Paris Match Belgique

Meetings belges pour les candidats, comités de soutien : les Belges votent France

Benoît Hamon en compagnie d'Elio Di Rupo lors de son meeting à Bruxelles le 21 mars 2017. | © Belga

Politique

Ce 21 mars en soirée, Benoît Hamon, le candidat socialiste aux élections présidentielles françaises, a rassemblé près de 3 000 participants à son meeting organisé à Bruxelles.  Les élections françaises ont porté, l’espace d’un soir, des couleurs « Noir jaune bleu ».

 

« Benoît, ta candidature met du baume au cœur, et pas seulement à celui des Français ». Les mots d’Estelle Göger, secrétaire de la section Bruxelles du parti socialiste français, ne pouvaient être plus adéquats pour ouvrir le rassemblement dans une salle de la Madeleine bondée, des Français établis au Plat Pays étaient au rendez-vous, mais aussi de nombreux Belges. Présents par conviction, intérêt politique ou par curiosité, les spectateurs ont été plongés dans une atmosphère rythmée par le slogan : « Faire battre le cœur de l’Europe ».

Elio Di Rupo lors du meeting de Benoît Hamon / Belga

Et c’est l’ancien Premier ministre, Elio Di Rupo, qui a ouvert ce bal socialiste pro-européen. Le Président du PS belge a exprimé son soutien à Benoît Hamon et a salué la légitimité de ses idées de rupture. « Une rupture franche avec l’austérité qui nous est imposée un peu partout en Europe » a-t-il déclaré. Sous un tonnerre d’applaudissements et dans une forêt de drapeaux européens, Benoît Hamon a ensuite exposé son programme, évoquant tour à tour la laïcité, le revenu universel, l’environnement, les retraites, l’éducation, l’établissement d’un visa humanitaire, ou encore l’Union européenne.

Lire aussi > Sondage présidentielle française : Mélenchon à égalité avec Hamon

Devenir Français ?

Durant trois heures de discours, le candidat socialiste a retenu l’attention du public bruxellois, à un mois du premier tour. Un événement que suit de près, une grande partie de la Belgique francophone comme si son avenir en dépendait.  Du comité bruxellois de soutien à Emmanuel Macron jusqu’aux meetings belges des candidats, le Belge serait-il passionné par la politique de l’Hexagone quitte à délaisser celle de son propre pays ?

D’aussi loin qu’il se souvienne, Noé, étudiant en journalisme, a toujours été un féru de la politique française. Hier soir, c’est par conviction qu’il assistait au meeting du candidat socialiste. Hamon, c’est « son gars sûr ». Un engouement si intense, qu’il y a quelques mois, Noé avait entamé les démarches pour obtenir la nationalité française pour voter aux prochaines élections du pays de sa grand-mère. Un geste qui a quelque peu étonné son entourage, mais le jeune homme s’explique : « Comme chaque citoyen, j’ai envie de participer, pas seulement de regarder ». Ce qui attire Noé dans cette course à la présidentielle, c’est son côté spectaculaire porté par la machine médiatique mais surtout le clivage gauche-droite beaucoup plus marqué qu’en Belgique.

Lire aussi > Les jeunes Belges sont-ils plus intéressés par la politique étrangère ?

Un engouement de longue date

Cet attrait pour les élections présidentielles de nos voisins ne date pas d’hier et il est même assez courant qu’un petit pays soit ébloui par la politique d’une grande nation. Selon Pierre Verjans, professeur de sciences politiques à l’Université de Liège, les Wallons suivent en effet de près les élections présidentielles françaises depuis longtemps, quitte à se rappeler plus facilement du gouvernement Mitterand que du gouvernement Martens dans les années 80. « La politique française est plus spectaculaire et séduit car le système majoritaire semble plus clair que le système proportionnel. Et puis, les Français ont un autre rapport à la parole. Les discours sont plus aisés, fluides, et les prises de position sont tranchées. Le citoyen belge a l’impression que le débat politique français a de la teneur comparé à celui tenu en Belgique ».

Pour le meeting de Benoît Hamon,  Michel, 80 ans, était présent principalement par curiosité, laissant de côté son adhésion aux idées de Jean-Luc Mélenchon. Depuis des années, il suit l’histoire des présidents de France, « après tout, nous avons la même langue » . Mais Michel n’a jamais boudé pour autant la politique belge : « Je vais parfois à des meetings du PS, c’est important d’être au courant des actions des partis belges, mais je ne suis tout simplement pas un militant ! ».

Les enjeux pour l’Union européenne

Depuis le début de la campagne à la présidentielle, les collectifs de soutien aux candidats se sont développés à Bruxelles. Le soir du grand débat – qui a attiré en France près de 10 millions de téléspectateurs sur TF1- les adhérents du mouvement « En Marche », parti politique d’Emmanuel Macron, s’étaient réunis dans plusieurs endroits de la capitale pour suivre les propos de leur candidat. Impossible de savoir avec exactitude combien de Belges ont rejoint le comité pro-Macron de Bruxelles, mais ils ne sont en tout cas pas les seuls Européens à être pendus aux lèvres de l’ancien ministre de l’Économie.  « Il y a des Belges, mais aussi des Suisses et des Italiens qui viennent suivre nos débats » décrypte Pieyre-Alexandre Anglade, référent d’En Marche pour la Belgique.

Lire aussi > Le choix des politiques belges pour les élections françaises

À la sortie du meeting de Benoît Hamon de mardi soir, on pouvait croiser des Français, des Belges, des Italiens, des Luxembourgeois, et bien d’autres citoyens de l’Union européenne. Julien Jacquet, administrateur délégué d’une start-up, donne son point de vue : « Pour moi ,s’intéresser à la politique française n’implique pas de délaisser la belge. Je suis ici non pas parce que Benoît Hamon est Français, ou parce qu’il n’est pas Belge. Mais bien parce que ses idées sont inspirantes et qu’elles auront un impact sur l’Europe de demain ».

Si l’intérêt pour la politique belge de notre pays ne disparaît pas, celle de nos voisins français continue de charmer et d’être déterminante pour l’avenir du Plat Pays comme l’impact de la France sur les politiques européennes. D’ailleurs, dans le monde intellectuel et culturel belge, beaucoup se sont longtemps dits « Belges de naissance mais Français de cœur ». Un attrait si important qu’il pourrait faire chanter la « Marseillaise  » à un Premier Ministre belge, qui plus est, néerlandophone.

CIM Internet