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MYOC, pour un vote informé (même en dernière minute)

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J-2 avant les élections ! | © MYOC

Politique

« Tu vas voter pour qui ? » Pour enfin répondre à cette question inévitable à la veille des élections communales et voter en connaissance de cause, une plateforme lancée par trois jeunes belges permet d’y voir plus clair dans cette abondance de programmes. Son nom ? Make Your Own Choice. 

C’est la dernière ligne droite pour les candidats et les citoyens. À deux jours des élections communales, les premiers continuent leur campagne sur les réseaux sociaux et dans nos boîtes aux lettres, alors que les seconds se demandent encore pour qui ils vont voter. Un constat surtout présent chez les plus jeunes électeurs, qui voteront peut-être pour la première fois. Pour éviter qu’ils ne finissent par voter comme leurs parents, trois jeunes belges ont créé la plateforme gratuite et indépendante Make Your Own Choice (« Fais ton propre choix ») en avril dernier. Un outil qui permet de comparer rapidement les candidats et les différentes listes de chaque commune, sans devoir éplucher minutieusement les programmes, afin de voter en connaissance de cause. Enfin !

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« Mon frère est parti d’un constat qu’il a fait sur lui-même : il ne se rappelait plus pour qui il avait voté aux précédentes élections. Ses amis non plus », explique Sacha Henet, cofondateur de la plateforme avec son frère Cédric Henet et la femme de ce dernier, Maude Lebon. « L’idée est donc partie du constat que les gens se désintéressent de plus en plus de la politique. C’est un sujet de plus en plus récurrent dans les médias », observe-t-il. En effet, plus d’un Belge sur trois n’irait pas voter s’il n’y était pas obligé, selon un sondage publié mardi 9 octobre. Signe d’une politique complexe qui peine à toucher les nouvelles générations et d’un manque de transparence. « C’est aussi l’intérêt de MYOC de simplifier la politique, en la rendant plus accessible et transparente. Il faut donner envie aux gens de s’y intéresser. Et ça, c’est un travail qui n’est en tout cas pas fait par les politiciens », constate le jeune diplômé en droit de 24 ans.

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Vers des campagnes digitales

Grâce à cette initiative citoyenne, les électeurs se voient proposer une information claire et ludique, alors que les candidats, eux, bénéficient d’un nouvel outil pour s’adresser à un public qu’il ne touchait pas auparavant. Affiches dans les rues, tracts laissés dans les boîtes aux lettres (et aussitôt jetés), les campagnes essentiellement « papier » ne suffisent plus. « C’est complètement dépassé. Quelle information pouvez-vous retirer d’une affiche dans une rue ou des tracts ? Pas grand chose », lance le cofondateur issu d’une famille politisée, même s’il remarque que, cette année, les politiciens ont opéré un virage numérique. « Nous avons dépassé l’époque des tracts et des affiches, aujourd’hui ce sont les réseaux sociaux. Toutes les listes ont des sites vachement bien léchés. L’information digitale permet aux citoyens d’avoir facilement accès aux programmes des listes. Et c’est tant mieux », poursuit-il.

make your own choice
Pour que son équipe puisse continuer à redonner du sens à la démocratie représentative, les citoyens et candidats sont invités à faire un don sur le site de l’initiative citoyenne. © MYOC

Une recherche plus approfondie

En naviguant sur le site de Make Your Own Choice et en comparant les programmes des différentes listes, les électeurs peuvent arriver à une conclusion souvent critiquée en politique : les propositions se ressemblent fortement. « Très clairement, les programmes se positionnent sur les mêmes thématiques : mobilité, environnement, sécurité. C’est vraiment les trois éléments phares qui vont se passer aux communales. Et puis beaucoup proposent les mêmes choses… Par exemple, la mobilité douce, on la retrouve dans tous les programmes. Il y a vraiment une homogénéité dans les programmes », constate Sacha Henet.

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Ce qui ne doit pas non plus décourager l’électeur… « Il faut faire plus que lire les grandes lignes », conseille le jeune homme. « Il faut faire l’effort de découvrir les petits détails importants dans les différents programmes, de s’intéresser aussi à la personnalité des différents candidats. Via MYOC, on peut se rendre compte d’autres choses que simplement le programme : la manière dont rédige le candidat, des informations biographiques… Le vote aux communales, c’est aussi un vote de proximité. Il faut s’intéresser à la personnalité des candidats et ces éléments peuvent influencer le vote ».

En plus de permettre aux citoyens de voter en connaissance de cause, cet outil donne de la visibilité à tous les candidats de la même manière, dans la mesure où ils s’inscrivent sur la plateforme. « Nous mettons tous les candidats sur le même pied », explique Sacha Henet. Un avantage pour les jeunes qui se présentent et qui n’ont pas le même budget que les têtes de liste, souvent favorisées.

Comment ça fonctionne ?

Le principe de MYOC est simple : chaque candidat est libre de s’inscrire sur le site de l’initiative, de présenter son programme par thématiques et d’élaborer un profil personnel. De son côté, l’électeur doit simplement insérer le code postal de sa commune pour les consulter et les comparer. Un seul problème : tous les candidats n’ont pas pris le temps de le faire. « Nous avons près de 800 candidats dont le programme est inscrit sur le site », explique Sacha Henet, cofondateur de la plateforme. « Pour l’instant, nous avons une trentaine d’inscriptions supplémentaires par jour et 5 000 visiteurs quotidiennement sur le site », ajoute celui qui est épaulé par une équipe de douze bénévoles âgés entre 24 et 28 ans. Preuve de l’intérêt encore bien réel pour la politique chez les jeunes.

« Les jeunes sont politisés, mais la politique traditionnelle ne leur donne plus assez envie. Et c’est vraiment regrettable. Ils s’impliquent politiquement de manière différente, que ce soit dans des ASBL, des ONG ou encore auprès de la plateforme citoyenne en soutien aux réfugiés », constate Sacha Henet avant de donner un dernier conseil aux électeurs, toutes générations confondues : « Informez-vous, parce qu’il est grand temps ! »

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