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Ecolo et le PTB au sud, l’extrême-droite au nord, une Belgique encore plus divisée

À gauche toute ou à droite toute. La Belgique ne se repose jamais. | © BELGA PHOTO DIRK WAEM

Politique

Ecolo et le PTB sont le grand gagnant des élections. Le MR est le parti le plus déçu. La N-VA se tasse et le Vlaams Belang resurgit. Même dans les votes contestataires, le pays se divise.

 

La co-présidente d’Ecolo rayonne dimanche soir. Elle est accrochée à son téléphone : « On attend encore un peu. » Le ton est ferme, autoritaire. Qui est l’interlocuteur ou l’interlocutrice ? Allez savoir. Zakia Khattabi coordonne les négociations au nom de son parti pour les 19 communes bruxelloises. Sa stratégie se résume en quelques mots : « Il faut des majorités de vainqueurs. »

Analyse de cette formule. Elle fonctionne sur deux ressorts. Le premier consiste à ne pas s’enfermer dans des majorités qui aillent toutes dans le même sens. Donc ? Se marier soit avec le MR, soit avec le PS ou d’autres en fonction des résultats et des gagnants. De cette manière, les écologistes ne se scotchent à personne. Deuxième ressort : devenir le parti pivot faiseur de rois ou de reines. La machine tourne à plein régime. À Bruxelles, les verts n’auront jamais autant de bourgmestres et d’échevins. Des nouveaux mayeurs à Ixelles et à Forest, une surprise. En Wallonie, si l’on extrapole les résultats des provinciales au niveau régional, Ecolo passerait de 4 à 13 sièges au parlement wallon. Un carton. La crise du climat, le rapport du GIEC, la pollution des villes et la crise porcine ont aidé un vert déjà bien lumineux dès le début de la campagne.

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Reste à voir ce qui se cache réellement derrière la stratégie d’après scrutin. Il est évident que les verts ont beaucoup plus d’attirance à s’allier plutôt avec le PS qu’avec les libéraux. Voici la preuve. À Tournai, le mariage a été scellé en deux temps, trois mouvements. Les mêmes tentations sont grandes à Charleroi, Mons et Liège. À la Ville de Bruxelles, l’invitation du PS Philippe Close a suscité un engouement certain. L’alliance est scellée. Les contacts avec Laurette Onkelinx qui dirige la Fédération socialiste dans la capitale sont francs et sincères. Ixelles et Forest voient les verts au 7ème ciel. Avec le PS ? Le plus souvent. Cela préfigure-t-il les lendemains des élections fédérales et régionales ? Oui, probablement.

Philippe Close, le 14 octobre 2018. © Pablo Garrigos / Isopix

Les élections de 2019, c’est déjà aujourd’hui

D’autant plus que ces alliances sont convoquées par le PS. Elio Di Rupo a souvent évoqué « l’écosocialisme ». Comment mieux lui donner corps qu’en greffant un parti comme Ecolo ? Voilà un nouveau partenaire bien opportun. Le PS s’effrite un peu partout, le scandale Publifin et du Samusocial en filigrane. Avec 25 %, il réalise un record à la baisse dans les provinces. Il est dépassé sur sa gauche par les verts et le PTB qui réalise une percée. Les communistes triplent en moyenne les suffrages là où il s’est présenté. Les camarades descendent sur la Wallonie et Bruxelles. Catherine Moureaux, la ressuscitée du père, fait mine de les aspirer dans une majorité. C’est juste pour mieux entendre leur « non » et prouver que voter PTB, c’est voter inutile. Les élections de 2019, c’est déjà aujourd’hui. Alors, vive Ecolo au PS.

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Ecolo aux affaires, c’est souvent la garantie qu’il perde des plumes à l’usage du pouvoir. Elio Di Rupo réfléchit toujours avec au moins deux temps d’avance. Ah oui ! Et DéFi là-dedans ? Le président du PS avait également convoqué les amarantes aux festivités de la participation aux exécutifs communaux. Souvenez-vous.

Incroyable mais Olivier Maingain est tombé dans le piège construit par Elio Di Rupo. Souvenez-vous. Le président de DéFi avait répondu dans un premier temps. Le PS pouvait chanter tout l’automne, les centristes feraient la sourde-oreille. Cependant, à quelques encablures du scrutin, Olivier Maingain ajouta qu’il ferait tout pour casser l’axe PS/MR dans toutes les entités concernées. DéFI est alors apparu comme un parti tacticien comme un autre. L’image alternative s’est floutée. Le résultat pronostiqué par les sondages ne s’est pas concrétisé. En Wallonie, l’encéphalogramme a très peu frémi.

