« Avec le tract d’Ecolo, la campagne vient à peine de démarrer »

« Avec le tract d’Ecolo, la campagne vient à peine de démarrer »

Que ressortira-t-il des urnes au soir du dimanche 26 mai ? Le tableau est plus ouvert qu'il n'y paraît... | © BELGA PHOTO JONAS HAMERS

Politique

Topo à J-10 des trois scrutins pour lesquels les Belges seront appelés à voter le dimanche 26 mai. Un constat général : c’est la grande indifférence au sein de la population…

 

Par Laurent Depré

Pour nous aider à y voir plus clair dans cette campagne électorale qui touche à sa fin, nous avons demandé au chroniqueur politique Alain Raviart, bien connu des lecteurs de Paris Match Belgique et des télespecateurs de RTL, de faire le point sur la situation.

Paris Match : Alain, quel est votre avis à J-10 sur cette campagne à 3 enjeux ?
Alain Raviart. Elle démarre très tard… Il y a plusieurs raisons à cela. Les communales du mois d’octobre, tout d’abord, ont demandé beaucoup d’efforts aux états majors des partis. On a une dynamique différente lorsque les scrutins sont trop rapprochés. Jusqu’au mois de janvier, les partis ont beaucoup travaillé. Et il a fallu immédiatement s’y remettre pour cette campagne actuelle. Ensuite, pour les électeurs, on peut pointer une certaine lassitude à revoir les mêmes politiciens quelques mois à peine après les avoir beaucoup vus dans les médias et sur les réseaux. Tout le monde a été « à reculons » dans cette campagne. En parlant avec les politiciens, j’ai remarqué que la majorité, côté francophone, avait peur d’aborder encore une fois la population en si peu de temps. Et aucun thème ne s’est réellement imposé. Si ce n’est le climat… Donc, finalement, ce sont les jeunes qui ont fait la campagne.

On a l’impression en effet que le grand public est assez indifférent….
Totalement ! Je circule beaucoup en Wallonie et à Bruxelles. C’est assez incroyable ce qui se passe. En 30 ans d’activité, j’ai rarement senti une telle indifférence. Et cela concerne aussi les partis eux-mêmes. Je vois certains ténors qui n’ont pas, mais absolument pas, envie d’y aller ! Avec pour conséquence directe des débats ronronnants… Jusqu’à l’épisode du tract communautariste distribué par Ecolo sur le marché de Laeken. C’est un fait majeur dans cette campagne morne.

Quel regard portez-vous justement sur ce tract d’Ecolo. Bad buzz en perspective ?
Le tract en lui-même est clairement un bad buzz. Mais ce qui l’est peut-être davantage encore, c’est la ligne de défense qui s’en est suivie. D’abord la direction d’Ecolo a reconnu l’erreur et fait amende honorable puis Zoé Genot a réagi en chargeant le PS. Au lieu d’éteindre rapidement l’incendie, certains chez Ecolo s’amusent à remettre de l’huile sur le feu. C’est un mauvais calcul car cela débouche sur une saga. Et en campagne, ce n’est jamais une bonne chose… Il n’est pas impossible que cela poursuive Ecolo jusqu’au 26 mai. Les partis doivent toujours se demander si les aiguilles du temps jouent ou non en leur faveur.

Cela va être les débats des présidents de partis. Ils vont entrer dans l’arène…

Alain Raviart est chroniqueur de l’emission « C’est pas tous les jours dimanche ». © JC Guillaume

Ecolo a perdu des points sur ce coup-là ?
Pour le MR et le PS qui regardaient un peu passer le train à grande vitesse d’Ecolo, c’est presque une aubaine. Et on remarque toute la stratégie du PS qui se tait sur ce tract. Parfois se taire, c’est gagner des points aussi. Ce n’est pas parce qu’on ne réagit pas qu’on n’engrange pas des voix. Pour Ecolo, les récents sondages l’ont montré, il y a pas mal d’indécis. L’histoire du tract pourrait faire basculer les choses…

Une personnalité politique qui sort du lot, qui vous a tapé dans l’œil ?
Vous mettez le doigt sur le problème actuel. Il n’y a pas beaucoup de personnalités qui émergent. Ce sont souvent des personnes qui sont là depuis vingt ans. En terme de casting, il y a peu de renouveau. Où sont les gens venus de la société civile ? On ne les entend presque pas. Cependant, il reste dix jours et des choses peuvent encore se dérouler. Cela va être les débats des présidents de partis. Ils vont entrer dans l’arène. C’est là aussi que des partis peuvent remporter ou perdre un scrutin, prendre ou abandonner 2%.

Que faut-il attendre de ces dix derniers jours de campagne ?
Nous arrivons également dans une période où les états majors ont plutôt tendance à cristalliser les pourcentages des ultimes sondages. Les partis tentent de ne pas commettre d’erreur, de lisser le message, de se montrer rassembleur… La particularité de cette campagne, qui vient à peine de démarrer, c’est que les politiques vont devoir se battre jusqu’au bout pour la moindre voix supplémentaire. Il pourrait y avoir des coups d’éclats, des beaux duels sur les plateaux de télévision. Les partis traditionnels sont un peu à la masse, Ecolo s’est fragilisé… Le tableau est assez ouvert finalement.

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Va-t-on vers un certain statu quo ? La Flandre à droite, Bruxelles et la Wallonie à gauche…
Objectivement, du côté des politiciens francophones, les craintes et inquiétudes sont énormes. Dans les régions et communautés, la constitution des gouvernements pourrait aller assez vite. Au niveau fédéral, il n’est pas idiot de dire qu’on pourrait repartir sur quelques centaines de jours sans gouvernement. Comme en 2010 et 2011…

Un vote des extrêmes est-il à craindre ?
En Belgique francophone, pour le moment, il n’y a pas grande crainte à avoir. C’est ce qu’on peut se dire en analysant le scrutin communal d’octobre 2018. Au niveau de l’extrême-droite, il ne faut pas s’attendre à un vote massif. En revanche, à gauche, avec le PTB c’est différent. En zone urbaine, il pourrait augmenter son score de façon significative.

On en oublierait presque qu’on vote à l’Europe aussi le 26 mai. Cette apparente indifférence ne ferait-elle pas les affaires des eurosceptiques et de ceux qui veulent la réduire au minimum ?
C’est fou… Et pourtant on a une tête d’affiche de grande qualité pour les Européennes. Des personnalités politiques de premier plan, des gens expérimentés, connus du grand public. Nous en revenons à ce problème récurrent en Belgique qui est de fusionner un maximum d’élections. Cela débouche sur des niveaux de pouvoir qui sont complètement occultés. Le plus belle preuve ? Les télévisions ont calé tout les débats sur l’Europe en tout début de campagne. Pour en être débarrassé le plus rapidement possible…

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