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Belgique : voici le plan B qui se trame en coulisse

L’histoire se répète (une dernière fois ?) comme depuis un demi-siècle. Les nationalistes gagnent du terrain – voire, en l’espèce, le terrain – et les francophones subissent. | © Frederic Sierakowski / Isopix

Politique

Ecartelé entre les partis extrémistes (Vlaams Belang et le PTB), qui donnent le ton, le pays navigue à vue. Un plan B semble se dessiner. Et ce n’est pas « B » comme Belgique.

 

On le sait : l’équation est impossible au fédéral. Les Flamands ne veulent pas de groupe minoritaire à la Chambre pour gouverner. Voilà exclue la quadripartite rouge-bleue-verte-orange. Reste ? Pas grand-chose. A vrai dire rien, si les exclusives sont toujours d’actualité. Mais il faudra bien trouver quelque chose, au risque de voir tous les partis traités d’incapables, du petit au plus grand.
Alors, les esprits phosphorent. Et une idée surgit. Bien que « surgir » soit un grand mot. En tout cas, elle circule dans l’épais brouillard qui s’est abattu sur le territoire depuis le 26 mai. Elle pourrait, si ça continue à coincer, constituer l’alternative à un retour précipité aux urnes.

Postulat pour dans quelques mois : il n’y a plus d’exclusivité entre les différentes organisations politiques puisque, depuis des semaines, le jeu politique est verrouillé. Le pays a définitivement plongé dans une crise de régime. Informateurs, démineurs, formateurs se sont fracassé les dents. Le Roi est désemparé. Toujours pas de gouvernement fédéral. En réalité, le point commun de ces grands commis de l’Etat est qu’ils sont masseurs. Ils ont massé l’opinion publique pour qu’elle puisse admettre l’incroyable vérité : la Belgique fédérale, c’est fini ! Place à la Belgique confédérale.

Préparer la Belgique à devenir une « coquille vide »

Quel est le dispositif mis en place ? D’abord un gouvernement. Mais attention : la N-VA a veillé au grain. Une majorité simple avec un programme light. De quoi gérer le pays en bon père de famille. Quelques mesures pour faire plaisir. Aucune grande ambition. Bart De Wever et Elio Di Rupo sont à la manœuvre. Oui, vous avez bien lu : ceux qui ne voulaient pas travailler ensemble.

L’essentiel est ailleurs : réunir une « constituante » qui, d’ici 2024, va préparer la Belgique à devenir une quasi coquille vide. Il ne lui resterait que quelques compétences, comme la Défense. Alors, les francophones vont bien essayer de gagner du temps. Ils vont se battre pour que le processus soit le plus possible étalé dans la durée. Surtout la Sécurité sociale. Un compromis verra le jour. Aucune raison de se précipiter, puisque les articles de la Constitution actuellement ouverts à révision ne permettent aucune réforme de l’Etat digne de ce nom.

L’histoire se répète (une dernière fois ?) comme depuis un demi-siècle. Les nationalistes gagnent du terrain – voire, en l’espèce, le terrain – et les francophones subissent. La N-VA lèvera son trophée tant convoité, le Vlaams Belang s’attribuera tous les mérites car, sans lui, le rapport de force ne permettait pas une telle évolution. Les Wallons et les Bruxellois plaideront que c’était ça ou le chaos. Il vaut mieux un divorce réussi que raté. En résumé, le festin au Nord et la soupe à la grimace au Sud. Ceci dit, sur le partage de la dette, le Sud sauve la face. L’argent de Judas ? Il y a de cela.

On se rappellera alors que la N-VA avait affirmé que si le PS montait au gouvernement, c’était pour réaliser le confédéralisme. Bien vu. Mais quelques partis francophones ont suivi comme un seul homme. On se rappellera aussi que tous ont eu peur d’un nouveau scrutin et de recevoir une (deuxième ?) gifle électorale. La Belgique se scinde sans avoir demandé l’avis aux Belges, en somme. C’est l’addition d’histoires ratées.

