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Le bras de fer se poursuit entre Donald Trump et Nancy Pelosi

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Nancy Pelosi et Donald Trump, le 15 mai. | © Brendan Smialowski / AFP

Politique

Donald Trump et Nancy Pelosi ont repris leur médiatique opposition, le président américain n’ayant pas apprécié que son équilibre mental soit remis en question par la présidente de la Chambre des représentants.

Donald Trump a insisté : il est bien « un génie extrêmement stable ». Le président américain s’est ainsi défendu des remises en cause de son équilibre mental par Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants. Reprenant une formulation qui avait prêté à sourire en janvier 2018, Donald Trump en a profité pour repartir à l’attaque face à l’élue : « Je l’ai observée. Je l’observe depuis longtemps. Elle n’est plus la même. Elle a perdu la tête », a-t-il assuré jeudi à des journalistes, rapporte Politico. Il a également pris à témoin certains membres de son administration, comme la directrice des communications stratégiques Mercedes Schlapp, la conseillère Kellyanne Conway ou le conseiller économique Larry Kudlow pour attester de son comportement « calme ». « Je suis un génie extrêmement stable », a-t-il résumé les compliments demandés de son entourage.

La veille, il avait quitté abruptement une réunion avec Nancy Pelosi et Chuck Schumer, le patron des démocrates au Sénat, qui devait porter sur la réforme des infrastructures. Déjà une première réponse aux commentaires de Nancy Pelosi, selon laquelle il était « engagé dans une opération de dissimulation » des nombreux éléments classifiés du rapport Mueller. « J’espère que sa famille ou son administration ou son équipe pourraient mettre en place une intervention pour le bien du pays », avait-elle déclaré, évoquant dans un sourire le 25ème amendement, qui prévoit la possibilité que le président américain soit remplacé en cas d’incapacité d’exercer sa fonction. Un amendement brandi par certains opposants qui remettent en question sa santé mentale.

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Une vidéo trafiquée partagée par le président

Comme souvent, Donald Trump a poursuivi ses attaques sur son compte Twitter. Il a notamment partagé une vidéo truquée de Nancy Pelosi, dont le son a été retouché afin de faire croire à des mots mâchés et des problèmes d’élocution, comme si elle était saoule. Même Fox News, chaîne conservatrice proche du président et dont sont tirées les images trafiquées, a assuré que la vidéo n’était pas l’originale. Cela n’a pas empêché le milliardaire d’épingler provisoirement la vidéo tout en haut de son compte Twitter, ni son avocat personnel Rudy Giuliani de la partager (mais ce dernier l’a supprimée une fois la supercherie dévoilée).

« Quand le ‘génie extrêmement stable’ agira de façon plus présidentielle, je serai ravie de travailler avec lui sur les infrastructures, le commerce et d’autres sujets », a répondu Nancy Pelosi, également sur Twitter.


Touché à l’ego

Depuis des mois, Nancy Pelosi modère l’envie de certains démocrates de lancer une procédure en destitution de Donald Trump, préférant concentrer l’attention des démocrates sur l’élection présidentielle de l’an prochain -pour laquelle le parti compte déjà… 23 candidats. Elle avait rappelé, dans un courrier adressé aux démocrates de la Chambre le mois dernier, qu’il était « important de savoir que les faits pouvant servir à obliger le président à rendre des comptes peuvent être obtenus hors des auditions organisées dans le cadre d’une destitution ». En démontrent les nombreuses demandes d’audition de membres de son entourage par le Congrès ou les poursuites judiciaires pour obtenir ses déclarations d’impôts. Un tribunal fédéral de New York a récemment donné raison aux parlementaires démocrates, qui ont demandé la saisie de documents chez son ancien comptable, cherchant à déterminer si l’homme d’affaires a sciemment gonflé la valeur de ses biens pour obtenir des prêts.

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Mais les dernières provocations de Nancy Pelosi peuvent payer : touché à l’ego, furieux de voir sa présidence sous la menace d’une destitution, Donald Trump pourrait se tirer une balle dans le pied en répondant directement, très publiquement et en montrant son agacement. Une stratégie qui diffère de celle adoptée par Bill Clinton : lorsqu’il était menacé de destitution, le démocrate avait officiellement laissé ses avocats et son entourage politique gérer cette procédure, donnant l’image d’un président dédié au service du peuple américain, rappelle le New York Times. L’actuel président se place en victime d’un « harcèlement présidentiel » de la part des démocrates – un positionnement qui pourrait fonctionner pour mobiliser son électorat le plus fidèle.

Au début de l’année, Nancy Pelosi avait réussi à faire plier Donald Trump, qui avait finalement levé le « shutdown », la fermeture partielle des administrations, sans avoir obtenu ce qu’il exigeait en retour : plus de cinq milliards de dollars pour financer le mur qu’il veut faire bâtir le long de la frontière avec le Mexique. Il avait fini par contourner les deux Chambres en signant l’octroi de ce budget via une déclaration d’urgence nationale.

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