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Brigitte Macron, toujours au contact

Le couple Macron devant l'entrée du Grand temple, le 27 janvier dernier à Abou-Simbel, en Egypte. | © Photo by Ludovic MARIN / AFP

Politique

En voyage en Egypte avec le président, Brigitte Macron ne veut pas se bunkériser. Emmanuel Macron, lui, cherche une « troisième voie » pour sortir de la crise des gilets jaunes.

De notre envoyée spéciale en Egypte Mariana Grépinet

 

Visibilité réduite pour Emmanuel Macron à son atterrissage à Abou-Simbel, dimanche, en début d’après-midi. Le khamsin souffle. Comme si la tempête poursuivait le président français sur les terres égyptiennes… Les experts sont unanimes : quand se lève ce vent chaud, sec et poussiéreux venu du désert, la meilleure précaution à prendre consiste à s’enfermer chez soi en fermant bien portes et fenêtres. À se bunkériser, en quelque sorte. Au moment choisi pour enfin sortir de l’Elysée…

Depuis l’éclosion de la crise des gilets jaunes, Macron a annulé une visite en Serbie et une autre à Biarritz. Ce voyage officiel en Egypte est sa première sortie avec Brigitte depuis le G20 à Buenos Aires, début décembre. Comme s’ils avaient été tétanisés par la violence des attaques. La haine le visant, lui, mais surtout elle. « Ce sont les mêmes qui la traitaient de pédophile au début du quinquennat », balaie un membre de l’entourage. Il reconnaît pourtant que la première dame a été froissée par les mots visant ses proches, comme ce neveu qui vient de perdre son père. Que ses petits-enfants, en âge de les comprendre, entendent des propos grossiers et insultants l’a également blessée. Elle n’a pas, pour autant, renoncé à sortir du Palais. Elle a visité incognito l’exposition consacrée à Michael Jackson au Grand Palais. Et même, au plus fort de la crise, elle s’est promenée au moins une heure par jour avec ses collaborateurs, son moment préféré pour échanger en marchant.

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L’agenda de décembre, publié sur le site de l’Elysée, prouve qu’elle a continué à rester « en contact avec la réalité », comme elle le dit, fidèle à ses dossiers. Visite de l’association e-Enfance, chargée de la lutte contre le cyber-harcèlement, et d’un établissement spécialisé dans la réinsertion des personnes atteintes de troubles psychiques. Elle n’est pas étrangère non plus à la nomination d’un secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance, le député LREM Adrien Taquet.

Dans les semaines à venir, elle apparaîtra à ses côtés, comme à ceux du ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. Au programme, les robots qui permettent à des enfants hospitalisés de poursuivre leur scolarité. Jeudi dernier, à l’Elysée, elle recevait à déjeuner Carla Bruni-Sarkozy et Valérie Trierweiler, qu’elle pourrait accompagner dans un de ses déplacements avec le Secours populaire. « Imaginer que Brigitte pourrait être retranchée à l’Elysée, c’est mal la connaître ! » souligne un de ses conseillers. S’ils ont renoncé aux sorties cinéma et théâtre dont ils avaient l’habitude, ainsi qu’aux vacances au ski à La Mongie, les Macron ont donc continué à aller dîner dehors. On les a aperçus, le 30 décembre, dans un restaurant de Bormes-les-Mimosas, main dans la main…

© Photo by Ludovic MARIN / AFP

L’Egypte, son horizon infini, c’est presque la liberté. Le couple n’est jamais venu sur la terre des pharaons. Les deux époux savourent, souvent enlacés. Fascinés, ils écoutent le ministre des Antiquités égyptien, Khaled El-Enany, un archéologue qui a fait ses études en France, leur raconter comment les temples d’Abou-Simbel, vieux de plus de 3200 ans, ont failli être détruits au moment de la construction du barrage d’Assouan, dans les années 1960. Et comment, pendant quatre années, quelque 1042 blocs de pierre, lourds de 5 à 10 tonnes, ont été transportés, un à un, 60 mètres plus haut.

Les Macron sont incollables sur la mythologie. Quand Brigitte demande qui a tué Seth, le dieu des tempêtes, son époux répond sans hésitation : « C’est Horus, qui a vengé son père. » Devant un bas-relief d’Isis, l’épouse d’Osiris, qui a écumé le Nil à la recherche des morceaux de son mari découpé par Seth, l’ancienne prof de lettres, en baskets et tailleur-pantalon, se montre pensive : « C’est très beau, une femme qui reconstitue son mari… » Et s’amuse à rappeler qu’une seule partie du corps n’avait pas été retrouvée : le sexe. Pour Yann Arthus-Bertrand, qui souhaite photographier l’Egypte depuis le ciel, le président français joue les entremetteurs avec la ministre du Tourisme. Le site a été fermé pour l’occasion, mais trois visiteurs français finissent par s’approcher et réclament une photo. « Qu’est-ce que vous faites de beau ? » interroge le chef de l’Etat avant de prendre la pose.

