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« Impeachment » : Trump nargue les démocrates

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Donald Trump, le 18 avril. | © Nicholas Kamm / AFP

Politique

Évoquant une éventuelle procédure de destitution (« impeachment »), Donald Trump a assuré qu’il ne risquait rien.

Sûr de lui, le président américain Donald Trump a affirmé lundi que le Congrès n’était « pas en mesure » de le destituer, un débat qui agite les démocrates depuis la publication du rapport d’enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016. Est-il inquiet face à la menace d’une procédure de destitution ? « Pas du tout », a répondu le républicain aux journalistes à la Maison Blanche.

« Seuls de graves délits ou infractions peuvent aboutir à une destitution », avait-il affirmé plus tôt sur Twitter. « Je n’ai commis aucun délit (pas de collusion, pas d’obstruction) donc vous n’êtes pas en mesure de me destituer. »

Après 22 mois d’enquête, le procureur spécial Robert Mueller a conclu qu’il n’y avait pas eu d’entente entre l’équipe du républicain et Moscou, dans son rapport publié jeudi.

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Mais, si Donald Trump s’estiment depuis totalement exonéré, ces conclusions ne l’ont pas blanchi des soupçons d’entrave à la justice, Robert Mueller ayant montré que le président avait essayé de torpiller son enquête. Se saisissant de ce point, les démocrates affirment qu’avec son rapport long de plus de 440 pages, le discret procureur spécial leur a en fait laissé une feuille de route afin qu’ils poursuivent l’enquête au Congrès.

Mais si tous sont d’accord sur ce point, les opinions divergent autour de la possibilité, potentiellement explosive et probablement vouée à l’échec, de lancer contre Donald Trump une procédure de destitution, appelée « impeachement » aux Etats-Unis.

Prudence des démocrates

Promettant d’agir face aux actes « sans scrupules » de Donald Trump, la puissante présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a ainsi du même coup tempéré lundi les espoirs de ceux qui veulent lancer une telle procédure. Il est « important de savoir que les faits pouvant servir à obliger le président à rendre des comptes peuvent être obtenus hors des auditions organisées dans le cadre d’une destitution », a-t-elle pris soin de souligner dans une lettre aux élus démocrates de la Chambre.

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Nancy Pelosi, en mars dernier. © MANDEL NGAN / AFP

Nous « devons montrer aux Américains que nous avançons sans passion ou préjugés, en nous basant strictement sur la présentation des faits », a-t-elle conclu. Elle devait s’entretenir à ce sujet par téléphone avec son groupe parlementaire ce lundi à 17 heures (21 heures GMT). Le débat pourrait être houleux face aux quelques élus démocrates pour qui la procédure de destitution est désormais la seule option logique. Ils restent rares mais l’idée semble avancer.

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Parmi la vingtaine de candidats démocrates à la Maison-Blanche, seuls la sénatrice Elizabeth Warren et Julian Castro se sont prononcés fermement en faveur de cette voie. Les autres préfèrent éviter le sujet, certains expliquant vouloir d’abord entendre Robert Mueller, qui a été appelé à témoigner à la chambre basse en mai. Il n’a pas encore donné suite.

Nancy Pelosi en tête, les chefs démocrates sont eux circonspects face à une procédure qui risque grandement d’échouer, puisqu’elle prend in fine la forme d’un procès devant le Sénat, qui a conservé sa majorité républicaine et reste farouchement fidèle au président. Or seul un sénateur républicain, Mitt Romney, s’est dit « écoeuré » par les faits attribués à Donald Trump et à son équipe de campagne. Mais… il a du même coup appelé à « aller de l’avant ».

À l’approche de la présidentielle de novembre 2020, il serait en outre dangereux pour les démocrates de se concentrer sur une procédure de destitution au détriment des sujets qui préoccupent grandement les électeurs, comme la santé, estiment certains stratèges du parti. Les Américains pourront rendre leur verdict dans les urnes, proclament-ils. L’opposition n’a en tout cas pas attendu les conclusions du rapport Mueller pour multiplier les enquêtes parlementaires contre le président républicain et son entourage à la Chambre, où leur majorité leur donne de vastes pouvoirs d’investigation. À ce titre, ils ont présenté une injonction pour recevoir des documents sur les finances personnelles du milliardaire et de plusieurs de ses sociétés. Or des avocats de Donald Trump ont lancé lundi des poursuites afin d’empêcher le cabinet comptable de s’y plier. Le « parti démocrate a déclaré une guerre totale contre le président Donald J. Trump », écrivent ces avocats dans leur plainte.  « Les injonctions sont leur arme préférée ».

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