Paris Match Belgique

Accusé de racisme contre quatre élues démocrates, Donald Trump persiste et signe

Donald Trump, le 15 juillet. | © Brendan Smialowski / AFP

Politique

Après avoir tenu des propos racistes à l’égard de quatre élues démocrates issues de minorités, Donald Trump a persisté dans ses attaques.

Des excuses ? Très peu pour Donald Trump. Lundi, le président américain a maintenu ses propos virulents et racistes à l’égard d’Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Ayanna Pressley, quatre élues démocrates à la Chambre des représentants. « Ce sont des gens qui détestent notre pays. Elles détestent notre pays. Elles le détestent, je pense, ardemment », a assuré le milliardaire, faisant l’amalgame entre les critiques qu’elles profèrent à son égard avec des critiques envers les États-Unis. « Si vous n’êtes pas heureuses ici, alors vous pouvez partir. À mon avis, si vous détestez notre pays, si vous n’y êtes pas heureuses, vous pouvez partir », a-t-il ajouté, lors d’un rassemblement dédié à l’économie à la Maison-Blanche. « C’est ce que j’ai dit dans un tweet que certains ont trouvé controversé. Beaucoup de gens l’ont apprécié, au fait. Beaucoup l’ont apprécié », a complété le président américain, applaudi par ses invités. « Ca ne m’inquiète pas car beaucoup de gens sont d’accord avec moi, a-t-il assuré, balayant d’un revers de la main les accusations de racisme. Et tout ce que je dis… Si elles veulent partir, elles peuvent. »

Il s’est attaqué directement à Ilhan Omar, élue du Minnesota, première musulmane (avec Rashida Tlaib, élue en même temps), première réfugiée africaine et première femme à porter un hijab à avoir prêté serment devant le Congrès : « Je regarde Omar, je ne sais pas, je ne l’ai jamais rencontrée. J’ai entendu la façon dont elle parle d’Al Qaïda. Al Qaïda a tué de nombreux Américains. […] Quand j’entends la haine qu’elles ont pour Israël et l’amour qu’elles ont pour des ennemis comme Al Qaïda, vous savez quoi ? Un politicien qui entend quelque chose, alors qu’on est en guerre avec Al Qaïda, et qui voit quelqu’un dire à quel point Al Qaïda est formidable… » Parmi ses éléments de langage, visibles car notés au feutre noir, on peut distinguer « Alcaida », la mauvaise orthographe du nom du groupe terroriste – qu’Ilhan Omar n’a jamais soutenu ni défendu, comme l’ont prouvé de nombreux articles de fact-checking, dont celui du New York Times.

Lire aussi > « Rentrez chez vous » : Le tweet bien raciste de Donald Trump

Les républicains n’osent le condamner

Que le président américain fasse un appel du pied à son électorat nationaliste blanc avec de tels propos n’a pas tant choqué que ça chez les républicains. Peu d’élus et de figures du parti conservateur ont publiquement critiqué Donald Trump, déjà candidat à la réélection et derrière lequel le parti fait bloc. Tim Scott, le seul sénateur républicain noir, a dénoncé « des attaques personnelles inacceptables et un langage raciste et insultant ». « Trump est un président raciste », a écrit dans une tribune pour le Washington Post George Conway III, avocat conservateur et époux de la conseillère du président Kellyanne Conway. Il a rappelé dans son texte les autres accusations de racisme envers Donald Trump : son discours renvoyant dos à dos néo-nazis et contre-manifestants après la mobilisation de suprémacistes à Charlottesville, son idée fixe que Barack Obama était né au Kenya…

