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« Le grand débat » : le grand résumé

Sur les 11 candidats, seuls cinq d'entre eux ont été invités par TF1 pour "Le grand débat". | © PATRICK KOVARIK / AFP

Politique

Lundi soir, plus de trois heures de débat ont opposé cinq candidats à la présidentielle – de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Voici ce qu’il faut en retenir.

D’après les articles Paris Match France de Adrien Gaboulaud, Yannick VelyMariana Grépinet, Eric Hacquemand et Bruno Jeudy

Les trois heures trente d’échanges ont peut-être permis aux Français et aux plus indécis de ceux-ci, de se déterminer en vue du premier tour le 23 avril prochain, dans 34 jours. Contrairement aux débats des primaires où les postulants étaient en arc de cercle, les cinq candidats étaient disposés dans un cercle incluant les présentateurs Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray. « L’idée, c’est qu’ils se regardent, pour vraiment favoriser le débat et les échanges », avait expliqué Philippe Morand. « Le public sera disposé dans des gradins autour du cercle, comme dans une agora, et derrière chaque candidat sur les quatre premiers rangs, il y aura ses soutiens », soit 36 personnes au total par candidat, a-t-il ajouté.

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©AFP PHOTO / JOEL SAGET ET FEFERBERG

Le Pen à la charge

« Vous avez un talent fou, vous arrivez à parler sept minutes, je suis incapable de résumer votre pensée, vous n’avez rien dit, c’est le vide absolu, sidéral ». Comme on pouvait s’y attendre, la présidente du Front national a multiplié les attaques à l’encontre d’Emmanuel Macron tout au long du débat. L’ancien ministre de l’Economie a répliqué, parfois vertement, mais cette saillie a fait mouche car elle venait après une longue tirade imprécise du candidat d’En Marche!.

C’était attendu, Marine Le Pen a bien sûr déroulé son programme sur la préférence nationale. Elle a notamment déclaré vouloir « arrêter l’immigration légale et illégale » en renforçant les frontières nationales. « Je ne vois pas comment compter sur la Grèce ruinée ou l’Italie submergée pour pouvoir maîtriser le flux qui arrive de manière ininterrompue ». Mais sur la sortie de l’euro qu’elle envisage, Marine Le Pen a pris pour exemple la Grande-Bretagne qui rayonnerait depuis le Brexit, alors même que celui-ci n’a pas encore pris effet. Elle a ensuite présenté un graphique sur la production industrielle des principaux pays européens, sans contextualiser, méthode grossière pour appuyer son argumentaire.

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Macron, le pro-européen, réplique

« Je suis le seul candidat qui se conforme depuis le début à nos engagements européens », a de son côté insisté le pro-européen Emmanuel Macron.

Visé par Marine Le Pen sur le burkini – « Il y a quelques années, il n’y avait pas de burkini sur les plages. Je sais que vous êtes pour, monsieur Macron » – Emmanuel Macron a répliqué sèchement : « Madame Le Pen, je ne vous fais pas parler, je n’ai pas besoin d’un ventriloque ». Avant d’ajouter : « Le piège dans lequel vous êtes en train de tomber, madame Le Pen, par vos provocations, c’est de diviser la société ». Pris à parti à plusieurs reprises par ses adversaires, Macron s’est amusé d’être placé au centre : « Vous vous ennuieriez sans moi ».

©POOL AND AFP PHOTO / Eliot BLONDET

Fillon en dents de scie

Crispé et trop prudent tout au long de la première heure, François Fillon est apparu plus éteint que pendant les débats de la primaire de la droite. Il s’est ensuite enhardi en ramassant ses concurrents : « Vos promesses ne tiendront pas, nous sommes trop endettés ». Il a repris la main sur l’islamisme sans trouver la bonne formule. Au passage, il a rappelé qu’il avait fait voter l’interdiction du voile, façon de souligner qu’il avait de l’expérience. Pour le reste, il a concentré ses attaques contre Macron qu’il a attaqué sur son soutien à Merkel sur la politique vis-à-vis des migrants.

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« On a sur le plateau deux anciens ministres de François Hollande qui ont tous les deux échoué et qui essaient de le dissimuler », a-t-il notamment déclaré. Beaucoup plus à l’aise après la pause pub, François Fillon a pris le leadership du débat sur les questions économiques et sur le travail. Il enverra ensuite une punchline sur Marine Le Pen, traitée de « serial killer du pouvoir d’achat avec sa sortie de l’euro ». Mais Fillon a surtout profité indirectement de l’activisme de Macron, qui a pris les balles de Le Pen et de Hamon qui lui étaient destinées. Il a finalement évité les coups sur l’affaire Penelope. Mais à l’arrivée, cela l’a fait disparaître du débat…

Hamon veut partager

« Je serai le candidat de la feuille de paye ». Cette phrase, Benoit Hamon l’a empruntée à Arnaud Montebourg. Durant la primaire de la gauche, le chantre du « made in Françe » s’était en effet autoproclamé « candidat de la feuille de paye et du pouvoir d’achat ». À Benoit Hamon désormais de promettre une hausse de pouvoir d’achat notamment grâce à la mise en place du revenu universel d’existence, son idée phare, « la seule innovante durant cette campagne », dit-il. Ce qui permet au candidat socialiste de renouer avec une valeur de la gauche : le partage des richesses.

