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Qui est Ekrem Imamoglu, le nouveau maître d’Istanbul ?

Ekrem Imamoglu est passé de 48,8% à 54,21% des votes et 806 000 voix… Victoire nette et sans appel pour la municipalité d'Istanbul.. | © AFP PHOTO

Politique

Le candidat de l’opposition Ekrem Imamoglu a réédité sa victoire aux municipales d’Istanbul après l’annulation du premier scrutin, infligeant au président Recep Tayyip Erdogan son pire revers électoral en 17 ans et provoquant des scènes de liesse dans le poumon économique turque.

 

Par L.Dp

Encore inconnu il y a quelques mois, l’homme de 49 ans vient de remporter une belle victoire grâce à ses 54,21% de votes de préférence. En fait, c’est l’opposition qui a infligé un sérieux camouflet au parti au pouvoir, l’AKP (Parti de la Justice et du Développement). En Turquie, on a l’habitude de dire ‘qui possède Istanbul possède la Turquie’…. Rétro acte.

En mars 2019, des élections municipales avaient déjà été organisées sur Istanbul. Elles avaient ensuite été annulées. Il y a trois mois, l’AKP avait en effet déposé des recours arguant d' »irrégularités massives ». Rejetant ces accusations, l’opposition avait dénoncé un « putsch contre les urnes ». Résultat de ce pari risqué du parti conservateur d’Erdogan ? Ekrem Imamoglu est passé de 48,8% de voix à 54,21% et 806 000 voix… Victoire nette et sans appel. Et pari perdu pour Erdogan qui a admis sa défaite et a félicité son jeune concurrent. Tout comme l’ancien Premier ministre turc, Binali Yildirim, qui a concédé sa défaite à l’élection au poste de maire d’Istanbul.

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Un look de professeur

Ekrem Imamoglu avec ses lunettes sans monture, son flegme et ses chemises blanches boutonnées jusqu’au col ressemble un peu à un professeur. Cet homme à l’image inoffensive est pourtant celui qui a mis fin au mythe de l’invincibilité dans les urnes du parti présidentiel, l’AKP. Ce parti règne en effet sans partage sur la Turquie depuis novembre 2002. Après la perte d’Ankara en mars aussi, la note devient salée pour l’AKP qui, précisons-le, domine toujours partout ailleurs dans le pays.

Il s’impose aux yeux des observateurs comme l’étoile montante de la politique turque. Pour quelle échéance ? Personne n’est dupe… La question est sur toutes les lèvres en Turquie: sera-t-il capable de défier le chef de l’Etat lors de la prochaine présidentielle en 2023 ? Pour rappel, Erdogan avait lui aussi dirigé Istanbul dans les années 90 avant de s’imposer sur la scène nationale.

Ekrem Imamoglu. ©Photo Bulent Kilic / AFP

Calme, posé et non agressif

Dans un paysage politique polarisé où l’invective est la règle, M. Imamoglu détonne par son discours rassembleur. « M. Imamoglu n’a pas fait campagne sur des bases idéologiques afin de s’adresser à tous les électeurs, s’abstenant de polariser l’électorat », souligne Berk Esen, professeur associé à l’université Bilkent, à Ankara. On en veut pour preuve le slogan de la campagne qu’il a mené depuis l’annulation du mois de mars à la victoire de ce moi de juin : « Tout ira bien ».

Ekrem Imamoglu est né en 1970 à Trabzon, sur les bords de la mer Noire. Il a développé une véritable passion pour le football, sport qu’il a pratiqué au niveau amateur avant d’intégrer la direction du club de sa ville natale, Trabzonspor. Les fans des Diables rouges dans les années 80 se souviendront peut-être que Jean-Marie Pffaf a joué dans le club de cette ville l’ultime saison de sa carrière…

M. Imamoglu a étudié l’administration des affaires à l’Université d’Istanbul avant de décrocher un Master en management. Il a longtemps travaillé pour l’entreprise de construction familiale avant de se lancer en politique dans les années 2000 sous la bannière du parti d’opposition CHP (social-démocrate). En 2014, il est élu maire de Beylikdüzü, un district d’Istanbul. Il est musulman et membre d’un parti laïque, ce qui lui a ouvert les portes au-delà de la base traditionnelle de sa formation politique. Le parti nationaliste Iyi et le parti prokurde de gauche HDP le soutiennent également.

La fête dans les rues d’Istanbul pour les partisans du CHP… ©Photo BULENT KILIC / AFP
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