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Négociations gouvernementales : Le vertige du vide

Di Rupo qui s’affiche et Magnette qui le contredit : la réalité dépasse la photo. | © Credit : Frederic Sierakowski / Isopix

Politique

Hormis Bruxelles, tout est au point mort. Chacun y va de sa sortie 
par peur de ne plus exister.


Nous vous en faisions part la semaine passée en exclusivité : il y avait un plan B en gestation. Contenant ? Un gouvernement PS/N-VA avec des ambitions mesurées, mais avec une sorte de constituante qui, parallèlement, mènerait une négociation institutionnelle pour approcher le confédéralisme. La preuve : Elio Di Rupo a sorti, peu ou prou, ce concept fin de semaine passée à la radio. Immédiatement, la Toile s’emballe. « Le président du PS retourne sa veste ! »

Di Rupo a, en effet, commis trois erreurs. La première : il a dit tout haut ce qu’il pensait tout bas. La deuxième : le momentum. Lancer une telle bombe (pour les francophones), c’était beaucoup trop tôt. Il aurait fallu attendre des mois de crise et l’apparition des drapeaux nationaux aux fenêtres des Belges inquiets. Et la troisième : personne n’a rien compris à sa stratégie. Pourquoi sortir un plan B alors que le plan A n’est pas épuisé et que les deux premiers informateurs (Didier Reynders et Johan Vande Lanotte) désignés par le Roi sont toujours en fonction ? Un tweet et un Paul Magnette plus tard, les vis sont resserrées : « Pas de N-VA mariée au PS ; tout le monde avait mal compris ! » On se moque de qui ?

 

Jean-Marc Nollet doit-il s’inquiéter ? ©Frederic Sierakowski / Isopix

Il y avait donc un plan B en gestation

En réalité, le schéma dévoilé par Elio Di Rupo est bien ancré dans tous les états-majors francophones. Comme un champ du possible. Si ce n’était pas le moment d’effectuer une telle sortie, le défilé indigeste des politiques pendant des mois et des mois risque, à un moment, de voir (res)surgir l’hypothèse de ce plan B.

En attendant, le PS est dans tous ses états. Il aurait tant voulu des communistes dans l’exécutif wallon. Non pas que ce soit un plaisir. Au contraire. Mais il y a pire : une alliance avec les libéraux. Un cauchemar. Non pas que ce soit un déplaisir – parce que cela s’est déjà produit pendant deux législatures et que la gestion par les deux partis les plus puissants permet une certaine cohérence du monde économique et du monde syndical. Au contraire. Mais il y a pire. Avant, le PTB ne pesait rien ; aujourd’hui, il prend la place d’un poids lourd. Pour les socialistes, s’allier avec la droite et laisser une grande partie de la gauche à la tentation de Raoul Hedebouw et des siens est un danger existentiel.

Rien que le dernier scrutin a vu des vases communicants au profit de la gauche radicale. Les socialistes doivent donc stopper l’hémorragie, sous peine d’affaiblir encore un parti dont les scores sont historiquement bas.

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Le plan évident du PTB

Raoul Hedebouw attend patiemment que tout le monde s’écroule… ©BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Le PTB l’a d’ailleurs bien compris. Il préfère attendre. Quitte à générer le sentiment que voter pour lui serait inutile. Sauf que le PS au pouvoir avec des budgets riquiqui pourrait ne pas contenter ceux qui attendent du gratuit à chaque coin de rue. Il n’y aurait dès lors qu’à se baisser pour ramasser les déçus de la dernière ère d’Elio Di Rupo. Raoul Hedebouw le fait bien comprendre. Quitte à clamer entre les lignes, dans les radios matinales, que le rendez-vous de l’après-midi avec les socialistes est voué à l’échec. Et grossièrement, il provoque le clash à l’heure des journaux télévisés du soir. Aucune surprise. Juste l’alignement sur une décision prise le matin même. Et même il y a belle lurette, voici plus de deux ans : pas de montée dans des majorités au niveau régional ou fédéral.

Face à l’imbroglio, les verts sont montés au front (en total accord avec le PS, faut-il le préciser). En avant le plan C. « C » comme coquelicot, fleur à la tige verte et aux pétales rouges. Socialistes et écologistes au gouvernement wallon. Avec en prime des ministres de la société civile. Cependant, comme ils ne forment pas de majorité, ils appellent à l’aide. Regard vers le cdH. Maxime Prévot confirme qu’il offrira… une opposition constructive. Ce n’est pas un chèque en blanc. Jean-Marc Nollet, coprésident des verts, est renvoyé à ses études. Regard vers le MR. Ça tombe bien : les bleus répondent qu’il faut aller voir ailleurs s’ils y sont.

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Charles Michel apprécie peu ce jeu de dupes. La proposition de Jean-Marc Nollet vole donc en éclats.  Il est probablement trop tôt pour des mariages – sauf à Bruxelles. Pour l’heure, les socialistes ont la défaite qui rend le vestiaire nerveux. Le jeu est fermé. Les écologistes ont la victoire amère. En Wallonie, la vague se transforme en bruine. Le PTB et le cdH ont choisi le célibat et piègent la gauche dans ses contradictions à ne vouloir gouverner qu’avec des « progressistes ».

Tous les scénarios, y compris les plus bancals, sont ainsi échafaudés. Avec un point commun : on brade. Bradées les majorités pour gouverner, et creusement de tranchées vers des minorités qui ne représentent pas la majeure partie des électeurs. Les partis de gauche calculent tout pour ne pas affaiblir leur organisation et rester fiables auprès des syndicats. Jusqu’à monter des scénarios qui donnent le vertige du vide et de l’illisibilité pour le citoyen.

 

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