Décès de l’ex-président du Sénat et ex-bourgmestre d’Uccle Armand de Decker

Décès de l’ex-président du Sénat et ex-bourgmestre d’Uccle Armand de Decker

Après sa démission comme bourgmestre en juin 2017, et comme membre du MR en mai de l'année dernière, Armand De Decker avait continué à siéger au parlement bruxellois | © BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Politique

Armand De Decker est décédé mercredi, à l’âge de 70 ans, a-t-on appris mercredi soir, auprès de sa famille et de l’actuel bourgmestre d’Uccle Boris Dilliès.

 

« La famille libérale a perdu ce 12 juin l’une de ses grandes figures… La Belgique, elle, perd un homme d’État à l’intelligence remarquable, une personnalité reconnue pour son attachement au pays, fédératrice et chaleureuse. Un serviteur de l’Etat nommé en 2007 en tant que réconciliateur royal avec Herman Van Rompuy », a affirmé Boris Dilliès, confirmant le décès de celui dont la fin du parcours aura été marquée par une inculpation dans le dossier du Kazakhgate.

Après sa démission comme bourgmestre en juin 2017, et comme membre du MR en mai de l’année dernière, Armand De Decker avait continué à siéger au parlement bruxellois où il était encore apparu, fort affaibli, quelques semaines avant la fin de la législature sortante.

Ministre d’Etat, M. De Decker a passé un quart de sa vie politique au Sénat, qu’il présida de 1999 à 2004 et de 2007 à 2010. Son nom reste associé à la Haute assemblée de la Belgique.

Réputation mondaine et populaire à Uccle

Fort d’une réputation de personnage plutôt mondain, proche du Palais, il était cependant également populaire dans la commune d’Uccle dont il fut le bourgmestre de 2006 à juin 2017. M. De Decker a passé un quart de sa vie politique au perchoir sous les ors du Sénat mais il fut aussi ministre de la Coopération dans le gouvernement Verhofstadt II, de 2004 à 2007. Il s’est par ailleurs fait connaître comme spécialiste des questions de défense et de sécurité internationale, expertise acquise au cabinet du ministre de la Défense Charles Poswick au début des années 1980, et renforcée par son passage, durant un moment, par la présidence de l’assemblée de l’Union de l’Europe occidentale (UEO).

Après quinze années à la Chambre à partir de 1981, Armand De Decker a goûté du régional, présidant de 1995 à 1999 le parlement bruxellois. Après avoir dirigé les négociations en vue de la formation du gouvernement libéral-socialiste bruxellois, il renonça à diriger celui-ci préférant, selon ses dires, « la première division » à la deuxième. Il visait ainsi la Haute assemblée fédérale dont il dirigea une première fois les travaux jusqu’à sa nomination comme ministre, en 2004.

Son nom reste associé au Sénat

Armand De Decker en compagnie de Didier Reynders, tous deux libéraux. © BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Tout terrain, celui que certains de ses pairs avaient surnommé le « bel Armand » a aussi été chef de groupe libéral au parlement de la Communauté dans les années 1980, fonction qu’il a également exercée ensuite au niveau bruxellois. Mais c’est au Sénat que son nom reste associé, cette assemblée dont il retrouve la présidence de 2007 à 2010, lors de l’épisode avorté de l’orange bleue, et de la mise en place du gouvernement Leterme.

Le ministre d’Etat défend avec acharnement les institutions sénatoriale et monarchique, mises sous pression, sous l’influence des partis nationalistes flamands.
Ironie ou contrepied de l’histoire, un élu N-VA lui succédera en 2010 – une première dans l’histoire du pays – et la réforme de l’Etat, portée par le futur gouvernement Di Rupo et les écologistes, réduira le rôle du Sénat à portion congrue.

Après les élections de 2014, Armand De Decker retrouve le parlement bruxellois, où il a continué à siéger, de manière effective, comme indépendant, jusqu’à quelques semaines de la fin de la législature précédente. Il y était alors apparu très affaibli.

Lire aussi > Pourquoi l’affaire du Kazakhgate éclabousse Armand De Decker

Le scandale du Kazakhgate en fin de vie

C’est entre-temps qu’a éclaté le Kazakhgate: la presse fait état de son rôle dans une affaire montée de toutes pièces par l’Elysée du président Sarkozy afin d’absoudre le richissime Patokh Chodiev en proie à des ennuis judiciaires en Belgique.

M. De Decker avait recouvré sa toge d’avocat et s’était inquiété en 2011 auprès de l’appareil judiciaire et du ministre de la Justice Stefaan De Clerck de l’issue qui serait réservée à son client kazakh, et de l’évolution d’une loi de transaction pénale élargie qui finira par être adoptée au Sénat. Mis à l’enquête à Paris, puis à Bruxelles et à Mons, le dossier fait apparaître les hautes relations de M. De Decker.

Mis sous pression, celui-ci annonce sa démission en juin 2017 comme bourgmestre d’Uccle, fonction dans laquelle il était installé depuis 2006. Il sera poussé à démissionner du MR le 7 mai 2018, après l’annonce de son inculpation du chef de « trafic d’influence en raison des démarches qu’il a entreprises en 2011 auprès de Stefaan De Clerck, à l’époque ministre de la Justice, pour obtenir une transaction pénale » au bénéfice de Patokh Chodiev, selon la communication, à l’époque, du procureur général de Mons, Ignacio de la Serna.

« Il lui est reproché d’avoir utilisé sa qualité de vice-président du Sénat et de bourgmestre d’Uccle pour avoir entrepris des démarches auprès du ministre de la Justice de l’époque, Stefaan De Clerck, et de certains de ses collaborateurs, dans le but d’obtenir une transaction pénale en faveur de M. Chodiev », avait expliqué le procureur général.

Le travail effectué par Armand De Decker dans l’enceinte parlementaire n’était cependant pas visé, le conseiller instructeur en charge du dossier ayant considéré que la loi sur la transaction pénale élargie était bien le fruit d’un compromis politique. Compte tenu de l’ensemble des devoirs d’enquête effectués, après notamment une commission rogatoire en France, le magistrat instructeur avait toutefois estimé en l’occurrence qu’il existait des « indices sérieux de culpabilité ».

M. De Decker s’est toujours défendu des accusations portée à son égard. Il contestait ainsi que sa visite, en février 2011, au domicile du ministre de la Justice de l’époque, Stefaan De Clerck, puisse être retenue contre lui pour avoir tenté d’obtenir une transaction élargie qu’il était légalement impossible d’obtenir à une époque où celle-ci n’existait pas en droit belge.

Avec Belga.

CIM Internet