Condamnée à mort pour blasphème puis acquittée, Asia Bibi a quitté le Pakistan

Condamnée à mort pour blasphème puis acquittée, Asia Bibi a quitté le Pakistan

Panneau demandant la libération d'Asia Bibi sur la parvis des Droits de l'Homme à Paris, en octobre 2014. | © MARTIN BUREAU / AFP

Politique

En 2010, cette chrétienne avait été condamnée à mort pour avoir « insulté » le prophète Mahomet. Après plus de huit ans dans le couloir de la mort, Asia Bibi avait été acquittée, au grand dam des islamistes. Elle vient de quitter le Pakistan.

La chrétienne Asia Bibi a quitté le Pakistan, ont annoncé mercredi des médias pakistanais, plus de six mois après avoir été acquittée d’une condamnation à mort pour blasphème, qui avait suscité l’indignation à l’étranger. Dawn, le quotidien en anglais le plus reconnu du pays, a titré qu’Asia Bibi avait « quitté le pays », en citant une source anonyme au ministère des Affaires étrangères pakistanais. Geo News, une des plus grandes chaînes de télévision du pays, a également fait état de son départ, citant des sources qualifiées de « proches d’Asia Bibi ».

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Les autorités pakistanaises ne se sont pas encore prononcées sur sa destination ou les conditions de son départ, si celui-ci est confirmé. Ses filles ont fui il y a plusieurs mois au Canada, selon plusieurs sources diplomatiques. Asia Bibi avait été condamnée à mort pour blasphème en 2010, après avoir été accusée par deux villageoises musulmanes avec qui elle travaillait d’avoir « insulté » le prophète Mahomet lors d’une querelle autour d’un verre d’eau.

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Des manifestants en octobre 2018 réclamant la pendaison d’Asia Bibi. © AAMIR QURESHI / AFP

Son cas était devenu emblématique des dérives de la loi sur le blasphème au Pakistan, souvent instrumentalisée, selon ses détracteurs, pour régler des conflits personnels, via la diffusion de fausses accusations. « C’est un grand soulagement que cette épreuve honteuse soit enfin arrivée à son terme et que Asia Bibi et sa famille soient en sécurité », a déclaré Omar Waraich, directeur adjoint du programme Asie du Sud d’Amnesty International. « Elle n’aurait jamais dû être emprisonnée, et encore moins subir les menaces constantes qui pèsent sur sa vie », a-t-il poursuivi, appelant à « abroger » la loi sur le blasphème au Pakistan.

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Le mari et la fille d’Asia Bibi, lors d’une interview en octobre 2018. © Ben STANSALL / AFP

Les islamistes voulaient sa mort

Asia Bibi, ouvrière agricole chrétienne âgée d’une cinquantaine d’années, avait fini par être acquittée en octobre par la Cour suprême pakistanaise, la plus haute instance judiciaire du pays, après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort. Après son acquittement, des milliers d’islamistes avaient bloqué trois jours durant les principaux axes du pays pour exiger sa pendaison, le blasphème étant une question incendiaire au Pakistan. Cette même Cour suprême l’avait ensuite définitivement blanchie en janvier en rejetant un recours contre son acquittement.

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Le sort d’Asia Bibi a eu un retentissement international, attirant l’attention des papes Benoît XVI et François. L’une de ses filles a rencontré ce dernier à deux reprises. «Asia Bibi est enfin libre », s’est réjouie une association de chrétiens britanniques d’origine pakistanaise (British pakistani christian association), qui dit s’être impliquée dans l’affaire Asia Bibi. « La plus célèbre victime de la loi pakistanaise sur le blasphème, a finalement été libérée de son pays natal, où elle est devenue la figure la plus détestée du pays, bien que les tribunaux l’aient exonérée des fausses accusations qui l’avaient maintenue en cellule d’isolement pendant presque 10 ans », a poursuivi cette association dans un communiqué.

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