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Elections 2019 : les attrape-voix vous saluent

Michel De Maegd, ancien présentateur du journal télévisé sur RTL TVI, est troisième la liste du MR. | © Stéphanie Lecoq

Politique

C’est le fait majeur de ce début de campagne. Des stars, des personnalités connues entrent en politique. Mais pour quoi faire ? Siéger. Et pour le reste, elles verront bien. Leur parti est sur la même longueur d’onde.

 

Journaliste. Cet « historien du temps présent », comme le définissait Albert Londres, un des pères du métier. « Porter la plume dans la plaie », écrivait-il.

Ces plumes migrent de plus en plus. Leurs ailes se déploient soudainement vers un monde qu’elles croient connaître : la politique. Et puis ? La désillusion, vite. L’ambiance de la rédaction était, à bien y réfléchir, un club de vacances. La salsa des rapports truqués, des stratégies cachées ; le cha-cha-cha de la violence, des alliances de circonstances ; le mambo des codes et de la parole sacralisés, des pensées tordues, des dialogues de sourds.

Beaucoup s’y sont perdus : Frédéric François (PSC), Jean-Claude Defossé (Ecolo), Jean-Paul Procureur et Anne Delvaux (cdH). Entre autres. Certains s’y sont retrouvés. Ils ont creusé leur niche dans leur coin pour survivre : Frédérique Ries, Florence Reuter et Olivier Maroy (tous MR). Ceux-ci ont compris et réalisé un petit stratagème : faire le boulot mais sans s’emmêler et sans apparaître dans le premier cercle du pouvoir (présidentiel). Ministre ? Non. Et si oui, pas longtemps. L’important est la discrétion ; apparaître juste comme il se doit, histoire de ne pas se faire totalement oublier.

Malherbe et De Maegd se lancent en politique… Bienvenue à Coups Bas City !

Philippe Malherbe s’est engagé sur les listes du cdH ©BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Franchement, la corde est tellement usée. C’est pour cela peut-être qu’ils osent plus que jamais s’afficher sur la potence politique. Malgré l’histoire (récente), il n’y aurait pas de pendus, il n’y aurait que des élus.
Pour Michel De Maegd et Philippe Malherbe, la cause est entendue. Ces anciens présentateurs du journal télévisé sur RTL TVI sont respectivement troisième et deuxième sur leurs listes respectives : MR et cdH. Ils peuvent déjà répéter leur prestation de serment. Vu leur notoriété, ils ont occupé le devant de la scène en ce début de campagne. Drôle de duel en ouverture de bal pour une démocratie représentative en activité.

Ils n’auront pas bénéficié de beaucoup de temps pour oublier leur précédente adresse professionnelle. Clin d’œil, témoignage d’une certaine absurdité finalement, leur premier rendez-vous médiatique est à RTL. Comme si l’un se nourrissait de l’autre. CQFD ? Sans doute pour sortir de son image « bon chic bon genre et sourire en prime », Michel De Maegd ne ménage pas son ancien confrère. « Sensibilisé à la question climatique ? » demandait Pascal Vrebos sur Bel RTL vendredi soir dernier. « Oui », répond Philippe Malherbe, arrimé désormais au cdH. Le néo-MR y va d’un haussement des sourcils : « Je vous connais quand même bien, Philippe, vous aimez les grosses voitures et les gros moteurs. »

Règlement de compte(s) entre anciens présentateurs du 19 heures. Comme si, à la chaîne, ça chauffait déjà entre les deux hommes et tous les autres – on va rester poli. Oubliées fraternité, collégialité et liberté. Feu sur l’adversaire, désormais. Comme une seconde nature ? Pas vraiment. Les acteurs sont des profanes, malgré ce qu’ils pensent.

Le premier « grand » duel de la campagne électorale a ainsi opposé deux hommes issus de la télé. Témoignage de notre époque. L’un était tellement bien préparé que les éléments de langage frappaient douloureusement les oreilles ; le MR est devenu subitement la huitième merveille du monde et le gouvernement Michel a travaillé « comme jamais » en termes socio-économiques. L’autre était tellement mal préparé qu’il n’avait pas grand-chose à dire et a planté des silences proportionnels à l’éternité. Un auditeur condamna des discours « formatés ». Pas faux. Les gens attendent justement de la fraîcheur… et il y a eu pendant trente minutes beaucoup d’aridité.

