Jesse Klaver, le Justin Trudeau néerlandais proche de Groen

Jesse Klaver, le Justin Trudeau néerlandais proche de Groen

En gagnant dix sièges, le parti mené par Jesse Klaver fait désormais partie des groupes qui pèsent aux Pays-Bas. | © AFP PHOTO / ANP / Robin van Lonkhuijsen

Politique

La percée victorieuse de GroenLinks – le parti écologiste néerlandais – a un nom : Jesse Klaver. Une allure et un charisme aussi, celui du Premier ministre canadien Justin Trudeau, avec qui on le compare souvent. Mais le leader partage également beaucoup avec les Flamands de Groen et notamment avec Kristof Calvo, leur chef de parti.

Il y a la tignasse brune ondulée et l’indéniable photogénie des personnages, évidemment, mais surtout un charisme certain et une jeunesse qui rassemblent Justin Trudeau et Jesse Klaver, la grande figure du parti GroenLinks. Dans la presse néerlandaise et ailleurs, on l’a ainsi souvent comparé au Premier ministre canadien et même à Barack Obama, un modèle pour ce jeune écolo-socialiste de 30 ans. Mercredi soir, sans cravate et les manches retroussées, il levait un poing victorieux devant les supporters de son mouvement, venu célébrer sa victoire, leur victoire, dans la liesse.

C’est que l’opération de séduction de Jesse Klaver a payé auprès des électeurs néerlandais, qui se sont déplacés en masse ce mercredi 15 mars – avec 82% de participation – pour élire leurs nouveaux représentants. En passant de quatre à quatorze sièges à la Chambre, les verts et rouges font plus que tripler leur représentation, après une campagne qui n’avait pourtant d’yeux que pour Geert Wilders. Les « quarts de finale » contre le populisme des « élections européennes », comme les avaient surnommées le Premier ministre libéral sortant Mark Rutte, avant les votes allemands et français, mettent le PVV populiste dans le camp des perdants.

Jesse Klaver
AFP PHOTO / ANP / Robin van Lonkhuijsen – Effusions de joie et même baiser appuyé avec son épouse : Jesse Klaver ose bousculer une certaine idée de la bienséance politique au profit d’une image « cool » qui l’a porté durant toute la campagne.

La jeunesse et l’ouverture en étendard

Désormais, les regards sont donc tournés vers ce Jesse Klaver, véritable vainqueur de ces élections et pur produit des Pays-Bas d’aujourd’hui, et de sa génération. Une « génération climat », avance Kristof Calvo, son homologue belge, qui le connait bien. « En tant qu’écologistes, nous sommes un peu les enfants de cette époque », ajoute-t-il, engagé et fier, par procuration, des résultats de Klaver. « On est très contents. Ce n’est pas inattendu, ils ont fait une belle campagne, très dynamique et positive avec un engagement auprès de beaucoup de gens – et surtout des jeunes, pour la première fois ».

La personnalité joue un rôle important dans l’évolution des partis et du paysage politique

5 000 personnes réunies à Amsterdam pour assister à l’un de ses meetings début mars, et 5 000 de plus le suivant via Facebook live, c’était en effet du jamais vu. Un leader tout juste trentenaire, c’est aussi suffisament rare que pour le souligner – historique même, puisqu’il est le plus jeune dirigeant de parti de toute l’Histoire des Pays-Bas.

Et pourtant, Jesse Klaver a déjà passé plus de dix ans dans le monde politique : d’abord à la tête des Jeunes du Christelijk Nationaal Vakverbond hollandais, puis en tant que membre du prestigieux Conseil social et économique, avant de gravir les échelons de GroenLinks. De l’expérience, une tête bien faite et bien remplie : il n’en fallait pas plus pour fédérer autour de lui jeunes et vieux néerlandais.

« Bien sûr, la personnalité joue un rôle important dans l’évolution des partis et du paysage politique. C’est clair que c’est un type brillant, avec des idées et des valeurs fortes et claires. Mais c’est aussi le fruit d’une campagne axée sur les jeunes et d’un travail collectif », souligne Kristof Calvo des écolos flamands. Fondé il y a 25 ans, GroenLinks est né de l’union de plusieurs groupes politiques, comptant des communistes, des pacifistes et des chrétiens. À l’inverse de la plupart des partis écologistes, celui-ci s’est doté dès ses débuts d’une identité sociale forte, qu’incarne aujourd’hui à la perfection Klaver.

Jesse Klaver
©AFP PHOTO / ANP / Remko de Waal

Kristof Calvo, doppelganger belge

Fils unique d’une mère qui va puiser ses racines en Inde et d’un père absent d’origine marocaine, le jeune homme a été élevé par ses grands-parents dans un logement social au sud des Pays-Bas. S’il ne comptait pas forcément tabler sur ses origines durant cette campagne, celles-ci l’ont rattrapé face au populisme du candidat de droite Geert Wilders. Ainsi, on a pu entendre Jesse Klaver, ouvertement pro-européen et favorable à l’accueil des réfugiés, déclarer dans un débat largement regardé « J’ai été choqué qu’on me dise sur Twitter de rentrer dans mon pays, qu’on me dise ‘je ne vais pas voter pour toi car tu es Marocain’. Tellement de gens doivent faire face à ce genre de commentaires, alors qu’on devrait être jugé sur la base de notre projet pour l’avenir, pas sur nos origines ».

De l’autre côté de la frontière belgo-néerlandaise, Kristof Calvo répond, comme en écho, « c’est une question de temps : bientôt, on verra le nationalisme flamand comme une chose un peu bizarre » à La Libre Belgique. C’est évident, il y a plus qu’une cause qui lie ces deux jeunes politiques : « On partage les mêmes valeurs, on partage la même langue : c’est facile de se parler. On a des contacts réguliers dans le paysage européen, mais on a aussi pas mal de contacts individuels – hier encore, par SMS », explique le Belge au micro de Paris Match, en faisant allusion à des félicitations personnelles adressées à Klaver.

Kristof Calvo
©BELGA PHOTO JASPER JACOBS – À 30 ans, Kristof Calvo est lui aussi chef de parti.

« Quand on était plus jeunes, on était chacun président des jeunes, lui au Pays-Bas et moi ici en Belgique », se rappelle Calvo, qui a le même âge que le leader néerlandais et qui entend bien planifier d’ici peu une rencontre entre les deux partis « dans les semaines ou mois qui viennent ». « Ce qu’on a vu hier aux Pays-Bas, ce n’est qu’un début », ajoute le chef de Groen, serein et ambitieux à la fois. Si Kristof Calvo ne partage pas la ressemblance avec Trudeau, cet auteur d’un livre – F*ck de zijlijn – , a lui aussi la même dégaine tranquille et assurée.

Aux Pays-Bas, même si l’on constate une belle avancée de GroenLinks, c’est bien le VVD de Mark Rutte qui a remporté le plus de sièges. C’est donc à l’ex-et-peut-être-futur-Premier ministre qu’il incombe la lourde tâche de former une coalition qui rassemblera 76 sièges au moins. Le VVD n’en comptant pas la moitié – 32, pour être exact -, il lui faudra, comme en Belgique, s’entourer d’autres partis. Des négociations qui s’annoncent âpres, auxquelles Jesse Klaver, qui adhère à nombre d’idées de l’économiste français Thomas Piketty, espère bien être invité.

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