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Élections 2019 : Quel avenir pour la Belgique après ce 26 mai ?

Le PS veut participer 
au gouvernement fédéral. A imaginer que la N-VA assure largement son leadership en Flandre, le blocage serait évident et la Belgique deviendrait ingouvernable... | © Belga

Politique

Les sondages le montrent déjà : le Nord à droite et le Sud à gauche annoncent un pays en proie à tous les tourments. Les deux communautés devront se parler pour éviter le blocage… et pire encore.

1. Quels gouvernements ?

Les sondages confirment la possibilité des ententes préélectorales. PS et Ecolo pourraient bien convoler en justes noces à Bruxelles et en Wallonie. La seule question : avec qui comme troisième pour éviter une majorité trop faible ou inaboutie ? DéFI ou cdH ? A Bruxelles, les amarante ont la cote. En Wallonie, peu probable qu’ils performent. Alors, quid ?

Les socialistes ont leur petite idée. Contrairement à 2014, ils pourraient tenter un « strike » : tout renverser en un seul coup. Ils semblent vouloir lier tous les niveaux de pouvoir. Donc, pas question de constituer un gouvernement sans avoir un accord partout. Autrement dit, les rouges veulent participer au gouvernement fédéral. A imaginer que la N-VA assure largement son leadership en Flandre – ce que tout semble indiquer –, le blocage serait évident et la Belgique deviendrait ingouvernable. Cela risque bel et bien de coincer et de mettre tout en péril. Sauf si les partis flamands créent un front antinationaliste.

L’espoir réside en réalité dans une donnée qui anime la N-VA elle-même : l’abandon du niveau fédéral pour mieux le pilonner et alimenter leur volonté séparatiste. En résumé : attaquer une alliance hétéroclite pour finalement triompher selon ses statuts et arriver, après plusieurs étapes, à « une Flandre indépendante en tant qu’Etat membre européen ». Autre argument qui plaide pour le scénario d’un abandon du fédéral par les nationalistes : la suédoise sortante sortirait très affaiblie du scrutin et pourrait très difficilement constituer une majorité, même avec un appoint extérieur. Enfin, les finances sont dans un état catastrophique. Il n’y aurait donc aucune politique nouvelle réjouissante à mener.

Si les volontés d’alliance devraient très vite apparaître dans les Régions, c’est donc la bouteille à encre au niveau fédéral. A tel point que les gouvernements régionaux prendraient in fine leurs responsabilités sans attendre le 16 rue de la Loi. Ce qui promet bien du plaisir au Roi.

2. Quel premier ministre ?

La liste des candidats au poste est très bien fournie. Evidemment, vu ce qui précède, il n’est pas né. Jan Jambon Ier, au départ, était une blague. L’ancien ministre de l’Intérieur l’a souligné 
lui-même : « ça sonne comme prince carnaval. » Au fil du temps et d’une communication répétitive, le concept a gagné en crédibilité auprès de l’opinion. Cette stratégie a surtout servi à Bart De Wever. Il montrait ainsi qu’il n’abandonnait pas l’Etat fédéral et ne se résumait pas à un vote inutile. Bien joué.

Pour les pistes les plus crédibles, un francophone n’est pas à écarter. Ce serait la troisième fois consécutivement. Quand on voit les rapports de force, y compris au sein des familles politiques, Charles Michel et Elio Di Rupo n’ont pas dit leur dernier mot.

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3. Quels ministres-présidents ?

Ecolo, premier à Bruxelles ? Et voilà une femme qui pourrait devenir pour la première fois ministre-présidente. Même les socialistes commencent à redouter que Rudi Vervoort doive passer la main. Mais l’affaire des tracts communautaristes des verts et la sous-estimation dans les sondages fournissent beaucoup d’espoir au PS. Ils se voient toujours comme leader. En Wallonie aussi. Ce serait l’heure de Jean-Claude Marcourt. Comme celle de Bart De Wever à la tête du gouvernement flamand. Imaginez les comités de concertation qui réunissent les différentes entités du pays pour coordonner les politiques des différents exécutifs ! Bien du plaisir… Encore une source de blocage pour le pays.

D’un point de vue électoral, au soir du 26 mai 2019, la Flandre et la Wallonie seront-elles encore plus différenciées ? ©BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

4. Quel pays ?

La Belgique du 27 mai sortira du garage électoral avec un moteur modifié. C’est sûr. Après cinq années sans bouleversements institutionnels, les rares articles de la Constitution ouverts à révision peuvent assurer cinq nouveaux étés de pacification. Voilà pour la balise. Mais cet état de fait pourrait ne pas suffire si deux blocs moteurs (la droite néerlandophone et la gauche francophone) s’opposent de manière permanente. Il est certain que Bart De Wever déploiera des trésors d’imagination pour déclencher des pannes.

Dans l’autre scénario, avec une droite plus homogène et la N-VA au volant, l’Etat risque de voir encore ses compétences vidées de l’intérieur. Illustration avec la Justice et la police qui n’ont toujours pas leur cadre complet, loin de là. Moralité ? Il y a comme un souffle de crise ou « d’érosion permanente », comme l’affirme Bart De Wever. Le choix des Flamands ce 26 mai est fondamental. A lire les sondages, le Vlaams Belang revient en force. Un tsunami au nord du pays ? Un paradoxe aussi : si l’extrême droite affaiblit significativement la N-VA, le pays pourrait s’en porter mieux.

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5. Quelles politiques ?

Climat, fiscalité, sécurité sociale avec les soins de santé et les pensions, enseignement : la campagne électorale aura eu un mérite, elle a polarisé. Et c’est positif. Il y a des projets de gauche, du centre et de droite. A chacun un choix de société. Mais certains n’ont pas hésité à balancer des contre-vérités pour imposer leurs idées.

Une réserve. Prenez ces thématiques une par une. Elles divisent à chaque fois les francophones et les Flamands, un centre-gauche et un centre-droit. Ils continueront donc à s’affronter parce que nos institutions sont organisées pour l’affrontement avant d’être érigées pour rassembler. La théorie du chaos organisé. Les différentes réformes de l’Etat ont creusé le fossé belge.

La campagne s’est d’ailleurs déroulée sur ce mode, bloc contre bloc, même si les familles politiques ont voulu montrer un certain rapprochement.  Le citoyen a la parole. Réussira-t-il à défier le système mis en place, lui qui est massivement contre le séparatisme ? À dimanche.

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