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« Bye bye Belgium » passe de la bonne blague à la possibilité d’un divorce

Ce plan B est-il une fiction ? A dire vrai, oui. Sauf qu’il commence à exister. Sauf que contrairement aux 541 jours de crise politique, le nationalisme a gagné du terrain pour arriver à une quasi-majorité.  Que fera le peuple ? Il pourrait alors manifester et pétitionner pour exiger un nouveau scrutin. « Ensemble ou divisés » comme question essentielle et existentielle. Fiction ?

Retour à la « réalité vraie », juste et conforme avec ce qui vient d’être lu. On synthétise : les extrêmes donnent le ton. En Flandre, le président de la N-VA a reçu le Vlaams Belang à plusieurs reprises. L’événement est singulier. Du jamais vu. Certes, au lendemain des élections communales, l’isolement de l’extrême droite s’affaiblissait grâce des constructeurs de ponts. Exemples à Grimbergen et Ninove, dans le Brabant flamand. Quelques mois plus tard, les discussions sont bien plus sérieuses. Inédites dans notre démocratie. Et pendant que ça discute, les « révélations » sur des propos racistes, homophobes ou fascisants de membres du VB continuent à alimenter les réseaux sociaux.

La N-VA et le Vlaams Belang ont déjà discuté à plusieurs reprises depuis le 26 mai. ©BELGA PHOTO DIRK WAEM

Quoi qu’il advienne de la composition du gouvernement flamand et de la sincérité de Bart De Wever à ne pas coaliser avec l’extrême droite, le VB a gagné sur deux points. D’abord, il est devenu fréquentable, en même temps que se banalisent son discours et ses apparitions médiatiques. Ensuite, il va – de l’intérieur ou de l’extérieur du gouvernement flamand – influencer la ligne politique. Il avait déjà réussi cette performance durant la campagne électorale (et bien avant) en provoquant le durcissement du discours de la N-VA. Sa nouvelle force de frappe pourrait encore renforcer cette stratégie au sein des hémicycles parlementaires.

Régions différentes, scénario identique…

Le PS a discuté avec le PTB. En sortira-t-il quelque chose ? ©BELGA PHOTO BRUNO FAHY

En Wallonie, Elio Di Rupo a reçu le PTB à plusieurs reprises. L’événement est singulier. Du jamais vu. Certes, au lendemain des communales en octobre dernier, il y avait eu des touchettes de-ci de-là. Exemples à Charleroi et Molenbeek. Un peu pour la galerie et illustrer que les citoyens n’ont pas voté pour rien. Et pendant que ça discute, des accusations à répétition pleuvent sur le management sectaire du PTB. Entre affirmations légères et mélodie allegretto.

Quoi qu’il advienne de la composition du gouvernement wallon et de la sincérité d’Elio Di Rupo à ne pas coaliser avec l’extrême droite, le PTB a gagné sur deux points. D’abord, il est devenu très fréquentable, en même temps que se banalisent son discours collectiviste et ses apparitions médiatiques. Ensuite, il va – de l’intérieur ou de l’extérieur du gouvernement wallon – influencer la ligne politique. Il avait déjà réussi cette performance durant la campagne électorale (et bien avant) en provoquant le durcissement à gauche du PS (avec la gratuité tous azimuts).

Sa nouvelle force de frappe pourrait encore renforcer cette stratégie au sein des hémicycles parlementaires. Vous n’avez pas déjà lu ces phrases quelques lignes ci-avant, à propos du Vlaams Belang ?

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Seul Bruxelles a une situation claire

Le PS est ainsi dans le doute. S’allier avec le MR serait un cadeau magistral aux communistes. Ecolo est dans le même état. S’arrimer à cet attelage dans un arc-en-ciel en n’étant absolument pas indispensable mathématiquement est un fardeau (cfr l’expérience en 1999, toujours un traumatisme chez les verts). Le retrait du cdH et sa volonté de siéger dans l’opposition provoquent des dégâts collatéraux à la chaîne.

Seul à Bruxelles, finalement, le trio PS-Ecolo-DéFI attend la permission des états-majors des partis pour officialiser leur mariage. Mais ils n’attendront pas le plan B. Les séances de massage n’ont pas encore réellement débuté. Le processus sera tellement long au niveau fédéral que les négociations pour former les gouvernements régionaux ne vont pas tarder. C’est dans la logique peut-être confédérale du plan B.

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