Dans la capitale du pays, la déception est de taille

Le fils du président n’a pas décollé du tout à la Ville de Bruxelles, le ministre Gosuin chute spectaculairement à Auderghem. À Watermael-Boitsfort, Martine Payfa ne retrouvera pas son siège léopard de bourgmestre. Olivier Maingain l’avait imposée comme tête de liste au dépend de l’avis de la section locale. À Schaerbeek, le toujours bourgmestre DéFI Bernard Clerfayt remet publiquement en cause la stratégie de son président. En une soirée, Olivier Maingain voit son triomphe annoncé se transformer en chemin de croix.

Au contraire de Benoît Lutgen. Le président du cdH s’était imprégné d’une possible défaite. Son sac-à-dos dormait dans sa voiture. Et puis son chemin de croix s’est transformé en triomphe. Il réalise même un meilleur score qu’en 2012, surtout au vu des circonstances. Merci Jean-Pierre ! Le frangin, tous les partis réunis, ne sont pas venus à bout de cette tête dure. Il reste bourgmestre de Bastogne en faisant deux fois mieux que l’adversaire fraternel (ou pas).

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Le cdH pourtant se tasse – encore – globalement. Mais au ressac généralisé à Bruxelles, il remporte un quatrième bourgmestre (Ganshoren après les confirmations en score de Jette, Berchem et Woluwé-Saint-Pierre). Le papa du Diable rouge Vincent Kompany devient le premier bourgmestre noir du pays. Quel paradoxe ! Et au ressac généralisé en Wallonie, il propose les scores bien consolidés à Namur, à Mouscron et la reprise de Dinant. Quel paradoxe ! Charleroi et surtout Liège ainsi que Mons sont cependant des échecs réels. Bye, bye les collèges. Le cdH n’arrive pas ou plus à s’implanter dans les deux plus grandes villes du sud du pays. Le parti vient d’éviter une crise grâce aux résultats de son président et de son leader à Namur, Maxime Prévot qui rempile comme bourgmestre pour six ans. Mais trouvera-t-il encore les ressources pour arrêter l’hémorragie d’ici mai 2019 ?

Au MR également, les esprits sont soucieux. Dans la capitale et en Wallonie, la tendance est la même : une chute d’une dizaine de pourcents. Dans l’état-major libéral, certains se confient. La N-VA ferait très mal. Le gouvernement MR/N-VA sans cesse répété par les adversaires est devenu une marque lourde à porter. Dans les rues, les candidats bleus ont souffert. À Uccle, la chute est abyssale et le nouveau bourgmestre ne doit son salut qu’à l’appui du cdH et de DéFI. Les bastions de Koekelberg et d’Ixelles tombent. Les dernières actualités n’ont pas aidé, non plus. La ministre de l’Energie, Marie-Christine Marghem, en a fait la triste expérience dans la cité des cinq clochers. La crise de l’énergie et du gonflement annoncé des tarifs a abîmé la campagne du MR.

Françoise Schepmans à Molenbeek, Alain Courtois à la Ville de Bruxelles, Willy Borsus à Marche, Christine Defraigne à Liège, le MR de Charleroi, etc. affichent des scores décevants. Même à Wavre, les libéraux sont en indélicatesse avec leur majorité absolue (à Braine-L’Alleud itou). Alors, Charles Michel doit s’en poser des questions…

Bart De Wever devant son parterre de militants à Anvers, ce dimanche. © BELGA PHOTO DIRK WAEM

À gauche ou à droite toute

Bart De Wever est quelque peu plus serein. Quoique. Anvers reste sa ville et il devrait reconduire la même majorité. Avec le CD&V et Kris Peeters ridiculisé ainsi que l’Open VLD, la réplique des majorités fédérales et régionales permettrait de voir l’avenir plus sereinement. Mais ailleurs, c’est plus compliqué. La N-VA perd en moyenne 7 points comme l’indiquaient les sondages. De 32 à 25 %. À Bruxelles, c’est le fiasco. Interdire l’usage du français dans les rues de Flandre a sans nul doute créé une peur auprès de l’électorat francophone.

Les indépendantistes vont sans nul doute possible continuer à radicaliser leurs discours et ennuyer leurs partenaires. Le CD&V et l’Open VLD ne sont pas épargnés. Les partis qui composent le gouvernement fédéral sont amochés. La suédoise est molestée. Voilà le MR prévenu. Le prochain scrutin en mai 2019, mission impossible ? Le Vlaams Belang renaît. Le vote contestataire se manifeste donc différemment que l’on soit en Wallonie, à Bruxelles ou en Flandre. À gauche toute ou à droite toute. La Belgique ne se repose jamais.

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