Campagne élections 2019 : dis-moi ton slogan, je te dirai qui tu es

Campagne élections 2019 : dis-moi ton slogan, je te dirai qui tu es

Dans quelques semaines, les Belges iront voter pour différents niveaux de pouvoir. Ont-ils déjà fait leur choix ? Un slogan peut-il encore les influencer ? | © CSP_gubh83

Politique

À part un, les partis ont dévoilé leur slogan de campagne. 
Le classicisme domine. Que se cache-t-il derrière ces toujours 
bonnes intentions ? Décodage.

 

« Au cœur du changement » (Ecolo)

Les écolos sont partout. Le boulevard du triomphe. L’autoroute du changement. La grande victoire au bout du chemin. L’alliance avec le PS déjà préméditée par ses adversaires du centre-droit.
Le slogan est d’ailleurs teinté de rouge. « Au cœur » comme la solidarité chère aux socialistes. Les plus faibles ne payeront pas les mesures pour de l’air pur. Et le « changement » pour marquer la dimension alternative. Du taillé sur mesure. Rien à redire.

Voyons cependant l’épreuve des faits. Sur le site ecolo.be, une phrase sous le slogan apparaît immédiatement : « Envie de prendre part à la vague verte ? » La vague ! Comme si c’était gagné d’avance. Étonnant. Manque de modestie ? Plutôt une maladresse. Car en interne, le management du risque est très pointu. La crainte est la suivante : les verts craignent l’erreur qui pourrait hypothéquer la victoire annoncée. Alors, les risques doivent être calculés. Et le calcul est simple : tolérance zéro ! Zéro risque. Le climat dicte l’agenda, comme les jeunes qui battent le pavé chaque semaine pour porter ce qui est l’ADN du parti. Pourquoi se compliquer la vie ?

Zakia Khattabi et Jean-Marc Nollet. © Belga Photo/Nicolas Maeterlinck

Le discours a donc tendance à évoluer pour apparaître moins clivant. Exemples. L’augmentation du prix de la viande a été effacée du programme. Un vote « contre » dans un Parlement pourrait déranger et se transformer en abstention. Le haro sur les voitures de société s’est métamorphosé en une adéquation entre la fin de la « voiture salaire », le maintien de la voiture « outil » et le niveau de revenu de tout un chacun. Même la gratuité, les verts admettent que quelqu’un doit bien la payer.

N’attendez plus comme par le passé des écotaxes, la fin de la monarchie ou la fusion des réseaux d’enseignement qui ont plombé plusieurs campagnes. Cela s’appelle le lissage de discours. « Au cœur du changement » ne doit pas inquiéter la population. Au contraire, il s’agit de rassurer. Les verts aimeraient bien voter demain. Alors, ils lissent sans prendre de risques. Zakia Khattabi mesure avec parcimonie ses apparitions, Jean-Marc Nollet assure le service avec modération tout en étant sur la balle pour ne pas créer des espaces bénéfiques aux adversaires. Au cœur du changement, sans battements intempestifs ou hasardeux. Autrement exprimé, que les changements ne démolissent pas le cœur de la machine.

« Protéger, reconstruire, vivre mieux ! » (PS)

Elio Di Rupo. © DR

Le PS a choisi un slogan en trois axes. Long, donc difficile à retenir. 
Compliqué pour les non-initiés. Le PS a choisi de se redéfinir en parti protecteur des plus faibles. Ra-ssu-rer. Ensuite, il y a le choix du bilan. Pas le sien. Pas fou non plus ! Car si on ne gagne pas sur un bilan, les socialistes misent sur le fait qu’il peut causer la défaite. En l’occurrence, celle du MR. De manière subliminale, les libéraux ont détruit tout ce que les socialistes ont construit. Une sorte de syllogisme que l’intuition ou l’esprit vif doit ingurgiter. Enfin, le « vivre mieux » qui sonne, résonne et récupère Ecolo.

Vivre mieux implique aussi une dimension stratégique qui vise l’électorat de gauche au sens large. Face à la redistribution radicale en faveur des plus démunis, le président Elio Di Rupo parie sur un mot très simple, contrairement au slogan : gratuité. Avec le PS au pouvoir, la gratuité sera généralisée : médecin généraliste, dentiste, transports en commun, repas à l’école, une partie de flipper, etc. Et encore etc. En réalité, cette idée est tellement plus simple que le collectivisme prôné par le PTB. Elle donne de l’espoir immédiat. Banco ? Paul Magnette, porte-parole, admet que ce sera lissé dans le temps. Indispensable pour rester crédible ( ?).

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« Un programme social, c’est vraiment phénoménal » (PTB)

Peter Mertens et Raoul Hedebouw. © Belga Photo/Kristof Van Accom

Les communistes jouent dans l’efficacité immédiate avec un air de fancy- fair. Un refrain de musique populaire. Une publicité brute de décoffrage souvent entendue, style « je m’y engage ». Simple. La rime aide la mémoire à enregistrer, à créer un réflexe.

Spontanément, quand vous lisez la formule, il y aurait même la voix de Raoul Hedebouw qui pénètre dans votre oreille. Un axe, un seul : du social et encore du social. Objectif : viser les radicaux de gauche au PS et chez Ecolo. Basique. Un thème. Pour le reste, c’est vous qui voyez.

« Avec le MR, c’est possible » 
(MR, donc)

Charles Michel lors d’un congrès du MR fin mars. © Belga photo/Nicolas Maeterlinck

Le slogan des libéraux sent la salle de sport. Un aspect bilan de santé. Les efforts entrepris dans les gouvernements fédéral et wallon ont permis de gonfler les muscles. Et demain ? La dimension prophétique : le succès appelle le succès, encore plus en forme.

Un problème : si vous pensez que le MR n’a pas obtenu de bons résultats, le slogan apparaît comme une gifle et, finalement, sabote les perspectives d’avenir. Mais, à partir du moment où le Premier ministre est aussi le président du parti, les dimensions du passé et de l’avenir sont plus difficiles à dissocier. Surtout, la volonté de Charles Michel pour défendre positivement son bilan est inébranlable. Plus que partout ailleurs, plus qu’au PS même, la victoire ou la défaite sera portée par un seul homme. Charles Michel joue gros, voire une partie de son destin personnel. Mais il y croit, le slogan est surtout à son image.

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« Clairement plus juste » (DéFI)

Olivier Maingain. © Belga Photo/Laurie Dieffembacq

La notion de justice est au centre des préoccupations et des réflexions de tous les partis. Elle alimente de la gauche à la droite, en passant par le centre. Justice sociale et fiscale, entre autres. Olivier Maingain, en parfait centriste qu’il est devenu, espère convaincre ceux qui travaillent mais ne gagnent pas assez et ceux qui rament mais espèrent un avenir meilleur, avec une solidarité plus généreuse.
La singularité du slogan repose sur un adverbe et un qualificatif. Rare ! Il a le mérite de caractériser avec une notion de valeur pure l’action du parti amarante et de l’affirmer fortement avec un mot invariable. Il sort incontestablement du lot.

Le cdH fera-t-il mieux ? Programme et slogan seront adoptés ce week-end. Tous seront alors prêts pour la dernière ligne droite.

À vos « marques » !

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