Elections 2019 : Les coalitions, c’est déjà parti

Elections 2019 : Les coalitions, c’est déjà parti

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MR (Charles Michel) et PS (Elio Di Rupo) : les deux camps affûtent leurs atouts. | © Didier Bauweraerts / Isopix

Politique

Les alliances, tous les leaders politiques en parlent tout en assurant que la parole est aux électeurs. Mais certains sont prêts à tout pour figurer dans les gouvernements.

 

La question est banale. La réponse l’est beaucoup moins. L’Echo demande au président du PS quel est son candidat ministre-président wallon. Un « ça ne vous regarde pas » fuse. Ah bon ? Même pas un peu ? Les Wallons sont quand même en droit de savoir qui, dans les partis, sont susceptibles d’être au gouvernail du bateau Elysette. Elio Di Rupo poursuit : « Si je l’avais en tête, je ne vous le dirais pas, mais je ne l’ai pas en tête. On n’en est pas là ». Traduction. Le propos ne trompe pas. Dans la tête de son président, le PS envisage bel et bien d’être leader au sud du pays. Et dans le pire des cas ? Diriger une majorité dont il a le lead, même s’il n’occupe pas la première marche du podium en termes de suffrages. On ne se refait pas.

Les mots prononcés ont leur part de psychologie non maîtrisée. Autre aspect : offrir un nom au public risque de créer un désordre interne. Évoquer par exemple Jean-Claude Marcourt – en éternelle attente du poste –, c’est braquer les autres. Lancer Pierre-Yves Dermagne, jeune talentueux au physique d’Harry Potter, c’est risquer « l’infar » de vieux briscards. Elio Di Rupo reste maître du jeu et se garde de prendre le moindre risque. Surtout, ne pas provoquer des luttes internes. Ceci dit, évidemment, il a sa petite idée sur le sujet.

Pierre-Yves Dermagne, jeune talentueux 
au physique d’Harry Potter. © Bruno Fahy/Belga Photo

Le PS est confiant. Il se dit que les affaires (Publifin, Samusocial) garnissent désormais les archives politiques. Le gouvernement wallon comme le fédéral ont terminé leurs parcours en tête-à-queue. Les mesures impopulaires ont pris le dessus (saut d’index, allongement de la pension, aides à la promotion de l’emploi (APE), etc.). Tout va mieux. Le tampon de la campagne – la gratuité pour bon nombres de services – marque l’agenda et siphonne le PTB. De surcroît, la stratégie des communales a peut-être rendu les communistes un peu plus inutiles en ne les associant pas aux collèges (de Charleroi à Herstal, en bifurquant par Molenbeek). Même si cette comédie était hyper prévisible, seul le résultat – ou l’absence de résultats – compte.

Ainsi, le PS se voit encore en grand maître du jeu. D’abord dans les Régions. Le secret est de polichinelle. Il alimente le discours public de la présidence : une alliance avec Ecolo et DéFI est privilégiée. Elle est assumée et signée. Pourquoi ? Parce que le cdH serait hors course électoralement et politiquement. Parce qu’un mariage avec le MR provoquera des dégâts collatéraux, dont le gavage du PTB dans les cinq années à venir (et le raisonnement vaut également pour les verts). Un obstacle pour les rouges dans la capitale ? Oui, en forme de dilemme. Si Ecolo est le premier parti, Rudi Vervoort se voit défenestrer de la ministre-présidence. Difficile pour les socialistes d’imaginer ne plus diriger Bruxelles. L’engagement dans des alliances futures ne permet pas toujours de gagner sur toute la ligne. À moins d’un revirement d’engagements entre ex-futurs partenaires.

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Le MR se tient proche du PS et de la N-VA

Comme au bon vieux temps, pour casser cette dynamique socialiste, Charles Michel scotche le PS et la N-VA. Le président du MR ne ménage pas ses efforts. Au choix : l’axe PS/N-VA, c’est le « shut-down », la « double face d’un même problème », le « chaos ». À force, ça peut agacer certains. Elio Di Rupo a voulu casser cette petite musique : « Qui a gouverné avec la N-VA ? » Facile et efficace. Autant l’attaque portait il y a cinq ans, autant l’argument de Charles Michel a aujourd’hui perdu de sa force. La promesse de ne pas s’allier avec les nationalistes et le mariage final avec eux gangrènent encore les mémoires. Le président du MR y croit-il encore ? Il offre le témoin au Premier ministre : le côté pratique du cumul des fonctions. La manœuvre est limpide. Quand le chef du gouvernement promet qu’il s’opposera personnellement à la révision de l’article 1er de la Constitution sur le fédéralisme, il aide le président du MR. Il veut offrir au total dix ans de paix communautaire au pays. Le PS peut-il présenter un tel cadeau ?

La lutte est à couteaux tirés. L’épisode du lapsus « national-socialiste » et les échanges au vitriol par la suite ont déjà laissé des traces. Au MR, plusieurs cadors confient qu’ils le sentent, en effet : à Bruxelles, ça semble plié. L’opposition encore pour les bleus. Pour la Wallonie, pas beaucoup plus d’optimisme. Bruxelles orienté centre-gauche pourrait faire tache d’huile. À moins d’un miracle. L’équation reste à plusieurs inconnues. D’abord, le niveau flamand. La N-VA mise tout sur la Région. Elle est sa priorité absolue. La réforme des institutions cadenassée, qu’irait-t-elle végéter au fédéral ? Bart De Wever s’est allié avec les socialistes et les libéraux à Anvers. Le jeu est ouvert.

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Le CD&V dément tout accord préélectoral

Le CD&V, toujours meurtri de la mésaventure dans la métropole, assure que les jeux sont truqués et qu’il faut s’attendre à la duplication de ce modèle au gouvernement flamand. Les contacts entre le CD&V et Bart De Wever sont apocalyptiques. Le parti dément avec véhémence tout accord préélectoral dans ce sens et dans tout autre cas de figure. Cependant, il profite de l’occasion pour jeter les verts hors de toute projection, tant que faire se peut, assure-t-il. Pas la même ligne du tout que la N-VA sur « la migration, le socio-économique ou l’enseignement ». Notez qu’il n’adopte pas la même attitude par rapport aux socialistes, alors que leur position sur ces sujets est très proche de Groen. Donc ? Il y a des hypothèses privilégiées. Et ça tombe bien : Groen envisage une jamaïcaine les unissant avec les libéraux et les sociaux-chrétiens. A contrario, l’Open Vld appelle à reconduire la suédoise. Faut suivre.

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N-VA (Bart De Wever) et CD&V (Wouter Beke) : des contacts apocalyptiques. © Nicolas Maeterlinck / Belga Photo

En résumé, quel axe va l’emporter ? Le premier de cordée N-VA ou le pivot orange ? Tout est possible. Ensuite, le niveau fédéral. Impossible d’y voir clair. Tous les états-majors sont dans l’expectative. La bouteille à encre. Le centre-gauche francophone (axe PS-Ecolo) se profile encore pour mener la danse. La N-VA se mettant hors jeu, les autres partis flamands démocrates pourrait être obligés de s’unir (malgré eux) pour former une majorité.

Deux probabilités se dessinent : des gouvernements asymétriques en fonction du niveau de pouvoir et des majorités qui se construiront probablement rapidement dans les Régions. Pour le 16 rue de la Loi ? Bonne chance ! Mais une chose est sûre : l’absence de profonde réforme de l’État pendant cinq ans rend la situation moins compliquée qu’il n’y paraît. Une raison d’espérer. Qui participera aux noces ? L’électeur peut toujours bousculer les stratégies préétablies des partis…

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