Femmes et politique : Les stéréotypes sexistes persistent jusqu’au sommet

Femmes et politique : Les stéréotypes sexistes persistent jusqu’au sommet

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Zuzana Čaputová, première présidente de Slovaquie, élue en mars dernier. | © JOE KLAMAR / AFP

Politique

Les compétences des femmes présidentes sont davantage remises en cause que celles de leurs homologues masculins, selon une récente étude.

En politique, les stéréotypes sexistes ont la peau dure. Et ce, même au sommet. S’ils doivent toutes et tous travailler dur pour faire leurs preuves dans un monde aussi impitoyable que la politique, les femmes doivent, elles, redoubler d’efforts et de courage pour se faire respecter aux yeux de leurs pairs. Toujours forcées de se justifier, une récente étude dénonce le sexisme ordinaire auquel font encore face les femmes politiques, et surtout les présidentes. Même à la tête d’un pays, les compétences d’une femme seront davantage remis en cause que celles d’un homme. « En moyenne, les dirigeantes entrent en fonction avec moins de soutien que les dirigeants masculins et leurs soutiens s’érodent plus rapidement, observe Ryan Carlin, professeur agrégé de sciences politiques à l’Université de Géorgie aux États-Unis. Le public peut retirer rapidement et fortement son appui aux femmes dirigeantes à la suite de l’échec des politiques en matière de sécurité et de corruption publique », poursuit l’auteur de l’étude citée par Slate.

Pour arriver à cette conclusion, le chercheur a examiné les données, provenant d’instituts de sondage publics et privés, entre 1992 et 2016, de dix-huit démocraties d’Amérique latine et d’Asie de l’Est. « En mesurant la popularité des responsables politiques dans ces pays, nous avons réalisé que les présidentes étaient moins populaires et jugées plus sévèrement que leurs homologues masculins, en partie à cause des stéréotypes sexistes de longue date qui prévalaient dans toutes les cultures », explique Ryan Carlin.

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Les femmes étant associées à des vertus telles que la gentillesse, la compassion et la douceur, ces stéréotypes sexistes « extrêmement répandus » donneraient l’impression qu’elles ne sont pas aptes à gouverner. Un leadership politique efficace est, au contraire, associé à l’agressivité, à l’ambition, à la force, à l’autosuffisance et à la confiance en soi, note l’universitaire. Des critères attribués typiquement aux hommes.

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Sahle-Work Zewde, la première présidente de l’Ethiopie depuis le 25 octobre 2018. © EDUARDO SOTERAS / AFP

Succès (re)douté

Ces stéréotypes genrés alimentent également un scepticisme supplémentaire envers les femmes présidentes, créant un double standard par lequel elles sont soumises à un examen plus minutieux et à des exigences plus strictes que leurs homologues masculins. « Elles doivent surpasser les hommes pour être considérées comme aussi compétentes », assure Ryan Carlin. Et leur réussite est même remise en cause. « Le succès des femmes dans des rôles de gestion est plus souvent attribué à la chance ou à l’effort qu’à la capacité. Pourtant, leurs échecs tendent à être attribués à un manque de compétences, poursuit le professeur au média Futurity. Pour les hommes, la logique est inversée. Quand ceux-ci réussissent, on l’attribue à leurs capacités, mais quand ils échouent, c’est la malchance ou le manque d’efforts ». Un triste constat qui est loin d’être propre à la politique.

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La délégitimation n’est pas la seule forme de sexisme dont sont victimes les femmes politiciennes. Ces dernières luttent en permanence contre des insultes sexistes subies au sein même des institutions, critiquées sur leur tenue vestimentaire ou leur voix, traitées d’hystériques lorsqu’elles expriment leur opposition ou encore visées par des allusions sexuelles en plein conseil. Lorsqu’elles osent le faire remarquer, l’agressivité misogyne n’en est que démultipliée. Et l’argument est tout trouvé : les féministes n’ont pas d’humour.

107 ans pour atteindre la parité

Alors qu’il a fallu attendre 1974 pour voir la première femme présidente, grâce à Isabel Martínez de Perón en Argentine, elles sont de plus en plus à occuper ce poste. Zuzana Čaputová en Slovaquie, Salomé Zourabichvili en Géorgie et Sahle-Work Zewde en Éthiopie sont parmi les dernières à avoir été élues cheffes d’État. Le 1er avril 2019, CNews avait compté 26 présidentes ou cheffes de gouvernement avec des fonctions de dirigeante à travers le monde. C’est 5 de plus qu’en 2018. Malgré cette évolution, « 90% des chefs d’État et membres de gouvernement sont des hommes, tout comme 76% des membres des Parlements », selon les chiffres dévoilés en mars par la présidente de l’Assemblée générale des Nations unies María Fernanda Espinosa Garcés. « Si nous suivons la tendance actuelle, il nous faudra 107 ans pour atteindre la parité », a-t-elle affirmé lors d’un événement visant à soutenir la participation politique des femmes.

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