Quand Thatcher dédaignait Mandela

Quand Thatcher dédaignait Mandela

Thatcher

« Il aura à présent fait l’expérience directe des convictions très fortes de la Première ministre au sujet de la lutte armée ». | © EPA/Geoff Caddick

Politique

Après leur premier entretien téléphonique, Margaret Thatcher s’est dit déçue des propos « plutôt fermés » de Nelson Mandela.

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Nelson Mandela n’a pas fait une forte impression à la Dame de fer lors leur première conversation. D’après le média britannique The Guardian, l’ancienne Première ministre conservatrice se serait même montrée particulièrement critique à l’égard du défenseur des droits de l’homme suite à leur premier entretien téléphonique.

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Convictions fortes

Le 16 juin 1989, à 23h45, Mandela, 71 ans à l’époque, appelle Charles Powell, alors conseiller en politique étrangère de la Première conservatrice. Au bout du fil, il se dit « très anxieux ». Il souhaite rencontrer Thatcher au plus vite afin de discuter de l’assouplissement des sanctions avant son départ pour le Canada de l’aéroport de Heathrow, le lendemain matin. « Serait-elle disponible à 8h du matin ? » presse-t-il. Powell lui proposera d’aller à sa rencontre à la place de la Dame de fer, ou d’organiser un appel. Mandela opte pour la deuxième option. L’entretien se déroule à 7h30, le 17 juin.

Nelson Mandela
© EPA/KIM LUDBROOK

Lors de celui-ci, le leader de l’ANC avertit Thatcher que le fait d’assouplir les sanctions trop tôt pourrait être contre-productif dans la lutte contre l’apartheid. Elle exhortera l’ANC à abandonner la « lutte armée » et déclarera que le Royaume-Uni a « souffert des mains de l’IRA ».

« Il aura à présent fait l’expérience directe des convictions très fortes de la Première ministre au sujet de la lutte armée ».

Ce premier échange a été archivé sur quatre pages, mais n’a pas été transmis à la presse avant aujourd’hui. Sur son mémorandum, Powell indique « La Première ministre m’a fait savoir par la suite qu’elle était un peu déçue de Mandela, qui semblait plutôt fermé d’esprit (…) Pour sa part, il aura à présent fait l’expérience directe des convictions très fortes de la Première ministre au sujet de lutte armée et des sanctions, et cela influencera sans doute son approche de leur entrevue du 4 juillet ».

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Le rapport très enthousiaste de l’ambassadeur du Royaume-Uni Renwick en Afrique du Sud aura probablement adouci l’opinion de la Dame de fer à l’aube du face à face du 4 juillet. Il y indiquait notamment que « Tous ceux qui ont visité Mandela en prison ont été frappés par son courage et sa dignité »… Un enregistrement de la rencontre par Powell montrera que les tensions se seront évaporées au cours de celui-ci. Le conseiller décrira par après « une excellente rencontre avec une très bonne atmosphère », durant laquelle Mandela a remercié Thatcher pour son rôle dans sa libération, et laissé entendre que « l’engagement de l’ANC dans la lutte armée pourrait être abandonné très rapidement ». Thatcher a répondu que l’Afrique du Sud était très chanceuse d’avoir le président De Klerk et M  Mandela à ce moment-là. Tout est bien qui finit bien.

 

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