La Belgique sur le fil encore et toujours

Le gouvernement minoritaire va devoir composer avec les nationalistes bien plus qu’avec le « reste » de l’opposition | © BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Politique

Crise gouvernementale : devinez qui est (toujours) le maître du jeu ? La N-VA, bien entendu…

 

Le gouvernement minoritaire va devoir composer avec les nationalistes bien plus qu’avec le « reste » de l’opposition. Un des nœuds de la crise réside dans ce paramètre. Dans quelle mesure Bart De Wever et les siens vont-ils jouer la stabilité du nouveau gouvernement, donc du pays ?

Pronostic ? Les tensions, au fur et à mesure que les élections de mai 2019 approchent, vont se multiplier. Et cela n’augure rien de bon. Si Charles Michel a fixé trois priorités (socio-économiques, sécuritaires et climatiques), pas sûr que les nationalistes vont suivre comme un seul homme.

Il faut en effet se souvenir que le président de la N-VA a déclaré à deux reprises que le gouvernement suédois manquait d’ambitions. Cela avait valu une colère noire du Premier ministre. Pourquoi Bart De Wever deviendrait-il subitement plus clément en étant à l’extérieur de l’exécutif ? Il devra certes ménager son centre droit, à savoir les patrons flamands, mais la dynamique négative risque de devenir irrésistible avec une extrême droite qui poussera la N-VA dans ses retranchements.

Bref, il peut désormais avoir plusieurs fers au feu. C’est sans compter sur l’Open VLD et le CD&V, qui ne vont pas lui laisser une occasion de se refaire une virginité. La crédibilité et la fiabilité des nationalistes seront continuellement attaquées sur la gauche et sur la droite. Difficile d’imaginer Bart De Wever perdre sur les deux tableaux.

Alors ? L’édifice mis en place par Charles Michel ne tient qu’à un fil. La preuve : Theo Francken a déjà hurlé. « Une nouvelle coalition avec un déficit démocratique », qu’il juge « frivole ». Il exige un vote de confiance, annonce une éventuelle « guerre totale »… Allô, Jan Jambon ?

Tout un pan de réformes est en sursis

BELGA PHOTO DIRK WAEM

Fini, la pénibilité dans le cadre de la réforme des pensions : l’allongement à 67 ans, c’est fait, mais sans compensations. Les travailleurs seraient lésés. La dernière phase de la réforme fiscale aux oubliettes : l’augmentation du pouvoir d’achat des Belges arrêtée en plein élan. Parmi quelques exemples, comme l’emploi et la mobilité. Un risque d’immobilisme. Des taches jaune fluorescent. Sans parler d’un nouvel essor pour le climat, alors que la Belgique est un mauvais élève européen.

La N-VA se (re)positionne comme si seule la Flandre comptait. Elle se singularise par rapport à ses concurrents. Peu importe qu’elle ait donné son accord au Pacte des migrations dans un premier temps. Qui s’en souvient, d’ailleurs ? Qui le sait vraiment ? Bart De Wever joue sur les émotions et sur une impression qui domine. Peu importent la cohérence ou l’incohérence.
Il tient à démontrer que l’Etat fédéral est une machine qui ne fonctionne pas. Il est sans quartier. Quand il qualifie la nouvelle coalition de « Marrakech », il ne fait pas trembler le Premier ministre.

Charles Michel répond par la formule « gouvernement de responsabilité ». En revanche, pour l’Open VLD et le CD&V, le marketing des nationalistes fait mal. Il est nauséabond. Il sous-entend que libéraux et socio-chrétiens démolissent la culture flamande. Qu’importe pour la N-VA, la communication doit être efficace et sans arrière-pensée. Allez donc, dans cette ambiance, confirmer ou construire des accords entre anciens partenaires !

La Belgique survit sur des plaques tectoniques politiques très mouvantes. La nervosité est très haute sur l’échelle de Richter, quelques heures à peine après la « sortie » de crise. Sans oublier que l’opposition, désormais majoritaire, est en embuscade. La Belgique là-dedans ? Les Belges ? Les six mois qui s’annoncent risquent bien de se dérouler dans une sorte de no man’s land politique. En affaires courantes ? En tout cas, en affaires secouantes.

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La Belgique dans le chaos, ça arrange bien qui ?

BELGA PHOTO JASPER JACOBS

Quelle est la vérité sur la campagne de publicité lancée par la N-VA en pleine négociation pour dénouer la crise ? Une campagne avec de fausses informations sur le Pacte des migrations et à caractère raciste. Elle a eu le don d’énerver tous les ministres de la coalition (encore) suédoise la semaine passée.

Jan Jambon a parlé de faute de l’équipe de communication de son parti. Selon nos informations, Bart De Wever n’aurait pas donné son feu vert pour lancer cette campagne sur les réseaux sociaux. Elle a d’ailleurs été immédiatement retirée. N’empêche. Les dégâts collatéraux sont immenses.

Cette campagne expose le nouvel ADN de la N-VA, puisque ses cellules grises réfléchissent d’office de cette manière. La stratégie mise désormais tout sur l’identitaire.

D’abord, elle a montré une N-VA en guerre électorale et peu loyale. Elle a figé les positions de ses ex-partenaires. Elle a franchi la ligne brune. Elle a d’ailleurs plagié en partie les visuels de l’extrême droite allemande. Comment les partenaires pouvaient-ils continuer à gouverner avec un parti qui « s’inspire » directement de ce qui leur est normalement intolérable ?

Ensuite, elle pose la question de qui dirige la N-VA. Bart De Wever est trop pris(onnier) de ses négociations pour former un collège à Anvers. La direction du parti s’en ressent. Peu importe, finalement, qu’il ait donné son « go » pour lancer les publicités. Si c’est le cas, c’est grave. Si ce n’est pas le cas, c’est grave aussi parce que cela démontre que l’état-major nationaliste est en « freestyle ». Car comment comprendre qu’une équipe de com’ balance de tels supports en pleine crise ? Inconscience. Incroyable pour l’organisation politique la plus importante de Flandre.

Enfin, quoi qu’il en soit, cette campagne expose le nouvel ADN de la N-VA, puisque ses cellules grises réfléchissent d’office de cette manière. La stratégie mise désormais tout sur
l’identitaire. Entre radicaux (camp Francken) et modérés (camp Jambon), Bart De Wever a choisi. Dresser les uns contre les autres. Parce qu’implicitement, ce n’est pas tant la question migratoire que les nationalistes tentent de remuer. Ils veulent agiter les peurs, stigmatiser les différences.

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Reviendra le jour, peut-être, où les Wallons seront à nouveau dans leurs viseurs. Parce que le concept identitaire cherche avant tout à glorifier les siens aux dépens des autres, au sein d’un même pays, au sein d’une même communauté nationale. Parce que la communauté belge existe. Les citoyens, comme le démontrent les sondages, ne veulent pas d’un divorce, même à l’amiable.
Alors, froidement, la N-VA stigmatise les migrants pour le moment. L’indépendantisme, c’est également signifier aux francophones qu’il ne fait pas bon vivre chez eux, chez lui.

Le pays est dans le chaos. Ça arrange bien qui ? Devinez…

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