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Charles Michel, le mal aimé au sommet

L'élection du Premier ministre belge Charles Michel à la présidence du Conseil européen a été peu saluée par les personnalités politiques belges francophones... | © BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Politique

Voici l’histoire un peu folle d’un Premier ministre discuté par le peuple francophone mais dont le talent a séduit les Européens. Un chemin pour conquérir, une bonne fois pour toutes, le cœur de sa communauté ?


Charles Michel. Deux prénoms pour un nom. L’un ne va plus sans l’autre. Charles a su s’émanciper de Michel sans jamais s’en départir. Comme une forme de lucidité. L’homme l’est, lucide, sur la stratégie pour prendre le pouvoir. Il l’est moins sur son image qu’il n’arrive pas vraiment à imposer et à « déformater ». Il est une sorte de mal aimé. Toujours lucide, il en a bien conscience, mais cela ne suffit pas pour séduire son territoire.

Alors, quand il atteint le sommet de l’Europe avec son nouveau titre de président du Conseil et grimpe sur les cimes mondiales, il s’attend à tout sauf à cela : il n’est pas félicité par la petite planète de la Belgique francophone. Cette petite communauté politique reste (quasi) muette alors que le voisin flamand s’élève à la louange sans aucune arrière-pensée.

Les accents toniques mal placés dans ses discours, des mots mal portés par un corps un peu démantibulé et un charisme affaibli par un regard qui doute alors qu’il se veut autoritaire, n’ont pas fini de susciter les persiflages.

Certes, les présidents de partis wallons le félicitent en privé. En public, sans commentaire. Au contraire, la coprésidente d’Ecolo Zakia Khattabi l’enfonce six pieds sous terre. « La N-VA perd son meilleur allié » pourfend-elle. Vu le sacre, il ne s’agit pas d’ironie mais d’une claque, d’une fessée, d’une humiliation. Alors, pourquoi Charles Michel n’est-il pas respecté par bon nombre de ses pairs ?

A lire les sondages, l’homme ne serait pas compris par les Wallons et les Bruxellois. Il n’est pas populaire. Facile donc pour les adversaires de tirer sur un homme qui ne séduit pas. Les accents toniques mal placés dans ses discours, des mots mal portés par un corps un peu démantibulé et un charisme affaibli par un regard qui doute alors qu’il se veut autoritaire, n’ont pas fini de susciter les persiflages. Quand Jean-Marc Nollet, l’autre coprésident des verts, lui offre pendant la dernière campagne électorale une marionnette en télévision, le geste est un outrage : « Vous êtes la marionnette de la N-VA ». A croire que la fonction (de Premier ministre) ne fait pas l’homme.

Pas maître en son village

Oui, Charles en a bavé depuis tout petit avec son père qui était l’un des politiques favoris des Belges. Un « fils de ». Oui, Charles Michel continue d’en baver. Pas comme Louis, son père, soupe au lait démonstratif. Charles est bouillonnant, mais ça reste à l’intérieur… le plus souvent. Il souffre viscéralement de ne pas être maître en son village, de ne pas être adulé dans son pays. On se souvient d’un de ses passages à la Foire de Libramont. Tout allait bien. Le gouvernement bouclait un budget et des réformes, il était numéro « uno », les visiteurs l’embrassaient. Il avait adoré. Phénomène éphémère. Tout a commencé à chuter, y compris sa majorité. Aux élections, pas mieux.

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Alors, son ampleur va conquérir d’autres horizons bien plus ambitieux, probablement taillés à sa juste mesure. Leader de l’Europe n’est pas une coïncidence. Une fatalité ? En même temps qu’une vocation probablement. Parce que l’homme sait mener plusieurs combats à la fois, sans jamais s’émousser. Il s’est démené avec force pour diriger la Belgique et pour se battre au niveau européen. Parallèlement, conjointement, avec le sens des priorités partagées parce que, pour lui, l’un n’allait pas sans l’autre.

Peut-être que là-bas ils verront. Non pas le traître. Non pas celui qui a convolé avec la N-VA alors qu’il avait promis ne jamais lui passer une alliance au doigt. Car il en est convaincu : sans son pacte avec les nationalistes, le pays aurait connu la crise de régime. Cet argument était-il sincère ? A force de le répéter… L’Europe aura bien besoin de ce talent pour éviter une crise de régime, et populiste, qui lui pend également au nez.

Barbecue et kicker

Le roi Philippe et le futur ex-Premier ministre belge lors du passage du Tour de France en Belgique. @Daina Le Lardic / Isopix

La reconnaissance de Charles Michel chez les siens va donc passer par l’international. Ça va marcher ? On prend tous les paris. Sans se tromper, on pourrait voir l’homme s’épanouir davantage. Remporter des victoires faciles parce que la Belgique a été encore plus compliquée pour lui. Les chefs d’Etat apprécieront peut-être davantage ses barbecues et les parties de babyfoot qu’il affectionne tant.

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Chez lui, le « kicker » triomphe et est une pièce maîtresse de l’ameublement. Il choisit les bleus et non les rouges. Sinon la barre lui brûle la main. Parce qu’il ne s’arrête jamais. Parce qu’il a ça dans le sang, et pas seulement de père en fils. Il cultive à chaque minute ses dossiers, son dossier. A en perdre le sens de la vie ? Son épouse, ses enfants, avec son fils, avec Jeanne qui est un phare joyeux chez les Michel et avec la toute petite dernière, Lucie, lui rappellent l’essentiel avec douceur. Jeune papa, jeune président du Conseil européen, jeune en tout. Le plus jeune ministre et Premier ministre que le pays ait connu. Un parcours de feu et de sang, de génie et d’incompréhension.

Une nouvelle conquête en perspective. Il ne perdra jamais les Wallons et les Bruxellois de vue. La revanche sera là dans quelques années, voire avant. Du top européen il séduira la base francophone. Ce combat, il ne veut pas le perdre. Il ne se résigne jamais. Il ne se fera jamais oublier dans son pays. Au contraire. Sa nouvelle conquête mondiale est aussi une reconquête sur ses terres. Il ne veut pas rester le mal aimé.

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