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Présidentielle US : Qui veut battre Donald Trump en 2020 ?

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Donald Trump, l'homme à battre. | © Brendan Smialowski / AFP

Politique

En se déclarant candidat, Joe Biden a marqué le début de la campagne présidentielle américaine. Ils sont pour l’instant vingt démocrates à vouloir en découdre.

Les favoris « Salut vieux, comment ça va ? » Ce 25 avril, Joe Biden, 76 ans, déjeune chez Gianni, le patron de sa pizzeria préférée à Wilmington, dans le Delaware, où il habite. Celui qui est le favori des sondages vient d’annoncer quelques heures auparavant sa candidature dans une vidéo où il attaque durement Trump et déclare que « l’Amérique est une idée ». Dans la pizzeria, l’ancien vice-président du très populaire Barack Obama serre des mains, sourit et donne de grandes tapes dans le dos… On dirait Chirac en campagne. Le président sympa. L’anti-Trump. Aucun mot sur son programme. Comme s’il était déjà investi par son parti.

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Pendant ce temps-là, sur les réseaux sociaux, la gauche du Parti démocrate se déchaîne contre lui, ce qui n’étonne guère Peter Feld, sondeur au cabinet de stratégie politique The Insurrection : « Dans l’Amérique actuelle, les candidats qui évoquent les grands principes moraux auront du mal à se faire élire contre ceux qui proposent des solutions radicales. L’aile “Macron” du Parti démocrate échouera en 2020 comme en 2016 », pronostique-t-il.

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Joe Biden. © SAUL LOEB / AFP

Pour l’heure, l’adversaire de Biden le plus dangereux, c’est Bernie Sanders. Malgré ses 77 ans, ce « démocrate socialiste » mène une campagne efficace, plus axée sur les minorités ethniques, son talon d’Achille (Sanders vient d’un Etat « blanc », le Vermont), qu’en 2016. Début avril, il a reçu une standing ovation chez le révérend Al Sharpton, un leader noir aux allures de Martin Luther King qui organisait une conférence annuelle où tous les candidats démocrates déclarés défilaient au micro. Opportuniste, Bernie sait aussi « draguer » les électeurs de Trump, en allant sur Fox News, la chaîne de droite, répondre à leurs questions à l’occasion d’une émission qui a fait une belle audience.

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Bernie Sanders. © MANDEL NGAN / AFP

Mais personne n’a vu venir Pete Buttigieg, 37 ans, le plus jeune des candidats. Chez le révérend Al Sharpton, il a également fait un carton. Maire d’une « ville de taille moyenne » (South Bend, 100 000 habitants) perdue au fin fond de l’Indiana, il est monté sur scène, sans veste, tout frêle, avec un sourire à la Tintin, pour expliquer que, lui aussi, il avait ses chances. Après son discours, nous lui avons demandé si le fait d’être ouvertement gay n’allait pas lui poser un problème pour se faire élire. Polyglotte, Buttigieg nous a répondu en français : « Quand je me suis présenté dans l’Indiana, qui est un Etat conservateur, certains ont pensé que c’était suicidaire, mais cela ne m’a posé aucun problème. L’important, c’est d’être une personne, pas une catégorie. » Bien peu d’experts lui accordent des chances de succès. N’empêche que ce vétéran de l’US Army, multidiplômé, chrétien pratiquant, a amassé un coffre-fort inespéré de dons (7 millions de dollars au premier trimestre 2019) pour financer sa campagne. Depuis sa déclaration de candidature officielle le 14 avril, le « maire Pete », comme on l’appelle, multiplie les apparitions avec son mari. Leurs deux chiens, Truman et Buddy, ont un compte Twitter qui affiche 66 000 abonnés…

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Pete Buttigieg © KAMIL KRZACZYNSKI / AFP

Pour Kamala Harris, 54 ans, c’est plus dur. Beaucoup misaient sur le destin national de cette sénatrice de Californie d’origines indienne et jamaïcaine, qui bénéficie de solides appuis sur les réseaux sociaux. Mais comme le souligne le sondeur Peter Feld, « elle fut une procureure de l’Etat de Californie bien peu progressiste. Aujourd’hui, elle essaie de gauchir sa candidature, mais ce n’est pas sûr que cela suffise ». Elle a de bonnes chances de se voir offrir une place de numéro deux (vice-présidente) sur un « ticket », si le candidat investi par le parti est un homme blanc comme Biden ou Sanders.

