L’avocat de la Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun revient sur une mobilisation internationale exceptionnelle

L’avocat de la Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun revient sur une mobilisation internationale exceptionnelle

Rahaf Mohammed al-Qunun

" J’ai vu beaucoup de cas dans ma vie, d’affaires, de situations différentes. Rarement les choses se sont jouées en aussi peu de minutes". | © Handout / Thai Immigration Bureau / AFP

Politique

Selon l’avocat de la jeune femme, quelques minutes précieuses ont fait basculer le destin de Rahaf Mohammed al-Qunun. 

 

Hier, l’appel à l’aide sur Twitter de la Saoudienne de 18 ans Rahaf Mohammed al-Qunun, depuis l’aéroport de Bangkok, a provoqué une mobilisation internationale exceptionnelle. Celle-ci a permis à la jeune femme de récupérer son passeport, confisqué à son arrivée dans la capitale thaïlandaise, et lui a évité un rapatriement de force. Alors qu’elle attend que le UNHCR ne statue sur son cas, François Zimeray, l’avocat de la jeune femme, est revenu pour Paris Match France sur les événements.

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Héroïne

« J’ai vu beaucoup de cas dans ma vie, d’affaires, de situations différentes. Rarement les choses se sont jouées en aussi peu de minutes. Il s’en est fallu de quelques minutes pour que son destin ne bascule », explique à Paris Match François Zimery, mandaté peu après l’appel sur la toile de Rahaf par l’ONG European Saudi Organization for Human Rights (ESOHR). Il raconte avoir été frappé par la terreur qui habitait la jeune femme : « Au moment où j’ai été contacté, elle s’était barricadée dans un réduit, qui sert de repos de passage dans l’aéroport de Bangkok. Tout ce que j’avais entre les mains pour agir étaient son numéro de téléphone, quelques contacts et connaissances de ce type de situation. Je l’ai appelée et j’ai d’abord été très frappé par la peur qui l’habitait, elle était terrorisée ». Par après, il l’a mise en confiance, fait comprendre qu’il y avait des gens avec elle. Il assure : « La première chose dont les défenseurs des droits de l’Homme dans le monde ont besoin, c’est d’être encouragés, soutenus, de savoir qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils ne seront pas oubliés. Beaucoup d’autres se reconnaissent dans leur combat (…) Ces personnes doivent recevoir la reconnaissance, le statut et la protection que leur héroïsme appelle (…) Notre rôle est d’être à leurs côtés ».

Rahaf Mohammed al-Qunun
Un employé non identifié du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s’entretient avec des agents de l’immigration thaïlandaise ©  SUWANRUMPHA / AFP

Le meilleur d’Internet

En parlant de Twitter, l’avocat a expliqué : « Je pense que ça a contribué à la mobilisation qui commençait à se dessiner sur la toile et qui a été très impressionnante. Twitter et les réseaux sociaux peuvent être des ennemis des défenseurs des droits de l’Homme. Mais dans ce cas, Internet a été du bon côté. Cela nous a permis de créer une mobilisation quasi universelle et instantanée, de la faire connaître auprès des chancelleries d’un certain nombre de pays, des Nations unies. En quelques minutes, l’attitude des autorités thaïlandaises a complètement changé, lorsqu’elles ont pris la mesure de la mobilisation et de l’émotion que suscitait son cas (…) Elles ont décidé de la protéger ».

Rahaf
L’appel en ligne de Rahaf. ©  Courtesy of Rahaf Mohammed al-Qunun / AFP

« J’appelle toutes les personnes se trouvant en zone de transit à Bangkok à manifester contre mon expulsion, avait écrit la jeune femme ce lundi 7 janvier sur son compte Twitter. Je ne quitterai pas ma chambre tant que je n’aurai pas rencontré le Haut-Commissariat aux réfugiés. Je suis la fille qui a fui le Koweït pour la Thaïlande. Je cours un vrai danger car l’ambassade saoudienne essaie de me forcer à retourner en Arabie saoudite alors que je suis à l’aéroport en attendant mon deuxième vol ». La jeune femme avait profité d’un voyage au Koweît, où le elle n’a pas besoin de l’autorisation d’un homme pour voyager, pour fuir sa famille qu’elle accuse de violences physiques et psychologiques. Celle qui dit avoir « renoncé à l’islam», a assuré que sa famille l’avait enfermée dans sa chambre pendant six mois pour s’être coupé les cheveux. Mais sa fuite vers l’Australie s’était brutalement interrompue à son escale en Thaïlande, où elle a été arrêtée par les autorités.

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À l’heure où nous écrivons ces lignes, François Zimeray se dit optimiste. « Évidemment, sa famille va essayer de l’en empêcher à nouveau mais je crois aujourd’hui, j’espère qu’elle est hors de danger, je veux le croire. Mais il faut maintenir l’intérêt sur elle car s’il n’y a pas de vigilance, elle peut subir un sort terrible comme d’autres avant elle. Elle a rejeté les valeurs de l’islam dans un pays où c’est un crime puni de mort », explique-t-il.

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