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Que signifie réellement le refus de la N-VA de signer le pacte mondial sur la migration de l’ONU ?

N-VA

Charles Michel, d'abord favorable au texte, a déclaré devoir aujourd'hui représenter le "compromis", ce qui implique prendre en compte la position des nationalistes flamands. | © BELGA PHOTO JULIEN WARNAND

Politique

Ce mercredi 14 novembre, l’information faisait les gros titres. Alors que Charles Michel avait promis lors de l’Assemblée Générale de l’ONU que la Belgique signerait le pacte mondial sur la migration des Nations unies à Marrakech en décembre, la N-VA a déclaré qu’elle refusait de signer le texte, ce qui sera probablement suivi par le reste du gouvernement. La Belgique se rangera alors aux côtés de la Hongrie et de l’Autriche.

 

« La Belgique signera le pacte mondial sur la migration. Ce texte constitue un grand pas en avant (…) et un levier important pour un direction organisée et gérée de la mobilité internationale », promettait en septembre Charles Michel lors de son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies. C’était sans compter l’influence de la N-VA au sein du gouvernement belge. Six semaines plus tard, la porte-parole de Théo Francken, interrogée par De Standaard, affirme que la « N-VA ne signera pas ce texte ». Quelles seront les conséquences de cette position ?

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Peu de conséquences pratiques

Tout d’abord, qu’implique le texte exactement ? Négocié durant plus de deux ans, et s’inscrivant dans les Objectifs de Développement Durable, le pacte encourage les états à réduire les inégalités sociales dans leur approche de la migration. Dans ce cadre sont définis une série d’objectifs, généraux et plus spécifiques. Il préconise notamment une plus grande collaboration entre les états sur la question migratoire et comporte plusieurs points visant à limiter la vulnérabilité des personnes migrantes, par exemple en limitant les enfermements dans des centres de détention et en encourageant les initiatives pour l’intégration de ces dernières.

Charles Michel
Charles Michel, 73ème Assemblée Générale des Nations unies, septembre 2018 © BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Pour Mikaël Franssens, collaborateur politique au CIRé, le texte est à double tranchant : « Il a une dimension positive : c’est une des premières fois que les états au niveau des Nations unies essayent de faire une approche multilatéraliste en matière de politique migratoire (…) le grand progrès est que ce texte inclut aussi les états de destination, notamment les états européens et d’Amérique du Nord ». Mais ce dernier regrette l’aspect non contraignant du pacte : « cela relève donc plus de la déclaration d’intention dans laquelle on se montre plus généreux en sachant qu’on peut très bien ne rien suivre de ce qui a été écrit ». De ce fait, la (probable) non-signature du texte par le gouvernement belge n’aura au niveau pratique pas une grande conséquence sur la politique migratoire belge. De plus, le rassemblement à Marrakech n’a pas pour objectif une réelle signature, mais plus l’officialisation du texte à l’unanimité.

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Comment expliquer l’opposition soudaine de la N-VA à la signature du texte ? La porte-parole de Francken a déclaré au Standaard que ce le pacte ne n’était pas compatible avec l’accord de gouvernement, ni avec le programme du parti. Mais le parti nationaliste aurait également pu s’inquiéter de l’évolution du texte : « Il y a eu une évolution entre le premier draft, appelé « 0 draft » et la dernière version (…) Il y a eu des discussions qui suggèrent que le pacte pourrait devenir contraignant et une sorte d’obligation morale », explique Franssens. Sans oublier que les élections de 2019 approchent, et que le Vlaams Belang a gagné en popularité au détriment de la N-VA lors des élections communales. De quoi encourager le parti nationaliste à mettre en avant ses positions sévères sur la migration pour gagner des électeurs (encore) plus à droite.

Symbolique forte

Mais si ce refus de signer le texte a peu de conséquences pratiques, la symbolique est forte. Tout d’abord, il souligne (encore une fois) l’influence de la N-VA au gouvernement, qui a valu au Premier ministre de se faire qualifier de « marionnette », par De Standaard : « Que la N-VA tienne des positions comme ça, c’est une chose. L’autre chose c’est que le gouvernement dans son ensemble suivre le mouvement et donc se diriger vers la non signature du texte. C’est assez choquant. Cela prouve au niveau interne que Charles Michel semble être le pantin de la N-VA. Et au niveau international ce sera une lumière négative sur la Belgique, qui s’associe à des leaders politiques pas très démocratiques ». Parmi ceux-ci : Orban et Trump. Pour l’image du pays, qui s’apprête à rejoindre le Conseil de sécurité des Nations unies, on a connu mieux.

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