À Paris, ce dimanche 27 janvier, 10 500 personnes ont défilé pour défendre « la démocratie et les institutions ». La veille, 4000 autres avaient participé à la manif des gilets jaunes. « Je marche sur la glace », admet Emmanuel Macron. « Le malaise est profond, explique-t-il. Partout dans nos démocraties, la tension qui monte est liée à l’insatisfaction sociale, économique, morale et démocratique. Il ne faut pas chercher à la minorer, ni penser que les réponses seraient purement techniques. »

Il faut faire des choses en plus, trouver des mesures fortes… On n’a pas été assez punk

De l’affaire Benalla à la crise des gilets jaunes, Emmanuel Macron a subi les événements. En lançant le grand débat et son tour de France, il tente de reprendre la main. « Je n’ai jamais imaginé que j’allais vivre un mandat heureux et calme, confie-t-il. Je l’ai toujours dit, je suis un enfant de cette colère. » Affirmant qu’il n’avait jamais été grisé « quand ça allait bien », il assure, presque bravache, ne pas être « plus inquiet que ça ». Et de citer Cioran, le philosophe du désespoir : « Ce qui est fragile dans le bonheur, c’est qu’on n’en comprend jamais bien les raisons. Le malheur, lui, est toujours très précisément documenté. »

Il ne croit pas si bien dire. Les Français listent leurs doléances. Déjà plus de 300 000 contributions en ligne. L’opération, qui s’achèvera le 15 mars, a pour objectif, selon Emmanuel Macron, de « donner un cadre aux colères et aux contestations ». Il réfléchit déjà aux suites politiques : « J’en tirerai des conséquences profondes », jure-t-il. Emmanuel Macron sait que l’attente est vive. Les gilets jaunes en sont à leur acte XI ; un député macroniste du premier cercle parle, lui, d’« acte II du quinquennat » et prédit : « Il faut faire des choses en plus, trouver des mesures fortes… On n’a pas été assez punk. Si ça convient au Premier ministre, tant mieux. Sinon, il faudra en prendre un autre ! »

Photo by Ludovic MARIN / AFP

Mais pas question, pour autant, de revenir sur les réformes engagées, de «détricoter ce qui a été fait». Pas de changement de cap mais, sans doute, des concessions, notamment sur les 80 km/h. Il faut « trouver le bon chemin en ne lâchant rien sur l’efficacité, mais tout en remettant de la concertation et du pragmatisme au niveau local », dit le chef de l’État, qui semble prêt à modifier son attitude et sa manière de gouverner. Dans ses bonnes résolutions de début d’année : écouter davantage, diriger en étant plus proche des territoires et des citoyens, introduire plus de délibération. Il évoque même les contours d’une nouvelle « démocratie délibérative », sorte de « troisième voie, entre la démocratie participative et le référendum ». Le locataire de l’Elysée souhaite renouer avec les syndicats, les corps intermédiaires et même avec la presse, longtemps tenue à distance. « Il y a un besoin d’explication », confirme son entourage.

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Au Caire, sans micro et sans caméra, les traits tirés et le visage émacié, il répond aux questions pendant presque une heure. Interrogé sur la manière dont il compte peser sur les droits de l’homme en Egypte, il reconnaît que la situation a « empiré » depuis octobre 2017. Et promet d’engager « un dialogue de vérité » avec le président Al-Sissi. Lorsqu’il l’avait reçu à l’Elysée, il lui avait donné une liste de personnalités. Deux ont été relâchées. Insuffisant, estime Macron, dont la visite a failli être reportée faute de garanties suffisantes concernant la libération de prisonniers politiques. Mais il est soucieux de défendre – en même temps – « nos valeurs » et « notre partenariat » : troisième pays importateur d’armes, l’Egypte a fait de la France son fournisseur principal et a été la premier à lui acheter des Rafale.

Je ne vais pas vous raconter des craques

Accueilli avec les honneurs par 21 coups de canon et la fanfare militaire, face au président Al-Sissi et devant les rangées d’officiels français et égyptiens, Emmanuel Macron va aborder cette question lorsque son micro se met à grésiller et à siffler. Il patiente, bras tendus sur son pupitre. « Des blogueurs, des journalistes, des activistes ont été emprisonnés ; je ne peux pas faire comme si de rien n’était », déclare-t-il ensuite. Quand un journaliste égyptien ose une comparaison avec la manière dont des gilets jaunes ont été traités, il réplique : « Vous avez noté que, en France, il est permis de s’exprimer librement. C’est la force d’une démocratie. » Pour la première fois, il évoque la face tragique des événements : « Je déplore que onze concitoyens aient perdu la vie. Mais aucun n’a été victime des forces de l’ordre. Compte tenu de la nature de ce que la France vit, c’est inédit. »

Un peu plus tard, dans la soirée, il se livre à un bain de foule comme il n’en a pas fait depuis des semaines. Soudain, une femme au carré blond l’exhorte à supprimer l’impôt sur la fortune immobilière, qui a remplacé l’ISF. « Je ne le ferai pas, je ne vais pas vous raconter des craques, répond le président. On me reproche suffisamment d’avoir supprimé l’autre ! » A Abou-Simbel, Emmanuel Macron avait commencé sa visite en contemplant un bas-relief : le pharaon terrassant ses ennemis devant les dieux.

En France, sa propre bataille ne fait que commencer.

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