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Algérie : La télévision d’État évoque enfin les manifestations, tout en les censurant

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Des manifestants algériens ce vendredi 1er mars. | © RYAD KRAMDI / AFP

Politique

Alors que les Algériens se mobilisent en masse depuis plus d’une semaine contre un cinquième mandant du président Abdelaziz Bouteflika, la télévision d’État diffuse pour la première fois des images des manifestations, mais les commentent d’une drôle de façon.

Vendredi, plusieurs dizaines de milliers d’Algériens ont défilé dans le centre d’Alger et dans le reste du pays, contre la perspective d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999. Brandissant des drapeaux algériens, une foule impressionnante scandait « Pouvoir assassin », « Le peuple veut la chute du régime » ou encore « Non au 5ème mandat ! ». « Pacifiques ! Pacifiques ! » criaient également les manifestations que quelques jets de gaz lacrymogènes n’ont pas réussi à décourager.

La télévision nationale algérienne a, pour la première fois depuis le début du mouvement de contestation en Algérie, ouvert vendredi son journal par des images des protestations du jour, mais sans référence au mot d’ordre du refus d’un nouveau mandat du président âgé de 81 ans, qui souffre des séquelles d’un accident vasculaire cérébral (AVC) depuis 2013. Après plusieurs jours de censure, le JT de la chaîne Canal Algérie n’a pas donné la parole aux manifestants, ni fait état des slogans hostiles au pouvoir en place. D’après eux, les manifestants appellent à un « changement pacifique ». Voilà comment sont présentées les contestations d’ampleur inédite en 20 ans.

Concernant les heurts entre groupes de jeunes et policiers ayant marqué la fin de la manifestation à Alger, la télévision a évoqué des « débordements » ayant contraint les forces de l’ordre à faire usage de gaz lacrymogènes.

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Les manifestants se protègent comme ils peuvent durant les heurts avec la police. © RYAD KRAMDI / AFP

La censure dénoncée par les journalistes

La veille, une centaine de journalistes des médias algériens, écrits et audiovisuels, publics et privés, étaient rassemblés en fin de matinée sur la « Place de la Liberté de la presse », pour dénoncer les pressions subies par leur profession, à la suite des restrictions de couverture du mouvement de contestation actuel en Algérie, « imposées par (leur) hiérarchie » selon eux. « Non à la censure ! », « 4e pouvoir, pas une presse aux ordres », ont encore clamé les manifestants, aussi nombreux que les policiers qui les encerclaient. Une dizaine d’entre eux ont été interpellés.

L’organisation Reporters sans Frontières (RSF) a affirmé mercredi que les autorités algériennes mettaient « tout en œuvre pour museler les médias » voulant couvrir le mouvement de contestation actuel, et a dénoncé des « interpellations, agressions, interdiction de couvrir, confiscation de matériel, pressions sur les médias publics et ralentissement du réseau internet… ».

Le 22 février, les médias publiques avaient totalement passé sous silence les premières manifestations, inférieures à cette semaine, à travers le pays, notamment à Alger, où elles sont théoriquement interdites depuis 2001.

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