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Campagne élections 2019 : La Wallonie ne mérite pas ça

Voilà le gouvernement suspendu à Patricia Potigny, ministre virtuelle, et Alain Destexhe en quasi ministre-président wallon. | © BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Politique

Gouvernement et parlement au frigo, démission d’un ténor : la Région souffre… Il n’y a pas eu qu’une démission. Il y en a eu beaucoup en une semaine. 

Cela a commencé avec Patricia Potigny. La députée porte souvent des vestes de tailleur. Elles étaient réversibles. Du MR aux Listes Destexhe. Le gouvernement perd sa majorité à un siège. La dame n’est pas contente. Arrivée au Parlement suite au décès de la flamboyante Véronique Cornet, elle ne sera jamais sortie de l’ombre. Son parti ne lui consacre logiquement aucune place en vue sur les listes. Elle n’a ramené que 148 voix lors des dernières élections, alors que sa liste réalise une majorité absolue à Montigny-le-Tilleul. Et moins de mille voix aux dernières régionales. Une misère. « Je ne connais pas les dossiers », affirme-t-elle candidement. Alors qu’elle est membre de la commission économie, elle ne sait rien de la réforme des aides à la promotion de l’emploi. Un projet libéral, mené par un ministre libéral, à des fins plus bleutées que rouges, et pourtant…

Voilà le gouvernement suspendu à Patricia Potigny, ministre virtuelle, et Alain Destexhe en quasi ministre-président wallon. Le vrai, Willy Borsus, ne peut se laisser humilier, même si la tentation de négocier existe. Il y a des coups de fil. Ça flotte. Une rencontre avec Alain Destexhe est programmée, puis annulée. Trop risqué, trop beau cadeau pour le « traître » qui, quelques jours encore auparavant, votait le programme du MR. Le constat est implacable. Au diable vauvert, les APE du MR et l’assurance autonomie du cdH ? Les orange ne veulent pas être roulés dans la farine. Si les Destexhe s’abstiennent sur les aides à l’emploi, quelle sera leur position sur l’assurance visant à aider les seniors à domicile ? Tout est lié. Tout est plié.

 

Alain Destexhe. ©Liste Destexhe

La crise. Le nouveau président du cdH et député wallon est en Laponie. La voiture de la majorité se fracasse. Le coup du Lapon fait horriblement mal. Ça tenait à une voix. Pas top en termes d’image. Pour le reste ? Soyons de bon compte, l’absence de Maxime Prévot n’intervient pas dans la réflexion des membres du gouvernement. Pourquoi ? Les deux députés Listes Destexhe (Potigny et André-Pierre Puget, ancien du Parti populaire) peuvent faire la pluie et le beau temps, occuper les écrans en fonction de leur « connaissance » des dossiers et de leurs exigences. Soit ils rejoignent la majorité (37 sièges au complet sur 75), soit l’opposition (36 sièges).
La prise n’est pas décrochée, mais le courant ne passe plus. Noir comme lors d’une longue nuit à l’extrême nord de l’Europe.

Séisme à Neufchâteau

Le Parlement plonge dans le sommeil pendant quinze jours. Arrêt total. Deux semaines pour dégager la possibilité de dernières décisions. Et comme si cela ne suffisait pas, le parquet de Neufchâteau crée un nouveau séisme. Le bourgmestre de la cité, Dimitri Fourny, est inculpé. Il aurait bourré les urnes avec des procurations traficotées. A côté de lui, sur le banc des accusés, vingt personnes également inculpées.

Dans un premier temps, le chef de groupe cdH au parlement de Wallonie se déclare prêt au combat. Conférence de presse. Un mot-clé : innocent. Un adjectif répété : serein. Attardons-nous sur l’adjectif. Serein ? Pas tant que ça. Parmi les cibles des enquêteurs, des très proches, des membres de la famille de Dimitri Fourny. Le paramètre familial est très important dans toute crise vécue par un(e) élu(e). Il est fondamental. Plus que la présomption d’innocence ou le secret de l’instruction bafoués au pied de la lettre, les attaques contre l’entourage finissent par avoir raison de l’esprit guerrier. Dimitri Fourny démissionne de son poste de chef de groupe. Il ne se représentera pas aux élections régionales et fédérales.

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Dimitri Fourny (cdH) ©BELGA PHOTO ANTHONY DEHEZ

Il protège probablement ce qu’il a de plus cher. Les proches, ce sanctuaire qui doit être tenu loin de la politique et de ses violences. Il va se consacrer sur les probables nouvelles élections dans sa commune, puisque le doute triomphe. L’homme est, dit-on, à terre, complètement abattu. Mais le guerrier sommeille encore un peu. Quand il convoque la presse pour informer de son retrait, il pose avec le lac de Neufchâteau derrière lui. Il a décidé de l’aménagement des berges. Un lieu désormais convivial. Une de ses réussites. Une future photo de campagne électorale ?

Au cdH, c’est le coup de bambou

Une machine à voix vient de quitter le bateau. Pour le 30 mars, les noms des candidats doivent être entrés de manière définitive. Le calendrier judiciaire ignore le calendrier électoral.
Entre le scandale Publifin et l’affaire des procurations, entre le changement de gouvernement et la crise actuelle, la Wallonie a subi une législature penaude. Pourtant, l’économie va mieux et le chômage est en baisse. Les pôles de compétitivité ont remporté de remarquables succès, entre autres dans la logistique pour le commerce en ligne. Des réformes qui touchent directement les citoyens, comme les allocations familiales, sont positives. Pas complètement : il y a eu un retard de paiement. Damned.

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A côté des images négatives qui viennent immédiatement à l’esprit, le territoire wallon et ses habitants ont un extraordinaire potentiel dont le dernier ou la dernière des députés wallons feraient bien de prendre connaissance.

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