Le débat a commencé depuis une vingtaine de minutes quand Marine Le Pen s’emballe sur la montée de l’insécurité et l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans. Benoit Hamon sort alors sa réplique choc : « Que vous soyez une droguée aux faits divers, c’est une chose, mais vous êtes candidate à l’élection présidentielle et ce n’est pas sérieux », lui lance le candidat socialiste. Une façon aussi pour Hamon de se poser en adversaire numéro un du Front national.

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Au niveau crédibilité, Benoit Hamon n’a pas vraiment marqué de points. Revenu universel d’existence, 20 000 enseignants de plus, augmentation de l’allocation pour les personnes âgées (APA) de 50%, recrutement de policiers et de gendarmes, passage à 2% du PIB des dépenses militaires etc…: toutes les cases de la primaire sont cochées. Mais sans jamais préciser le financement de ses mesures au risque de donner l’impression de raser gratis. « Trop de cadeaux », n’a d’ailleurs pas manqué de pointer Emmanuel Macron.

Mélenchon, « pas d’accord »

« Je ne suis pas d’accord pour avoir un code du travail par entreprise, comme je ne serais pas d’accord pour avoir un code de la route par rue », a expliqué Jean-Luc Mélenchon pour dire son opposition à la primauté que veulent donner François Fillon et Emmanuel Macron aux accords de branche en matière de droit du travail. « Sur les 35 heures, vous dites la même chose, les deux », a-t-il lancé à l’adresse du candidat LR et du fondateur d’En Marche!.

© POOL AND AFP PHOTO / Patrick KOVARIK

Très offensif durant tout le débat, en particulier contre Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a refusé d’être associé aux affaires qui entourent la campagne. « J’ai admiré vos pudeurs de gazelle », a-t-il lancé à la journaliste Anne-Claire Coudray qui évoquait le sujet. « Quand vous dites que le débat a été pollué par les affaires de certains d’entre vous, pardon, pas moi. Je tiens à le préciser mais ici, il n’y a que deux personnes qui sont concernées : monsieur Fillon et madame Le Pen. Les trois autres, nous n’avons rien à voir avec tout ça, alors s’il vous plaît, ne nous mettez pas dans le même sac ».

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Alors que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont scrupuleusement évité de se confronter durant la quasi-totalité du débat, l’eurodéputé a été interpellé par le socialiste sur la question de la défense européenne. « Il n’est pas acceptable de la part de Poutine qu’il annexe un territoire », a dit Benoît Hamon à propos de la Crimée. « Je vous dis juste que ça ne sert à rien de se montrer armés jusqu’aux dents devant les Russes », lui a répondu Mélenchon. « Quand on discute avec monsieur Poutine, il vaut mieux arriver avec quelques arguments derrière », a terminé Hamon, sans que son rival de gauche ne puisse lui répondre.

©AFP PHOTO / POOL / Patrick KOVARIK

Moi, président

Les cinq candidats se sont exprimés sur leur vision de la présidence, dans l’hypothèse où il – ou elle – serait élu le 23 avril.

Marine Le Pen (Front national) 

« Je veux être la présidente de la République française, mais vraiment, je ne veux pas administrer une vague région européenne, ni être une VRP de tel ou tel grand groupe. L’indépendance nationale, ce n’est pas un mot vide de sens, l’indépendance nationale c’est le droit pour les Français de décider pour eux-mêmes, le droit de choisir son identité, ses valeurs, ses traditions. Je veux défendre leurs intérêts, pas les intérêts des banques, ou de telle ou telle capitale européenne, retrouver nos frontières nationales, pour se réarmer face à la mondialisation, pour lutter contre le communitarisme et pour rendre la parole au peuple ».

François Fillon (Les Républicains)

« Je serai le président du redressement national, qui libèrera les Français des impôts qui les bloquent dans leur vie (…). Le  président qui protègera les français contre les violences intérieures et extérieures, avec un président américain imprévisible, l’impérialisme économique chinois et le danger mortel le développement du totalitarisme islamique (…). J’ai un projet préparé de longue date avec une majorité cohérente et stable et à laquelle j’associerai la société civile ».

Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) 

« Je serai le dernier président de la Ve république. Je convoquerai une assemblée constituante pour mettre fin de la monarchie présidentielle (…). J’irai au plus urgent. Je serai e président écologique, donc nous sortirons du nucléaire, je serai le président social qui aura pour but d’éradiquer la misère (…). Je serai le président d’une France insoumise, en France, en Europe et dans le monde. Je serai le président de la paix (…). Nous sortirons de l’Otan pour ne plus être enchaîné par la guerre. Je servirai avec honneur. Le sens de ma candidature c’est un programme ».

©AFP

Emmanuel Macron (En Marche !) 

« Rien n’était écrit. Je ne fais pas partie de la vie politique depuis plusieurs années. Je suis devenu fonctionnaire, banquier puis j’ai ensuite décidé de servir mon pays. J’ai été ministre. J’ai vu ce qui bloquait notre pays, des règles hors d’âge, des fonctionnements dépassés. En prenant ma liberté, j’ai pris mes responsabilités pour dépasser les lignes, pour dépasser un clivage ancien. Le projet que je porte est un projet d’alternance profonde, juste, efficace, un projet porteur d’espoir ».

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Benoît Hamon (Parti socialiste)

« Quelle république voulez-nous, bienveillante, autoritaire ? Quel message voulez-vous adresser au monde ? Je serai un président honnête et juste. Honnêtre, libre par rapport à l’argent et le , c’est pour cela que je serai aussi un président juste , je tournerai la page avec ses vieilles recettes épuisées, je tournerai la page et je construirai un futur désirable »

Les absents n’ont pas toujours tort

« Nous sommes 11 candidats, il y en a cinq ici, cela pose une question démocratique », a affirmé en préambule de la rencontre le candidat des Républicains, premier des cinq invités à s’exprimer pour ce débat d’avant premier tour. En effet, la totalité des candidats à la présidentielle française n’étaient pas représentés ce soir-là, puisque le débat comptait six absents : Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), Philippe Poutou (NPA), Nathalie Arthaud (LO), Jacques Cheminade (LaRouche), François Asselineau (UPR) et le centriste Jean Lassalle.

Marine Le Pen, la présidente du Front National, a évoqué ensuite les « six candidats qui ne sont pas présents ce soir » et a jugé que la chaîne « s’honorerait à organiser un débat dans les mêmes conditions » pour ces autres candidats à l’élection présidentielle.

©PHOTOPQR/LE PARISIEN – Le débat était animé par Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray.

Privé de débat sur la première chaîne, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), qui avait tenté en vain un recours au Conseil d’Etat, a finalement choisi l’émission « Touche pas à mon poste », animée par Cyril Hanouna sur C8 et objet de maintes saisines du CSA.

Trois autres candidats à l’Élysée – Philippe Poutou (NPA), Nathalie Arthaud (LO) et Jacques Cheminade – devaient participer à #LAutreDebat, diffusé via Facebook live à partir de 20H30. Le candidat du NPA, également ouvrier, a finalement annulé sa participation peu avant en raison d’un conflit autour du sort de l’usine Ford Aquitaine Industries (FAI, 930 salariés) à Blanquefort. Organisé par Explicite, ce débat de deux heures, doit être animé par des questions d’internautes.

François Asselineau (UPR) et le centriste Jean Lassalle ont aussi manifesté leur agacement d’être écartés par TF1.

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Les conclusions des candidats

À l’heure des conclusions, chaque candidat est revenu sur ses positions fortes : Le Pen sur le Frexit, Mélenchon sur le rejet des élites et un grand changement, ou encore François Fillon et sa promesse de « l’alternance ». « J’ai pu commettre quelques erreurs, j’ai des défauts – qui n’en a pas ? », a noté l’ex-Premier ministre. Benoît Hamon, lui, veut incarner « le vote utile ». « Un vote qui vous est utile. Nous avons pris l’habitude depuis trop longtemps de nous rendre aux urnes pour voter contre ». Marine Le Pen, elle, a affirmé que « l’Union européenne nous cadenasse ». « Vous avez le droit de vous protéger », a lancé Marine Le Pen, avant de proposer un référendum sur l’Europe.

« Le monde entre dans une saison des tempêtes », a avancé de son côté Jean-Luc Mélenchon. « La cupidité doit céder la place à la vertu ». Il propose de « rendre la France aux Français en la libérant de l’oligarchie ». Il veut « tout changer en Europe sans tout détruire ». « Contre la force du peuple, rien n’est possible. Avec la force du peuple, tout est possible », a-t-il conclu. Emmanuel Macron, lui, se pose en réconciliateur : « Notre pays se divise bien souvent sur la peur ». Il affirme que « l’ordre établi » n’est plus le bon. « L’alternance profonde, c’est notre projet, ça n’est pas le tic-tac, le balancier de la droite qui succède à la gauche ».

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