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Herman Van Rompuy à Armand De Decker : « Nous avons une dette envers toi »

L'ancien bourgmestre d'Uccle a reçu de nombreux hommages lors de l'annonce de sa disparition. | © BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Politique

 L’ex-président du Sénat et ex-bourgmestre libéral d’Uccle s’en est allé le 12 juin dernier à l’âge de 70 ans. Il est rare, dans le milieu politique, qu’un homme soit l’objet d’autant d’hommages au moment de l’adieu.

 

Par Christian Marchand.

Ainsi, les hommages vinrent du Barreau, lui réitérant sa confiance et son soutien, et des trois familles politiques traditionnelles du pays, du Nord comme du Sud. Ceux qui ont côtoyé Armand De Decker pendant des décennies, qui ont travaillé avec lui, ont voulu, publiquement, témoigner de l’homme qu’il était.

«Un homme d’Etat, un homme d’honneur, un homme de principes, un conciliateur, un rassembleur, respectueux des autres, à l’écoute y compris de l’opposition», explique sa veuve, Jacqueline Rousseaux. « Il cherchait toujours à convaincre, pour aboutir aux prises de décisions qu’il croyait justes et bonnes pour son pays, la Belgique, qu’il aimait unie et respectée, pour l’Europe qu’il jugeait nécessaire, pour la Région de Bruxelles-Capitale centrale et solide lien indispensable à l’unité nationale, et pour sa commune, dont il était heureux d’être le bourgmestre, mission qui le mettait en contact permanent avec ses concitoyens. Il a beaucoup souffert, en silence et avec dignité, de la mauvaise image que certains ont voulu donner de lui, attendant de pouvoir restaurer son honneur. Mais la maladie vint et l’a emporté.»

Ministre d’Etat, Président sortant du Parlement Bruxellois, Bourgmestre de Saint-Gilles, Charles Picqué reste marqué par la disparition d’Armand De Decker. «Nous avions le pressentiment qu’une mauvaise nouvelle allait nous accabler. Mes derniers échanges avec Armand montraient un affaiblissement progressif qui me rendait triste et j’étais touché, ému, par le courage dont il fit preuve pour se donner bonne contenance et dignité dans le malheur qui le frappait. Armand était un redoutable compétiteur électoral; orateur habile, argumentant avec conviction, sachant se mouvoir dans tous les milieux avec aisance, avec une simplicité chaleureuse à l’opposé de l’image trop réservée dont certains voulaient injustement l’affubler. Dans les débats, Armand affichait avec détermination ses opinions sans jamais manifester agressivité ou mépris. Courtois, il préférait la recherche du consensus, quand c’était possible, aux conflits et anathèmes stériles. Bien sûr, nous nous sommes parfois opposés.

« Cette envie de servir, de contribuer au bien, fut le moteur de la vie d’Armand et c’est pourquoi précisément la politique fut la passion de sa vie »

Il me qualifia de Ceausescu bruxellois après l’installation du premier gouvernement régional. Ce qui ne nous empêcha pas, le soir même, de passer un agréable moment de détente à imaginer quel emblème nous allions choisir pour notre région. Nos souvenirs communs sont nombreux; le plus singulier doit être notre présence sur le pas de tir de Baïkonour lors du lancement du Soyouz qui emportait Frank De Winne, et la réception bien arrosée à six heures du matin avec des officiers et des dignitaires russes qui s’écroulaient à nos pieds après de multiples toasts portés à l’amitié entre nos peuples. Ce qui amusait fort l’atlantiste affirmé qu’était Armand, alors président du Sénat. Cette envie de servir, de contribuer au bien, fut le moteur de la vie d’Armand et c’est pourquoi précisément la politique fut la passion de sa vie. Nos trop rares moments d’échanges en marge de nos réunions d’assemblée vont me manquer. Notre dernier sujet de conversation révéla une fois de plus son inquiétude pour l’avenir de la Belgique et témoignait, comme toujours, d’un attachement vivace à notre pays et à son unité. Un ami de ce qui rassemble plus que de ce qui divise nous a quittés.»

 

Armand De Decker au Parlement bruxellois en 2016. ©BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Ministre d’Etat, ancien Président du Conseil européen, ancien Premier Ministre, ancien Président de la Chambre des représentants, Herman Van Rompuy a, lui aussi, voulu rendre hommage à Armand De Decker. «Tu as occupé avec dignité l’un des postes les plus élevés du pays, la présidence du Sénat. J’entends et je vois ton grand sourire et je peux à peine imaginer que tu resteras silencieux pour toujours. Ces dernières années, tu as dû garder le silence. La douleur dissipe les rires. Mais la vie est plus que sa fin. Tes 70 ans, c’est toute une histoire qui va de la famille d’où tu viens au chemin que tu as parcouru avec Jacqueline, avec qui tu as vécu en complicité, dans une entente inconditionnelle. Ta vie inclut la partie publique avec ses joies, quand l’électeur vous récompense, et avec ses moments douloureux, quand tout va mal. La vie des petites choses et des grands moments. Tout cela fait septante ans et a donné un sens à ta vie. Tu as peut-être pensé à tout cela dans les semaines qui ont précédé ton décès et quand tu as préparé le dernier jour. Nous t’avons trop peu dit combien nous avons apprécié ton amitié. Nous avons une dette envers toi. Aujourd’hui, nous voulons nous racheter en disant tout haut que notre amitié va au-delà de la mort. J’espère que tu nous entends d’une manière mystérieuse et que tu nous feras signe. Adieu Armand.»

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