Le management de Proximus est entré dans une triple confrontation

Le management de Proximus est entré dans une triple confrontation

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Dominique Leroy bénéficie d’une belle image. La CEO de la société de télécommunications a même été désignée manager de l’année en 2015. | © BELGA PHOTO / VIRGINIE LEFOUR.

Politique

Une entreprise publique, quand bien même est-elle cotée en bourse, a des obligations plus contraignantes qu’un concurrent privé. À travers l’État, la structure appartient aux gens, aux contribuables, aux citoyens. Les exécutants ont donc des droits et des devoirs exigeants.

Le plan de restructuration chez Proximus révèle 
une nouvelle source d’instabilité pour le pays. Le gouvernement fédéral ne savait pas. Il ne peut rien faire. Le conseil d’administration de Proximus n’a pas, ou plus précisément n’a pas voulu tirer officiellement la sonnette d’alarme. Basta 1 900 emplois. Quinze pour cent du personnel. Le bel exemple, surtout à l’heure où le Premier ministre tente de convaincre des bienfaits de son action socio-économique.

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Dominique Leroy bénéficie d’une belle image. La CEO de la société de télécommunications a même été désignée manager de l’année en 2015. Sa convocation au 16 rue de la Loi, quatre ans après cette récompense quasi jour pour jour, est un fameux symbole.

Le management de Proximus est entré dans une triple confrontation qui touche à la vertu et à la puissance publique.

1. Proximus contre le gouvernement. À l’heure des « jobs, jobs, jobs », la société viole violemment la ligne de l’exécutif. D’affaires courantes, celui-ci passe en affaires blessantes, voire humiliantes. La guigne à l’heure où la mini-suédoise tente de vendre encore et encore son bilan à l’occasion des vœux. Dominique Leroy reverra-t-elle sa copie, comme l’exige le Premier ministre ? Autant miser sur l’apparition de la Sainte Vierge.

2. Proximus contre les travailleurs. Le personnel est bel et bien une valeur d’ajustement. Car comment expliquer autrement les 1 900 pertes d’emploi qui vont toucher avant tout les quinquas et leur « haut » salaire ? Ils seront remplacés par 1 250 personnes plus adaptées aux défis du digital. Des jeunes, en somme. Proximus n’a donc rien fait pour (re)former ses équipes ? Ici aussi, l’entreprise publique autonome entre en frontal avec le gouvernement, qui a décidé de remonter l’âge de la pension à 67 ans. Encore faudrait-il garder son job jusqu’à 55 ans…

3. Proximus contre l’éthique. Le call center était en situé en Belgique. Une fierté de la direction. À l’époque. Aujourd’hui, l’Inde est la destination de la délocalisation. Quel modèle « vertueux » à l’heure de la proximité, des circuits courts, de la relocalisation, du made in Belgium …

Bref, une conclusion : l’entreprise semble découvrir le défi du secteur digital. Et une affirmation, comme quand on veut saisir la balle au bond : Philippe De Backer (Open VLD) plaide pour un désengagement de l’État de Proximus.

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Reste que l’entreprise génère (bon an, mal an) près de 300 millions d’euros de dividendes, soit 7 % d’intérêts. Pourquoi se séparer de ce magot ? Le titre est actuellement bas. Une vente à la cantonade pour 4 milliards d’euros (valeur actuellement admise) paraît dérisoire. Et céder un bijou de famille, c’est vider encore plus la Belgique de sa substance. Les regards se portent également sur Bpost, qui vit un séisme boursier, avec une chute de 75 % de sa valeur en un an.

Dire que sa direction évoquait une politique d’expansion. Ratage complet. Et, si au fond, ces bijoux de famille étaient les victimes d’un management trop « à la privé » et pas assez « à la public » ? Le débat vaudrait la peine au Parlement. Bonjour les clivages gauche/droite et nord/sud.

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