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Agora, le pouvoir aux citoyens pour repenser notre modèle démocratique

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Le système proposé par Agora constituerait une première mondiale puisqu’il s’inscrit dans la durée. | © DR

Politique

Au mois de mai, à Bruxelles, la nouvelle liste Agora viendra s’ajouter au bulletin électoral régional. Sa particularité ? Le ou les sièges obtenus seront à disposition des représentants d’une assemblée de 89 personnes tirées au sort. Les prémices d’un projet novateur pour repenser la démocratie.

 

Dans la Grèce antique, l’agora (du grec ἀγορά) désignait le lieu de rassemblement social, politique et mercantile de la cité. Inventeurs de la démocratie, les Grecs bénéficiaient d’un système de tirage au sort qui leur permettait d’être tour à tour gouvernants et gouvernés. Aujourd’hui, à Bruxelles, « Agora » est un mouvement citoyen en pleine émergence qui a pour ambition de s’inspirer des modèles du passé pour développer un système politique plus égalitaire grâce aux principes de démocratie participative.

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Une assemblée tirée au sort

Agora propose un nouveau système de représentation. À la place des sénateurs désignés et cooptés, il y aurait une assemblée composée par tirage au sort parmi l’ensemble de la population. « Nous allons créer une assemblée qui permettra aux individu.e.s de s’habituer à participer aux décisions politiques et qui sera un outil d’éducation populaire tout comme un levier pour créer un contre-pouvoir réel aux politicien.ne.s d’aujourd’hui », explique le mouvement sur son site. En Belgique, l’idée a été popularisée par David Van Reybrouck, dans son ouvrage Contre les élections. C’est d’ailleurs ce livre qui a inspiré les premiers membres du mouvement Agora.

Restaurer la confiance politique

Le principe derrière ce changement est de recréer du lien entre les citoyens et les dirigeants. Plus que jamais, la population exprime des réticences face au système de démocratie représentative. « Les gens ne se sentent plus vraiment représentés par leurs élus, qui ont de plus en plus de mal à remplir leur rôle de gouvernants. Le tirage au sort permet de renforcer la démocratie», déclare le mouvement.

Une liste Agora aux prochaines élections

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© DR.

Au mois de mai, une liste Agora viendra compléter le bulletin électoral des Bruxellois. « L’idée de départ c’est de vraiment changer les choses mais là on doit rentrer dans le système existant à travers les élections pour commencer un plaidoyer pour le tirage au sort », explique Marie-Line Simon, bénévole au sein de l’organisation. L’élu.e aura pour tâche de servir de relais entre l’assemblée formée de 89 citoyens et le parlement bruxellois tout en assurant la promotion du tirage au sort au sein du système législatif.

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Une grande partie du salaire de l’élu.e servira à financer l’assemblée qui se réunira une journée par mois de septembre à juin durant toute la législature. Tous les 6 mois, la moitié de l’assemblée sera renouvelée pour permettre à plus de citoyens de participer et pour assurer un transfert de connaissances entre les anciens et les nouveaux. En toute logique, après 5 ans de législature, 401 citoyens bruxellois auront eu l’occasion de participer à cette expérience démocratique.

Ailleurs dans le monde

Des initiatives politiques basées sur le tirage au sort ont déjà vu le jour aux quatre coins du monde. En Irlande, une commission constitutionnelle composée de 33 responsables politiques mais aussi et surtout de 66 citoyens tirés au sort a vu le jour en 2013 pour formuler des recommandations sur huit propositions d’amendements de la Constitution irlandaise.

L’Islande a également fait l’expérience du tirage au sort en 2010 pour une Assemblée nationale dont l’objectif était de dégager les différents points de la constitution à réviser. En 2004, en Colombie-Britannique, une province du Canada, 160 citoyens ont été désignés sur le principe de tirage au sort afin de réformer le système électoral, leur proposition a ensuite été soumise à la population par voie de référendum.

En Belgique, le tirage au sort a été utilisé notamment pour constituer le « G1000 », une plate-forme d’innovation démocratique. Toutes ces initiatives ont été mises en place que de manière ponctuelle. Les citoyens avaient une mission précise avec une échéance prévue. Le système proposé par Agora serait donc une première mondiale puisqu’il s’inscrit dans la durée.

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