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Gilets jaunes : Quel avenir pour les mouvements citoyens ?

À l’heure des réseaux sociaux, l’être humain ne supporte plus que le message soit porté par d’autres. | © L'INDEPENDANT / MICHEL CLEMENTZ.

Politique

Le mouvement cyberviral des gilets jaunes tente également d’infléchir le gouvernement belge.

Il a fait tache d’huile. Peut-être faut-il y voir l’embryon d’organisations populaires et citoyennes qui vont se multiplier au fil du temps. À croire que la planète politique et associative, que les corps intermédiaires comme les syndicats et les mutuelles n’arrivent plus à assimiler les revendications et contestations de la rue. On se souvient du mouvement des bonnets rouges. Il était apparu en Bretagne en 2013. Déjà, il réagissait aux mesures fiscales relatives à la pollution des véhicules de transport de marchandises, ainsi qu’aux nombreux plans sociaux de l’agroalimentaire. En Belgique, cette tendance s’est manifestée lors du dernier scrutin communal d’octobre. Des listes citoyennes ont squatté les bulletins.

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Naissance d’une tendance

Résultat ? Encéphalogramme populaire plat. Même pas un symbole à décrocher dans une petite commune. Pire, les partis classiques qui ont joué sur cette vague(lette) en inventant des noms de liste parfois pittoresques se sont plantés. La démonstration par l’absurde. Comme si le contexte démocratique n’était pas la plaine de jeux et de croissance de l’esprit participatif. Alors, voilà les bonnets rouges, les gilets verts ; et demain, probablement des perfectos noirs pour se plaindre de l’état des routes, des salopettes bleues contre la perte du pouvoir d’achat, des blouses blanches pour la lutte en faveur des soins de santé pour tous ou des tabliers gris réunis pour une école qui retrouve ses lettres de prestige. Cette tendance va donc s’intensifier. Pourquoi ?

Blocage dans la région namuroise par les gilets jaunes. BELGA PHOTO

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À l’heure des réseaux sociaux, l’être humain ne supporte plus que le message soit porté par d’autres. La structure médiatique a changé. Une révolution qui change l’organisation de la cité. Le citoyen veut donc influencer directement la structure décisionnelle parce que son clavier l’y autoriserait déjà. Le mouvement est à deux vitesses : celle de la rue (lente et laborieuse) et celle de l’écran (rapide et facile). Les médias classiques en raffolent. Les caisses d’amplification fonctionnent à plein tube. Le virtuel et le réel en parfaite communion.

Une démarche vraiment nécessaire ?

L’internaute, le manifestant ne croient plus en la capacité représentative de la structure sociale et politique. Alors, ils gueulent un peu dans la rue et beaucoup sur internet. L’inaction des doigts qui tapent trouve heureusement des images relais dans les journaux télévisés le soir. Quelle efficacité ! Elle est surtout médiatique. Pour les résultats concrets, il faudra repasser. Les gouvernements maintiennent leur cap fiscal. Alors, la menace du finish apparaît. L’approvisionnement en carburant commence à inquiéter. Les gilets jaunes risquent de devenir impopulaires. La FGTB ne relaye pas cette colère. Crainte de l’assimilation à la télé et sur la toile, surtout. Sans compter l’intervention de casseurs, ce mardi matin.

Les gilets jaunes seraient bientôt récupérés politiquement avec la création d’un parti. Leur porte-parole réel ou virtuel autoproclamé est un ancien membre du Parti populaire. Extrême droite francophone. C’est donc déjà foutu. Crédibilité proche de zéro. Mais le fluo qui a embrasé les yeux des internautes et des téléspectateurs était (est) toujours une démarche plus que légitime. Une nécessité, probablement.

La colère est légitime. Elle est encore plus utile quand le ministre de l’Économie et des Consommateurs, Kris Peeters (CD&V), affiche sa méconnaissance totale des gilets jaunes.

Notre pays en est, à cet égard, l’un des exemples les plus foireux. Les accises sur les denrées énergétiques sont parmi les plus élevées d’Europe. Et l’électricité est devenu l’emblème absolu de la malgouvernance. Les centrales nucléaires sont hyperamorties. Chaque année, la facture de la maison pour ce poste augmente, quand bien même la consommation diminuerait-elle. Jusqu’à quel degré la famille va-t-elle baisser la température avec l’espoir de ne pas tomber malade et ne pas crever de froid ? Pire : l’approvisionnement n’est pas garanti parce que les réparations des centrales prennent du retard. Electrabel et la ministre de l’Energie Marie-Christine Marghem (MR) se frittent sans cesse, alimentant ainsi la dynamo de la discorde et de l’impuissance. En 1999, la sortie du nucléaire a été décidée. 20 ans d’hallucinations sans projets alternatifs dignes de ce qualificatif.

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Alors, la colère est légitime. Elle est encore plus utile quand le ministre de l’Économie et des Consommateurs (sic), Kris Peeters (CD&V), affiche sa méconnaissance totale des gilets jaunes. Jamais entendu parler, jamais vu. Incroyable. Lui et tout son cabinet en dehors des radars. Cette distanciation avec le réel, des uns et des autres, montre à quel point un mouvement seul n’aura pas raison en portant naïvement ses revendications avec prisme très limité, voire souvent corporatiste. Leur addition, en revanche, pourra porter ses fruits : rien n’empêche le « petit » citoyen de voir grand.

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