Kamala Harris
Kamala Harris© Don Emmert / AFP

Les challengers. Beto O’Rourke, 46 ans, a eu droit à la couverture du mensuel américain Vanity Fair avant même qu’il ne se présente, le 14 mars dernier. Doté d’un physique à la Kennedy, il mise tout sur son image de « Macron américain » qui va apporter un vent de fraîcheur. À New York, en sortant de chez Al Sharpton, il montait dans un taxi jaune, devant les caméras. L’ex-congressman (député) d’El Paso (Texas) serait donc un candidat « normal ». Il tient un discours progressiste en matière d’immigration, mais pour le reste… Il demeure issu d’un Etat de droite, dans lequel il a cru pouvoir se faire élire sénateur contre l’impopulaire Ted Cruz en novembre dernier, mais cela n’a pas marché. Et l’Amérique n’aime pas les perdants.

Beto O’Rourke
Beto O’Rourke. © Mark RALSTON / AFP

Elle n’aime pas non plus les hésitants comme Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts, qui a peut-être laissé passer sa chance en 2016 et n’arrive pas cette fois à faire la course en tête dans son fief ni dans le New Hampshire, Etat voisin. Respectée chez les démocrates, elle propose un impôt sur la fortune et veut briser les monopoles, comme ceux de Google, Facebook et Amazon. Elle est la plus progressiste du lot avec Bernie, mais pas aussi charismatique que lui.

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Elizabeth Warren
Elizabeth Warren © Don Emmert / AFP

Derrière elle, Kirsten Gillibrand, 52 ans, sénatrice de New York, est l’une des voix du mouvement MeToo, mais s’est attiré beaucoup de critiques en obtenant la démission d’un de ses collègues au Sénat, le très populaire et ancien humoriste Al Franken, victime d’un piège selon certains…

Le sénateur du New Jersey Cory Booker, 50 ans, a pu un temps passer pour le nouveau Barack Obama, mais sa popularité est surtout limitée à la communauté noire…

Julian Castro, 44 ans, l’ancien secrétaire au Logement de Barack Obama, a donné un discours brillantissime lors de la convention démocrate en 2012, mais c’est loin. Le fait d’être l’unique candidat démocrate latino pourrait néanmoins lui servir. Il avait déjà failli devenir le vice-président de Hillary Clinton en 2016.

Kirsten Gillibrand
Kirsten Gillibrand © MANDEL NGAN / AFP

Les folkloriques. Marianne Williamson est une star du spiritualisme new age. Elle serait la gourou d’Oprah Winfrey, qui l’a souvent reçue dans ses shows. Son objectif ? « Guérir l’âme de l’Amérique. » Elle propose entre autres le versement de 100 milliards de dollars de dommages et intérêts à la communauté noire victime de l’esclavage.

L’entrepreneur high-tech Andrew Yang préconise de son côté un « capitalisme centré sur l’humain ». Sa solution : imposer le « dividende de la liberté » (1 000 dollars par mois pour tout Américain majeur), ce qui doperait l’économie « de 13 % », chiffre-t-il. Il se dit aussi de tout cœur avec les activistes « anti-circoncision » (oui, ça existe). Eric Swalwell, député californien de 38 ans, et Wayne Messam, 44 ans, maire de Miramar (Floride), font de la lutte contre le lobby des armes leur proposition phare. Seth Moulton, 40 ans, député du Massachusetts, se positionne comme le « M. Défense » du Parti démocrate, tandis que Jay Inslee, 68 ans, gouverneur de l’Etat de Washington, serait l’homme du changement climatique.

Tous ces candidats, et quelques autres, souffrent d’un gros problème : ils sont inconnus du grand public américain. Et eux, encore plus que les favoris, vont être confrontés à un problème, comme nous l’explique Raghavan Mayur, président de TechnoMetrica et l’un des très rares sondeurs à avoir prévu la défaite de Hillary Clinton en 2016 : « Si l’économie américaine continue à surperformer comme elle le fait, avec un taux de croissance à 3,2 % au premier trimestre, Donald Trump sera dur à battre. »

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