Les candidats célèbres se sont ensuite tous retrouvés sur le plateau de « C’est pas tous les jours dimanche ». Michel, Philippe comme à la maison et François De Smet (DéFI, expert migration), Anouk Van Gestel (Ecolo, accueillante de migrants en procès), Claude Moniquet (Listes Destexhe, expert en contre-terrorisme) dans une maison qu’ils connaissent bien eux aussi. Ils ont tous été plutôt sympathiques. Beaucoup de photographes parce que tout cela est flashy.

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Le people est un aimant politique

Ils espèrent encore passer dans le poste d’ici le 26 mai. Pourquoi ? La notoriété se nourrit d’elle-même (pendant un temps donné). Cette mécanique bien huilée, ils connaissent. Ce n’est pas pour rien que les partis misent sur eux. Les faire voir avant que les flashes ne s’éteignent. Les partis, parlons-en aussi ! Leur calcul est assez simple. Il ne s’effectue pas sur le long terme. Il s’agit a priori d’un one-shot. Avec une perspective ? Oui, quand même. Amener des voix qui, logiquement, ne devraient pas être destinées au parti. Le mot « attrape-voix » doit être compris au premier sens de la formule : attraper des votes par ailleurs, destinés normalement aux concurrents. Le people se transforme en représentant de commerce déjà incarné à la télé. Il est, au fond, un aimant politique qui doit attirer les téléspectateurs. Pardon, les électeurs.

Mais ces néo-candidats ont un premier défi à réaliser : rallier le suffrage de leurs propres troupes, des militants du parti. Parce qu’on est d’abord élu par les siens. Là, c’est pas gagné. Le parachutage crée des frustrations. Tout le monde recule d’une place. Dans le silence, de surcroît. Le jeu en vaudrait la chandelle et une bonne partie de l’équipe la tient déjà bien. L’heure de la vengeance sonnera juste après le scrutin. Voilà une des raisons pour laquelle beaucoup se plantent dans leur parcours. S’ils ont facilement constitué leur magot de suffrages, ils peinent ensuite à vivre en harmonie avec leur nouveau milieu. La suite est nécessairement un désenchantement.

Un spectacle répétitif et ennuyeux

Le climat ambiant, pensait-on, ne libérait plus du chapeau de nouveaux lapins blancs. Le retour aux fondamentaux, à l’authenticité, était in-dis-pen-sable ! Un nouveau climat, plus vrai, avec moins de ficelles un peu polluantes. Erreur. La course est affriolante, pour confiner au grotesque. Un spectacle répétitif et ennuyeux. Ces derniers jours ont été particulièrement lassants. Et ce n’est peut-être pas terminé. Il reste quelques jours pour boucler les listes. A se demander, chaque matin, qui sera le nouvel arrivant connu.

Notez que la Flandre n’est pas en reste, avec des personnalités médiatiques dont des Miss Belgique, comme à chaque législature. On pourrait d’ailleurs croire que la couronne est offerte plusieurs fois chaque année.
En définitive, ces arrivées ont toutes un malheureux point commun : elles s’annoncent pour les élections, à quelques semaines de l’échéance. Jamais elles n’apparaissent en début ou à mi-chemin de législature. Le temps serait trop long et deviendrait le temps de l’oubli. Evoquer des « démarches citoyennes » dénaturerait le concept.

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Parallèlement aux heureux bénéficiaires du fait du prince, il y a les déçus. Ceux qui n’ont pas obtenu la place de leur ambition sur la liste. Résultat : les pestiférés se transfèrent. Alain Destexhe a créé sa liste et accueille la députée MR Patricia Potigny. Vous ne la connaissez pas ? Rassurez-vous, nous non plus. L’intérêt de l’opération réside en ceci : elle est députée wallonne et le gouvernement MR-cdH de Willy Borsus ne tenait sa majorité qu’à un siège.

 

Patricia Potigny a quitté le MR pour rejoindre les listes Destexhe. ©BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Félicitations ! Patricia est une nouvelle star. Elle peut déclencher une crise. Sa veste convertible fera date. Une date, comme d’habitude, fixée à quelques semaines du scrutin.
C’est fou le nombre de vocations soudaines, de prises de conscience brutales et de démarches réfléchies de longue date.

La politique est une opportunité de construire le monde d’aujourd’hui et de demain. Elle est aussi un opportunisme. Elle fonctionne comme si les petites souris citoyennes étaient appâtées par les bouts de fromage célèbres. Si ça marche, au fond, pourquoi les partis se gêneraient-ils ? La question est assez fondamentale. La politique est également un miroir.

 

 

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