Pourquoi la nomination d’une femme ambassadrice d’Arabie Saoudite à Washington est un coup de com’

Pourquoi la nomination d’une femme ambassadrice d’Arabie Saoudite à Washington est un coup de com’

Reema bint Bandar

La Princesse Reema bint Bandar bin Abdelaziz Al Saoud le 24 octobre 2018. | © FAYEZ NURELDINE / AFP

Politique

Correspondante à Riyad durant 12 ans, auteure de Révolution sous le voile aux Éditions First, Clarence Rodriguez nous explique pourquoi la nomination de la Princesse Reema bint Bandar bin Abdelaziz Al Saoud au poste d’ambassadrice d’Arabie Saoudite à Washington est avant tout un coup de com’.

D’après un article Paris Match France de Clarence Rodriguez

C’est une première ! Par décret royal, Princesse Reema bint Bandar bin Abdelaziz Al Saoud vient d’être nommée ambassadrice d’Arabie Saoudite à Washington. Cela n’aura échappé à personne que cette nomination au poste d’Ambassadeur, pas n’importe où, aux États-Unis, est en effet, une sorte de gage adressé à Donald Trump, en pleine tempête relationnelle suite au meurtre sordide de Jamal Khashoggi en octobre dernier dans le consulat d’Arabie Saoudite d’Istanbul, en Turquie. Riyad tenterait-il de faire oublier cette affaire qui a considérablement terni les relations entre les deux alliés historiques, circonstanciés ? Du côté du Congrès pas question de jouer la carte de l’amnésie ! Les sénateurs américains ont, du reste, jugé le prince Héritier Mohammed bin Salman responsable de l’assassinat du journaliste du Washington Post, quand bien même les autorités saoudiennes nient toute implication du jeune Prince. Sans oublier la résolution adoptée par les sénateurs américains, en décembre qui exhortait le Président Trump à « retirer les forces armées américaines des hostilités au Yémen ou affectant le Yémen, sauf les forces américaines engagées dans des opérations visant Al-Qaïda ou des forces associées. »

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Princesse Reema succède ainsi au Prince Khaled bin Salman frère de MBS, nommé lui aussi ce samedi, vice-ministre de la Défense. Ce dernier est cité dans l’affaire Khashoggi. D’aucuns parlent même d’exfiltration…

Tel père, telle fille !

Serait-ce un atavisme ? Princesse Reema est la fille de Prince Bandar bin Abdelaziz al Saoud, ambassadeur à Washington de 1985 à 2005, très proche de la famille Bush. Elle a étudié à l’Université Georges Washington. Femme d’affaires active, à la personnalité bien trempée, Reema dirige un magasin de luxe « Harvey Nichols » à Riyad, l’équivalent du « Bon Marché » à Paris. Elle est très impliquée dans la défense du travail des femmes. Elle considère que « promouvoir les femmes sur le marché du travail est une évolution pas une occidentalisation » et de préciser qu’il faut responsabiliser financièrement les femmes, les encourager à « explorer davantage le monde pour elles-mêmes et à devenir moins dépendantes. » Dans toutes ses déclarations pleines d’espoir, la Princesse oublie de préciser que les Saoudiennes inféodées à un tuteur ne jouissent pas toutes de leur autonomie. C’est sans doute la principale réforme à abolir au royaume où les hommes, les tuteurs sont « Rois » !!

On se souvient qu’en 2017, Reema bint Bandar al Saoud est devenue la première femme nommée Présidente de la Fédération saoudienne des sports communautaires en Arabie Saoudite (l’équivalent du Ministère des Sports). Femme d’affaires, femme d’action, elle est engagée dans la lutte contre le cancer du sein. En la nommant à ce poste prestigieux, le Prince Mohammed bin Salman, veut adresser un message de modernité, de changement dans le royaume.

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En revanche, l’on peut regretter que cette Princesse d’influence… – en 2014, le magazine Forbes l’a classée à la 200ème place des femmes les plus puissantes du monde arabe – n’a pas pris la parole pour défendre les onze Saoudiennes incarcérées et torturées en prison depuis mai 2018… Le statut de princesse en Arabie ne confère finalement pas tous les privilèges. En la nommant au poste prestigieux d’ambassadrice aux États-Unis, le Prince Mohammed bin Salman veut envoyer un signe de modernité, d’ouverture et dans le cadre du #PlanVision2030 un énième coup de com’. Qui est dupe ?

 

Clarence Rodriguez est l’auteure de Arabie Saoudite 3.0, aux éditions Erick Bonnier, ainsi que de Révolution sous le voile aux éditions First.

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