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En 1999, lorsque Bouteflika promettait de ne pas s’imposer au peuple algérien [VIDÉO]

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Les Algériens se mobilisent en masse depuis des semaines pour s'opposer à la perspective d'un cinquième mandant de Bouteflika. | © RYAD KRAMDI / AFP

Politique

Alors que les Algériens descendent dans la rue pour s’opposer au cinquième mandat d’un président qu’ils n’ont pas vu depuis son AVC en 2013, l’Institut National de l’Audiovisuel a ressorti une interview d’Abdelaziz Bouteflika en 1999, date de sa première élection, lorsqu’il promettait de ne pas « s’imposer au peuple ».

Nous sommes en 1999. Et sa première victoire à l’élection présidentielle suscite déjà des interrogations. Abdelaziz Bouteflika s’est retrouvé seul en lice, les six autres candidats ayant décidé de se retirer de la compétition, tous en même temps, au vu des premiers signes de fraude dans les bureaux de vote. Cette décision, sans précédent en Algérie, a provoqué une crise politique. Bouteflika, le candidat soutenu par l’armée, déclare alors qu’il s’en remettra à la décision des Algériens dans les urnes.

« Si je n’ai pas un soutien franc et massif du peuple algérien, je considère qu’il doit être heureux dans sa médiocrité. Et après tout, je ne suis pas un chercheur de pouvoir », déclarait-il à une équipe de France 2, quelques heures avant un scrutin qui le placera à la tête de l’Algérie. « Je sais que mon pays a besoin de quelqu’un mais je ne m’imposerai pas au peuple. Si le peuple est bien, ça veut dire que c’est moi qui apprécie mal la situation.

Contestation inédite

20 ans plus tard, Bouteflika est en route pour un cinquième mandat. Alors qu’il ne s’est plus adressé au peuple algérien depuis son AVC en 2013, le président a confirmé sa candidature le 3 mars dernier, promettant que, s’il était réélu le 18 avril prochain, il n’irait pas jusqu’au bout de son mandat.

Une manière de rassurer les nombreux manifestants qui veulent son départ. Mais le message n’a pas convaincu. Depuis fin février, les Algériens se mobilisent en masse à Alger et ailleurs dans le pays pour s’opposer à la perspective d’un cinquième mandat du chef de l’État âgé de 82 ans, toujours réélu avec plus de 80% des voix au premier tour.

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Les médias publics ont d’abord passé sous silence cette contestation d’une ampleur inédite en 20 ans, avant de diffuser des images des manifestations, sans référence au mot d’ordre, sans donner la parole aux manifestants, sans faire état des slogans hostiles au pouvoir en place. Après plusieurs jours de la censure, dénoncée par les journalistes, elle semble continuer puisque, d’après le JT de la chaîne Canal Algérie, les manifestants appellent à un « changement pacifique ».

Déjà des abandons

Huit candidats, dont Abdelaziz Bouteflika, ont déposé leur dossier au Conseil constitutionnel, qui doit statuer sous dix jours. Mais l’un d’eux, Abdelaziz Belaïd a d’ores et déjà annoncé qu’il se retirait, tandis que Ali Benflis, son ancien Premier ministre et principal adversaire aux présidentielles de 2004 et 2014, ne se présentera pas et en appelle même au boycott de l’élection. Avec un général à la retraite et sans parti, un homme d’affaires inéligible qui présente un homonyme et quatre inconnus ou méconnus de la vie politique, aucun des candidats enregistrés jusqu’ici ne semble représenter une menace sérieuse pour la réélection contestée d’Abdelaziz Bouteflika.

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