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Le gouvernement fédéral est-il en danger ?

Les élections se sont mal passées pour la majorité le 14 octobre dernier. Le bilan économique ne paie visiblement pas auprès des citoyens. L’indépendance de la Flandre effraie une partie de son électorat. | © Danny Gys / Reporters

Politique

L’exaspération est énorme tant du côté du MR que de la N-VA. On en est là. Charles Michel tente, vaille que vaille, de détendre l’atmosphère.

Les ministres fédéraux jouent au « petit bonhomme pendu ». La partie dure depuis trois semaines. Elle est longue. Elle énerve. À priori, l’enjeu ne vaut pas une autoflagellation. Le Pacte de l’ONU sur la migration rappelle plusieurs évidences et offre quelques rares impulsions. Surtout, il n’est pas contraignant. Alors ? La N-VA s’énerve d’autant plus.

Les élections se sont mal passées pour elle le 14 octobre dernier. Le bilan économique ne paie visiblement pas auprès des citoyens. L’indépendance de la Flandre effraie une partie de son électorat. Reste ? L’identité. Et les migrants sont un « parfait » reflet pour bien se regarder dans le miroir, avec sa culture et ses traditions. Puisque l’avenir des nationalistes connaît des obstacles, tout est bon pour sauver la prospérité du parti. Tout.

Quand bien même le Premier ministre s’est exprimé à la tribune des Nations unies pour affirmer que la Belgique signerait le Pacte, Theo Franken sort le bazooka : « Niet » au texte de l’ONU. Il carbonise l’image internationale de Charles Michel. Il dépose des mines sous les pas d’Emmanuel Macron, obligé de s’exprimer sur le sujet en Belgique.

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Charles Michel est furieux. Oui, vraiment. Des proches confient que saboter comme ça la visite du président français, dont il se sent si proche, l’a énervé. Fort, très fort. On ne l’a pas connu dans cet état depuis mai 2016, dit-on. À cette époque, Bart De Wever avait flingué l’action du gouvernement en affirmant qu’il « manquait d’ambition ». Le Premier ministre avait immédiatement exigé un communiqué rectificatif du président de la N-VA. Ce qui avait été fait.

Le premier ministre n’en a pas cru ses oreilles

Le plus incroyable pour le locataire du 16 rue de la Loi est que la N-VA n’a jamais envoyé de signal d’alerte. Depuis deux ans, le traité est discuté entre toutes les entités du pays, y compris par le gouvernement flamand mené par… Geert Bourgeois, leader des nationalistes ! Mais peu importe ce manque de prévoyance, de clairvoyance. Peu importe ce qui apparaît aujourd’hui comme une faute politique. Le transfert de voix vers le Vlaams Belang, aux dépens de la N-VA, doit être endigué. Les nationalistes semblent prêts à tout, y compris à mettre le gouvernement en péril. Un proche de Theo Francken l’assure : ils sont capables d’aller jusqu’au bout.

© BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Étonnant pour un texte non contraignant, qui est suffisamment vague pour ne pas créer de remous. C’est dire le poids de l’enjeu électoral, et tant pis pour l’intérêt général. Qu’importe le bilan du gouvernement, qui serait réduit à néant. L’identité flamande avant tout. La stratégie de la N-VA est inflexible. Elle craint plus l’aspirateur à voix de l’extrême droite que la voix du Premier ministre. On vote dans six mois, « punt aan de lijn ». À croire qu’une solution raisonnable, avec un avenant interprétatif au Pacte, en deviendrait impossible.

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Les séquences sont infernales. Ça continue à tourner chèvre. Alors que la situation est déjà très tendue, Theo Francken assume qu’il s’inspire de l’extrême droite pour mener sa politique. Au MR, on n’en croit pas ses oreilles. Communiqué de presse pour prendre ses distances.

On en est là. Charles Michel tente, vaille que vaille, de détendre l’atmosphère. Il ne veut même plus se prononcer sur l’éventuelle signature du Pacte sur la migration. Il joue la montre avec l’espoir que cela se calme. Mais en Flandre, la tension est savamment entretenue, notamment par l’extrême droite. L’Europe s’emballe aussi et les oppositions à la prose onusienne se multiplient de la part de gouvernements dirigés par les extrêmes.

Aucune fenêtre ne se dégage pour négocier dans l’apaisement et, surtout, annoncer une solution. Les échos venus de Flandre sont très alarmistes. Les élections communales ont quelque part mis fin à la législature en cours.

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