Paris Match Belgique

En Chine, la répression d’une communauté musulmane suscite l’indignation

Ouïgours

Les camps de "déradicalisation" ne sont pas sans rappeler le sinistre bilan de violences dans les camps de rééducation chinois, abolis en 2013. | © EPA/DIEGO AZUBEL

Politique

Le traitement infligé par Pékin aux « Ouïgours », une communauté musulmane du Xinjiang,  fait l’objet d’une vive inquiétude de la part des ONGs et organisations internationales. Des milliers d’entre eux ont été enfermés dans des « camps de déradicalisation » où le respect des droits de l’Homme semble être une préoccupation secondaire. Sous quel prétexte ? 

 

Dans la province du Xinjiang, en Chine, la situation est grave. Jusqu’à un million d’individus issus de la communauté  musulmane des « Ouïgours » auraient été enfermés dans des camps de déradicalisation, où des manquements flagrants au respect des droits de l’Homme ont été dénoncés. Un climat de répression grave, arbitraire, qui a récemment fait l’objet d’une tribune alarmante de la part d’une Haute commissaires à l’ONU ainsi que de multiples rapports inquiétants d’ONGs et chercheurs. Des intellectuels chinois ont même lancé en août une pétition demandant une enquête internationale sur ce grave problème démocratique.

Lire aussi > La Chine inaugure le pont le plus long (et controversé) du monde

Lutte contre le régime

Ouïgours
© EPA/WANG TONG

Communauté minoritaire turcophone et musulmane de plus de 11 millions de personnes vivant selon des traditions et un mode de vie propre, les Ouïgours bénéficient d’une relative indépendance et ont d’après le Monde toujours représenté un défi pour Pékin en matière de contrôle. Ils se caractérisent par une lutte continue – également de sa diaspora – contre les pratiques d’assimilation chinoises, la gestion autoritaire et laïque de l’administration communiste caractéristiques du régime. Ce combat est à l’origine de la répression de Pékin : les actions violentes – insurrections islamistes tout comme le militantisme pacifiste dérangent le pouvoir en place.

Lire aussi > Les mères maudites du peuple rohingya

Depuis l’année 2009, marquée par de sanglants affrontements interethniques à Urumqi, la répression a pris une grande ampleur. Pékin est loin de se concentrer sur ses les éléments agressifs, puisque des universitaires sont également arrêtés. Face à ces arrestations en masse, les attaques kamikazes se sont elles aussi multipliées et un regain de conservatisme gagne les campagnes, au point que certains Ouïgours finissent par rejoindre Al-Qaïda en Syrie. En mai 2014, Pékin démarre officiellement sa guerre contre le terrorisme. Au Xinjiang, les dépenses de police explosent, les technologies permettent une augmentation de la surveillance, et un contrôle extrêmement intrusif se met en place, visant des pratiques religieuses jusque là tolérées.

Répression arbitraire

En 2015, la « déradicalisation » est inscrite comme « solution » à la crise. Elle se généralise à partir de 2016, faisant augmenter les taux d’internements. Les jeunes Ouïgours musulmans sont évalués négativement par les autorités publiques pour avoir prié, téléchargé des messages religieux ou avoir affiché des envies séparatistes. La pratique religieuse est également condamnée, et les séjours dans les pays à risque sont répertoriés.

Ouïgours
2009 : Un groupe de manifestants devant la Maison Blanche, alors qu’une délégation chinoise arrive pour rencontrer le président américain Barack Obama lors du dialogue stratégique et économique américano-chinois ©  EPA/MICHAEL REYNOLDS

Lire aussi > Pourquoi la Chine veut interdire la diffusion de contenus religieux en ligne

Dans le canton de Hotan, dans le Xinjiang, le Comité politique et législatif juge que 15 % dans la population soutiennent l’extrémisme et que 5 % sont des radicalisés endurcis. À ces chiffres correspondent les taux d’enfermements. Un étudiant chinois au Canada géolocalise une quarantaine de camps, qu’il repère à partir d’annonces de camps « d’éducation et de formation professionnelle ». Les témoignages sur l’intérieur des camps révèlent des sessions d’endoctrinement politique où il faut louer les succès du Parti communiste, étudier le chinois et dénoncer l’islam. La pratique de la religion y est même interdite. Plusieurs décès sont répertoriés, qui ne sont pas sans rappeler le sinistre bilan de violences dans les camps de rééducation chinois, abolis en 2013. Les arrestations sont liberticides et arbitraires, les procédures inexistantes et opaques. Et les possibilités de recours, inexistantes.

CIM Internet