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Avec Donald Trump, l’Amérique d’abord et l’Afrique en dernier

Donald Trump, le 28 février 2017, à Washington. | © BELGA/Consolidated News Photos/Jim LoScalzo - Pool via CNP

Politique

Au moment où l’ONU craint une crise humanitaire sans précédent, l’administration Trump propose un budget qui réduit de moitié l’aide américaine pour l’Afrique.

 

« S’il est appliqué tel quel, le projet budgétaire aura des conséquences funestes pour l’Afrique », déplore John Campbell. L’ancien ambassadeur au Nigéria commente pour le magazine Foreign Policy le premier budget proposé par l’administration Trump. Intitulé « l’Amérique d’abord », le projet est sensé redonner de la « grandeur » aux États-Unis. Il pourrait au contraire montrer une première puissance mondiale prête à couper l’aide au continent le plus pauvre du monde au moment où il en a le plus besoin. Car selon l’ONU, 20 millions de personnes se trouvent aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire dans le monde, la plupart en Afrique. Les risques de famine n’auraient jamais été aussi élevés. Si ces projections se révèlent exactes, alors le continent aura un besoin grandissant des aides américaines et onusiennes que l’administration Trump voudrait supprimer.

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Alors que le risque humanitaire est immédiat, l’administration Trump peine à prendre ses marques au sein même de la diplomatie américaine. Au terme de ses 100 premiers jours, le Secrétaire d’État Rex Tillerson n’a enclenché aucun chantier, ni défini aucune vision. Selon le Washington Post, le chef de la diplomatie passerait plusieurs heures par jour à lire, se déplace avec une équipe réduite et vit enfermé. Alors que le budget de son administration menace d’être réduit de 30% par ce budget, Rex Tillerson s’exprime peu et ne donne aucune ligne directrice. Un mois après le départ de l’ancienne Secrétaire d’État adjoint pour les affaires africaines Linda Thomas Greenfield, personne n’a été nommé à ce poste stratégique pour le continent. Plusieurs noms circulent encore aujourd’hui dont celui du vice-président de l’Atlantic Council Peter Pham, l’ancien colonel Charles Snyder, Dr Kate Almquist Knopf ou encore James Dunlap, un ancien membre de l’administration de George W Bush. Comme Rex Tillerson, ce dernier a travaillé pour la firme ExxonMobil.

Rex Tillerson à l’OTAN à Bruxelles le 31 mars 2017 – ©BELGA/AFP PHOTO/EMMANUEL DUNAND

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L’aide humanitaire pour l’Afrique apparait comme une variable d’ajustement budgétaire

Pendant un mois, d’âpres négociations vont se dérouler au Congrès qui devrait conduire à de nombreux amendements de la proposition budgétaire. Quelles que soient les avancées, le message envoyé par Donald Trump est sans ambiguïté : l’Amérique d’abord, c’est l’Afrique en dernier. L’aide humanitaire pour l’Afrique apparait comme une variable d’ajustement budgétaire. On comprend mieux l’embarras de son Secrétaire d’État. L’État américain a fourni en 2015 (selon les dernières données existantes) 8 milliards de dollars d’aide aux pays d’Afrique subsaharienne à travers des programmes d’aides directs ou via l’Agence des États-Unis pour le développement international USAID. Ce budget, supérieur au PIB du Niger, serait amputé de moitié causant la disparition pure et simple de programmes tels que ceux de la US African Development foundation (USADF) en activité depuis 1984.

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