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Divergences et controverses autour du glyphosate

L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a annoncé qu’elle ne considérait pas le glyphosate comme cancérigène ou mutagène. | © Belga

Politique

Vers une réautorisation du glyphosate en Europe ? Les avis divergent encore et toujours.

L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a annoncé qu’elle ne considérait pas le glyphosate, substance herbicide dont l’utilisation est contestée dans l’Union européenne, comme cancérigène ou mutagène.

Le glyphosate est-il susceptible de provoquer le cancer ? Cela fait des mois que la question divise l’Europe et la communauté scientifique. Entre pressions lobbyistes, incertitudes médicales et résistance citoyenne, l’herbicide le plus répandu sur le Vieux Continent suscite d’âpres controverses.

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Suite à de vives négociations en juin dernier, la Commission européenne – alors qu’elle était à deux doigts d’autoriser l’utilisation du glyphosate pendant quinze ans, sans restriction – s’est rétractée en n’accordant que 18 mois de sursis au glyphosate avec des conditions restreintes. Une décision prise suite aux conclusions du Centre international de recherches contre le cancer (CIRC) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui ont évalué le risque cancérogène du glyphosate comme « probable pour l’homme et pour l’animal ».

© Sebastien JARRY/MAXPPP / Belga

Par ailleurs, le CIRC et l’OMS ont également décrié – avec l’appui des ONG de défense de l’environnement Greenpeace et Avaaz – les conflits d’intérêts entre l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et les industriels dont Monsanto, qui fabrique le célèbre désherbant Roundup contenant du glyphosate.

Inquiétudes aux États-Unis

La veille de l’annonce de l’ECHA sur l’innocuité du glyphosate, la justice américaine révèle que Monsanto a bénéficié de connivences au sein de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) des USA, où elle cherche à éviter un classement comme cancérogène de son produit phare.

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Les documents publiés par la Cour de Justice de San Francisco révèlent également que Monsanto avait pour habitude de payer des scientifiques pour signer des études et des rapports qu’ils n’avaient pas écrits. Des études que les organisations de défense de l’environnement tentent de discréditer, même si le géant américain dément toute accusation.

Données divergentes, avis divergents

L’interdiction du glyphosate, principe actif du Roudup, impliquerait de lourdes conséquences économiques pour le secteur, ainsi que pour l’américain Monsanto qui produit le pesticide le plus utilisé au monde.

Au sein de la communauté scientifique, la contradiction demeure. Analyse de données divergentes, non prise en compte de certaines études, les raisons sont multiples. Si pour certains, les preuves sont insuffisantes, pour d’autres, ce sont les conflits d’intérêts qui trop puissants.

Des restrictions instaurées

En attendant le sort que la Commission européenne attribuera à l’ingrédient clé des herbicides favoris des agriculteurs européens, des restrictions à son utilisation ont tout de même été instaurées. Notamment l’interdiction de certains adjuvants du glyphosate et des règles pour limiter son exploitation dans des endroits comme les parcs et les jardins publics.

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Aujourd’hui, certains États membres bloquent encore la décision. En juin dernier, lors d’un vote au sein d’un comité scientifique, sept pays s’étaient en effet abstenus (Allemagne, Italie, Portugal, Autriche, Luxembourg, Grèce, Bulgarie), alors que la France et Malte avaient voté contre.

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