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Une génération spontanée s’est levée le 14 octobre

Lors des élections communales, une génération a fait basculer le centre de décision en Belgique. | © DR

Politique

Près de 10% de primo-votants, Ecolo qui cartonne dans les communes où sont bien implantés les 18-35 ans. Une génération a fait basculer le centre de décision en Belgique.

Les verts sont la surprise des élections communales et provinciales. Les partis plus traditionnels ont toujours la gueule de bois. Au PS, au MR et au cdH, la ligne de défense hésite entre la mauvaise foi, la faute aux « bobos » ou la rengaine habituelle : « Les résultats ne sont pas si mauvais que cela ». Rires parmi la population.

Les jeunes sont une partie de l’explication : la vague verte a transformé Ecolo en parti pivot. Ce n’est pas rien. Un coup à droite avec le MR (parfois), un coup à gauche avec le PS (le plus souvent), ils envahissent les collèges communaux. Mais le signal est plus profond : les jeunes ont décidé d’une autre façon de vivre. Fini le tout à la compétition, fini le temps du matérialisme effréné, stop à la grosse voiture. Fini de voir les aînés plongés dans le burn-out et les bouchons. Et surtout, « nous voulons participer à un autre monde, plus responsable » !

Ils ne sont pas pour autant des environnementalistes hagards. Au contraire. Pour eux, l’environnement est d’abord une question de qualité de vie. Le sens est large : beauté des quartiers, logements accessibles, alimentation saine, vie grâce aux circuits courts et non pas aux courts-circuits d’une humanité énergivore. Il ne s’agit donc pas seulement de sauver la nature. Le débat porte sur une nouvelle humanité. Certes, ces notions sont portées par des diplômés aux revenus plus ou moins confortables. Mais ils sont devenus incontournables pour la compréhension d’une nouvelle gestion de la cité.

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Alors que l’Europe bascule dans les droites extrêmes ou, comme en Flandre, dans les droites dures, Bruxelles et la Wallonie choisissent une autre orientation grâce à eux. Ils préfèrent une société inclusive et non pas exclusive, ils souhaitent la gestion participative plutôt que l’autoritarisme, ils veulent façonner une société douce et non plus agressive. Comme sur les routes : le vélo pliable plutôt que le 4×4. Ils préfèrent le dialogue au monologue, la communication empathique au discours viril, l’égalité à la discrimination, qu’elle soit raciale ou de genre. Bref, un peu de douceur dans un monde de brutes. Vivre ensemble, avec un peu de compassion et sans haine. Résumé en deux mots : bien-être.

Zakai Khattabi, Patrick Dupriez et Christos Doulkeridis le soir des élections. © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Ecolo a incontestablement réussi à répondre à ces demandes. Stratégiquement, son état-major a centré sa communication sur quelques lignes qui font partie de son ADN (le respect de l’environnement, la cohésion sociale – y compris l’accueil des migrants – et des dossiers concrets comme le logement). Le ton employé dans les médias est également intéressant. De la retenue, une communication non violente, des représentants plutôt cool qui changent les codes d’un discours cadenassé, au risque parfois d’apparaître un peu amateurs. Mais ils ont paru sincères, une vertu qui reste la plus grande qualité de la communication politique.

Pour Ecolo, le défi est colossal. Le parti compte désormais un nombre très important d’élus. Son tout nouvel (et inédit) ancrage local est porteur d’avenir. Voilà une belle troupe pour mener campagne en 2019. Ne pas décevoir d’ici là et au-delà, pour éviter l’effet yo-yo de ce nouveau parti pivot. Parce qu’un adage célèbre jure que les jeunes sont impatients.
Pour les autres ? Ils ont perdu la fraîcheur de leur jeunesse.

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Non pas tant par l’usure du pouvoir et des années. Mais parce que, surtout, ils n’ont pas senti ce changement de cap et la force de cette mouvance. Le cdH est peut-être le parti qui pouvait également l’incarner grâce à sa dimension immatérielle. Acte manqué. Les socialistes se donnent les moyens de convaincre les moins anciens, mais surtout par du marketing très moderne. Les actes restent en suspens. Les libéraux ont lâché une partie de ces électeurs qui leur était dévouée. Comme depuis 2003, en 2018, on observe la loi des vases communicants entre verts et bleus.

Nul doute que ces trois familles vont réagir pour récupérer ou conquérir ces parts de marché électoral parties vers une sorte de romantisme lucide. Mais qu’ils le sachent : les jeunes ne se laisseront plus facilement piéger. Ni berner.

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