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Les partis politiques en mode pied-de-biche

La ministre flamande de l'environnement, Joke Schauvliege (CD&V) en larmes... Elle a été prise en flagrant délit de mensonge. | © BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Politique

Les élections approchent. Les partis font feu de tout bois. Quitte à se brûler ? 

 

Cent jours. Cent longues journées – et nuitées – nous séparent d’un dimanche électoral fondamental. La moindre étincelle provoque l’hystérie. Pour preuve, la ministre flamande du Climat, qui a dû faire un pas de côté. Pour cause de mensonge : les jeunes manifestants du jeudi seraient manipulés par l’extrême gauche, par les écologistes, etc. Elle a impliqué la Sûreté de l’Etat… sous la compétence de Koen Geens, son collègue CD&V, comme elle. A cent jours près, les sociaux-chrétiens n’ont voulu prendre aucun risque : démission dans les pleurs.

Le PS, lui, a décidé de soigner l’opinion avec un truc tout simple : plus besoin de sortir son portefeuille pour les repas à l’école, les transports publics, la visite chez le généraliste et le dentiste, sans oublier la semaine des quatre jours payée cinq et la baisse de la TVA sur l’électricité de 21 % à 6 %. La course à gauche est (re)lancée. Et tant pis si les ficelles sont grosses. Car comment financer ? En intensifiant, par exemple, la traque sur la fraude fiscale (estimée à environ 30 milliards d’euros en Belgique), répond le PS. Un peu simpliste. Pour l’heure, à peine 6  % de celle-ci sont récupérés. Et 2018 est une année record. Le Bureau du plan chiffrera les propositions des partis.

La logique du pied-de-biche

En réalité, la logique est la même pour tous : le pied-de-biche pour forcer la porte des citoyens et montrer toute la beauté de sa formation, de ses idées.

Le PS n’est d’ailleurs pas seul dans cette course effrénée à la politique soldée. Ecolo propose une allocation universelle pour les jeunes. Et le MR, par la voix de Jacques Brotchi, son président du Sénat, la fin des quotas pour les numéros Inami. La pénurie de médecins est une réalité. Mais lorsque la collègue libérale, Maggie De Block, a décidé de ne pas suivre le comité scientifique sur ce sujet, tous les bleus se sont tus et ont dit amen à la N-VA.

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La période électorale a ceci de magique : outre les propositions miraculeuses, les confessions tombent à pic. Ainsi Pieter De Crem, nouveau ministre de l’Intérieur, avoue qu’il ne croit pas à la fin du nucléaire en 2025. Il a raison. Non pas sur le fond, mais sur la forme. Après le scrutin, les nouveaux partenaires devront constater que l’énergie alternative manque de jus. Alors ? Il faudra prolonger l’existence de certains réacteurs. On n’en a pas fini avec les manifs du jeudi.

Et ce n’est pas tout. Le ministre-président de la Région bruxelloise, Rudi Vervoort (PS), souhaite que les autoroutes qui amènent les navetteurs dans Bruxelles se transforment en boulevard urbain, avec comme corollaire le nombre de réduction des bandes. Pourquoi pas ? Sauf que les solutions alternatives n’existent pas (RER, offre de transports publics, etc.).

Bref, la confiance des citoyens est non seulement abîmée par des administrations en panne, des services déficients et une circulation étouffée, mais aussi par des élus qui promettent la lune alors que, sur terre, ça ne fonctionne que trop moyennement. Le pied-de-biche est aussi une arme pour faire oublier certaines évidences contrariantes.

 

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