donald trump
Donald Trump, le 12 juillet. © MANDEL NGAN / AFP

Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump, l’a évidemment défendu : « AOC, Tlaib et Omar critiquent l’Amérique si souvent et si vicieusement, préférant le socialisme soviétique, chinois, vénézuélien à notre économie de libre-marché que dire qu’elles seraient plus heureuses ailleurs est une réponse correcte. Dire que c’est raciste est presque aussi ignorant que leurs déclarations. » Le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, qui avait pourtant qualifié Trump de « xénophobe et bigot religieux » durant la campagne de 2016 avant de le rallier, a rejeté la faute sur les quatre élues, « une bande de communistes » aux idées « antisémites », « socialistes » et « dégoûtantes ». « Elles détestent Israël. Elles détestent notre propre pays », a-t-il complété, regrettant simplement que le président américain ne « vise [pas] plus haut » dans ses critiques pour dénoncer leur programme politique aux antipodes du sien.

Front uni pour les élues du « Squad »

Les quatre élues, dont le quatuor est parfois surnommé « The Squad », ont de leur côté présenté un front uni. Elles ont organisé une conférence de presse à Washington lundi. « Je veux dire aux enfants à travers ce pays que, peu importe ce que dit le président, ce pays vous appartient, il appartient à tous », a déclaré Alexandria Ocasio-Cortez. Ayanna Pressley a défendu son choix de le qualifier d’« occupant de la Maison-Blanche » : « Il ne fait qu’occuper l’espace, il ne représente pas l’élégance, l’empathie, la compassion, l’intégrité que ce poste demande et que le peuple américain mérite. » « Nous ne pouvons pas laisser ces actions pleines de haine du président nous distraire du travail indispensable de tenir pour responsable cette administration des conditions inhumaines à la frontière, de la séparation des enfants de leurs proches et de leur enfermement dans des conditions illégales et horribles », a martelé Rashida Tlaib.

Lire aussi > L’excellente répartie d’Alexandria Ocasio-Cortez après une (nouvelle) attaque sur son passé de serveuse

ilhan omar
Rashida Tlaib, Ayanna Pressley, Ilhan Omar et Alexandria Ocasio-Cortez, le 15 juillet © Brendan Smialowski / AFP

« C’est un président qui a dit d’attraper les femmes par la chatte. C’est un président qui a appelé des athlètes noirs des fils de pute. C’est un président qui a appelé les gens qui viennent de pays noirs de ‘pays de merde’. C’est un président qui a mis sur un pied d’égalité les néo-nazis avec ceux qui protestaient à Charlottesville », a rappelé Ilhan Omar. Les « attaques ouvertement racistes » de Donald Trump sont « le programme des nationalistes blancs, que cela soit sur des forums internet, à la télévision et maintenant dans le jardin de la Maison-Blanche ».

Une résolution proposée à la Chambre des représentants

Les élus démocrates de la Chambre des représentants comptent faire voter une résolution condamnant les tweets et propos du président américain. Nancy Pelosi, dont les relations avec les quatre élues sont parfois tendues, a écrit que Donald Trump était allé « au-delà de la barre qu’il place très bas en utilisant un langage honteux à propos de membres du Congrès ». « Il est important que la Chambre des représentants montre à ce président et à tout futur président qu’il est absolument inacceptable de rabaisser et de s’attaquer à des membres du Congrès, que nous condamnons ces commentaires, qu’ils sont racistes, misogynes, xénophobes, et que nous réaffirmons notre soutien et notre appréciation de tous nos membres, peu importe leur genre ou leur lieu de naissance », a assuré l’élue démocrate de Floride Debbie Mucarsel-Powell, citée par le Washington Post.

Même durant la conférence de presse, Donald Trump ne s’est retenu de tweeter, tentant de ramener ses propos aux oppositions internes au parti démocrate, entre les nouvelles élues qui refusent toute concession et une aile plus traditionnelle prête à négocier : « Les démocrates essayaient de prendre leurs distances des quatre ‘progressistes’ mais ils sont maintenant obligés d’adhérer à elles. Cela veut dire qu’ils sont favorables au Socialisme, à la haine d’Israël et des États-Unis ! Pas bon pour les Démocrates ! »

CIM Internet