Les partis traditionnels ont la migraine

Les partis traditionnels ont la migraine

Les partis francophones ont trouvé une nouvelle astuce pour endiguer leur chute ou favoriser leur élan : le retour des familles politiques. | © DR

Politique

En même pas dix ans, le paysage politique francophone s’est segmenté comme jamais. L’offre politique s’est étoffée. 

 

A gauche, la pièce dure depuis un certain temps. Le PS est pris en sandwich par Ecolo et le PTB. Ce dernier bouscule le PS comme jamais. Les élections communales ont positionné clairement les communistes sur l’échiquier électoral. Ils se sont déployés dans les centres urbains comme Charleroi, Liège ou Molenbeek.

La pièce était jouée à l’avance : aucune alliance entre les gauches dans des collèges. Le calcul de Raoul Hedebouw est simplissime : pas de prise de risque, pour ne pas briser l’élan du succès. Aucun bilan éventuellement critiquable à présenter. Du coup, dans les sondages, ça se maintient plutôt bien, même si le rythme de croissance a décéléré.

A côté, le PS est à la peine. Son bloc monolithique s’est fissuré. Elio Di Rupo a confectionné des listes classiques. Grosso modo toujours les mêmes (têtes). Aucune surprise. Surtout pas celle du décumul intégral, comme le voulait Paul Magnette. Mais ça, c’était avant. Mieux : voici à présent le candidat fantôme. Il existait déjà : se présenter au suffrage sans siéger ensuite, malgré une victoire. C’est vrai. Mais pas à ce point-là. Pas après toutes les affaires récentes comme Publifin et le Samusocial. On allait voir ce qu’on allait voir. Réformes de la gouvernance et de l’état d’esprit. Haro sur le cumul des mandataires ! Et ? C’était tout vu. Les vieux réflexes ont repris leur droit. Avec une apogée dans la contradiction : Paul Magnette sera premier candidat à l’Europe pour le PS mais annonce qu’il ne siégera pas. Le plus fou, c’est que tout le monde a emboîté le pas avec des raisonnements sinueux.

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Où est la réforme de la gouvernance ?

La coprésidente d’Ecolo, Zakia Khattabi, se présente au niveau fédéral mais entrevoit d’être ministre-présidente de la Région bruxelloise. Bernard Clerfayt itou. Objectif : la capitale. Mais il pourrait rester bourgmestre de Schaerbeek et ne pas siéger pas dans l’hémicycle de l’Iris. Les candidats fantômes sont le reflet d’une stratégie. Leur personne, leur personnalité, leur statut de star devrait émouvoir les isoloirs. Il est symptomatique de les voir naître sur le centre-gauche de l’échiquier politique : la bataille électorale se joue là et le moindre détail peut faire la différence. PS, Ecolo et DéFI sont dans un mouchoir de poche, selon les sondages. Comme souvent, la conquête du centre pourrait être décisive.

Tant pis pour l’éthique

Au centre tant convoité, le cdH doit faire face à la concurrence nouvelle du parti d’Olivier Maingain. Retour sur scène de Joëlle Milquet, la seule peut-être à pouvoir faire remonter les orange à la surface. Le président de DéFI n’est plus aussi virulent contre la pasionaria. Deux inculpés ont quelque peu faisandé la campagne d’octobre dernier. Et puis, tout ce petit monde va devoir se parler le 26 mai en soirée. Alors ? Tant pis pour l’éthique.
Bruxelles risque encore d’être un débat passionné : le cdH joue sa survie, Ecolo un leadership très convoité, et DéFI une consolidation que la Wallonie ne peut toujours pas lui offrir.

La gauche en ébullition, le centre en opération survie, reste la droite. Elle se fragmente également. Et pas qu’un peu : le MR, le Parti populaire, La Droite et Alain Destexhe. A nouveau, l’objectif se résume à la capitale. Tenter une percée pour un poste individuel, essentiellement. Voici deux semaines que le dernier s’est exclamé indépendant. Et pas (encore ?) grand-chose à signaler. Des arrivées au compte-gouttes, avec des candidats aux élections communales qui ont eu du mal à compter leurs dizaines de voix.

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Les libéraux essaient de faire bonne figure : « Le départ de Destexhe éclaircit la ligne. » Sauf que la polyphonie peut bien arranger un parti soumis à des vents contraires, comme le MR, confronté à des groupuscules de droite radicale. Les bleus ont égaré leur aspirateur à poussières. Quelques milliers de voix perdues sèchement. Les électeurs fidèles au libéralisme philosophique, quelque peu altéré selon eux ces derniers temps par une N-VA castratrice, vont-ils revenir au bercail ?

Depuis la chute du gouvernement, le MR essaie de donner un ton plus centriste à son discours (climat, migrants…). Dans l’œil de mire : Ecolo. Depuis vingt ans, il existe des vases communicants entre les verts et les bleus. Quand l’un gagne, l’autre perd. En réalité, pour le moment, le MR tente surtout de colmater les fuites.

Les partis francophones ont trouvé une nouvelle astuce pour endiguer leur chute ou favoriser leur élan : le retour des familles politiques. Le président du cdH Maxime Prévot s’est arrimé au CD&V dès son entrée en fonction. Le MR et l’Open Vld tentent de rester le pivot du fédéral. Le PS tente de booster le sp.a, diminué par Groen et le PTB qui envoient certains de leurs candidats de l’autre côté de la frontière linguistique.
La Belgique est ainsi étonnante. Et surréaliste une fois encore. Pendant ce temps, la N-VA, via l’inévitable Bart De Wever, propose de réviser toute la Constitution. Qui a dit que le communautaire était définitivement mis au frigo ?

 

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