éducations, ce n’était pas le jour et la nuit. Vous savez, mes parents ont veillé à mon éducation. Mon père avait déjà l’habitude d’une vie publique en tant que politicien.

Votre père est artisan couvreur. Il a figuré sur une liste socialiste lors d’élections municipales. Pratique-t-il encore son métier ?

Il travaille comme professeur pour les enfants primo-arrivants, leur permet d’acquérir des « skills », des aptitudes. Il est membre du parti socialiste depuis 17 ans. Un homme qui est très aimé à la maison et dans la ville où il vit. Il fait toujours le maximum pour aider son prochain et m’a beaucoup inspirée.

L’intégralité de l’entretien est à lire dans Paris Match Belgique, édition du 11/10/18. 

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