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Après sa fête, la Flandre a la gueule de bois

Kris Van Dijck est cloué publiquement au pilori. Honte sur la Flandre. Aucune concession à la manœuvre. La guillotine médiatique... | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Politique

L’« affaire Kris Van Dijck » brouille les cartes de la N-VA. Les Flamands n’en reviennent toujours pas. Leur fête nationale a tourné au vaudeville. Tout y était, même l’absurde.

Kris Van Dijck, vous connaissiez ? Il était, jusqu’au 11 juillet dernier, président du Parlement flamand. Quelques jours avant son discours pour la fête de la Communauté flamande, il provoque un accident en état d’ébriété. Taux de 1,4 pour mille d’alcool dans le sang. La honte ? Il le confesse. Mea culpa. Il résiste. Alcool, sexe et pouvoir : pour le premier Flamand du pouvoir législatif, la saga ne fait que commencer

En Belgique, les élus ne démissionnent pas pour ça. Marie-Martine Schyns (cdH), ministre de l’Enseignement obligatoire, et Willy Borsus (MR), ministre-président de Wallonie, ont avoué leur péché au volant. Sauf que Kris Van Dijck est un vrai petit fêtard. Lors de son célibat, il fréquentait une call- girl. Le souci ? Il aurait créé pour elle une société rapidement mise en faillite afin qu’elle touche des indemnités et des allocations de chômage. Escort Lynn (c’est son nom) est tombée sur le bon client. Il a les moyens et, aux manettes politiques, il aurait, de plus, sollicité la bienveillance du ministre fédéral de l’Emploi pour sa cause sentimentale. Un nom pour qualifier cette infraction : fraude sociale.

En Flandre (contrairement à la Wallonie), ce type d’écart est intolérable, presque plus grave que la fraude fiscale. Kris Van Dijck devient l’homme à abattre. Le premier Flamand du pouvoir législatif est transformé subitement en triste héros d’une vraie série télé. Au menu : alcool, sexe, pouvoir et moralité. La saga ne fait que commencer. Ce genre d’affaires est plutôt rare dans nos contrées francophones.

Ancien président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Charles Luperto (PS) attend toujours son procès. Ancien ministre et président de l’assemblée wallonne, André Antoine (cdH), lui, a été blanchi suite à des accusations de harcèlement. Mais ce qui frappe ici, c’est le scénario du piège, le tempo de la chute.

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L’assistance est médusée, c’est Hollywood à l’hôtel de ville de Bruxelles

La fête de la communauté flamande à l’hôtel de ville de Bruxelles avec Kris Van Dijck au premier plan . ©Mathieu Golinvaux / Isopix

Face aux révélations qui tombent sur les smartphones, le discours devient surréaliste. C’est Hollywood à l’Hôtel de Ville de Bruxelles A vrai dire, même un scénariste d’une série B n’aurait probablement pas osé cette ultime audace : balancer toutes ces infos au moment précis où Kris Van Dijck est à la tribune pour vanter les mérites de la Flandre en fête. Le discours officiel devient pour le moins surréaliste, en tout cas en décalage avec la réalité des accusations qui tombent sur les smartphones.

Aux côtés de sa femme qui le défend bec et ongles bien limés (les relations tarifées de son époux datent d’avant leur rencontre), le président quitte la Grand-Place. La démission est inéluctable. La présomption d’innocence, comme d’habitude, ce sera pour plus tard. Pour un suspense tout à fait haletant, il fallait bien un zeste de presse sulfureuse et d’affairisme latent. Bingo : l’hebdo P-Magazine est l’auteur de cette exclusivité historique. La diffusion a été temporellement millimétrée. L’effet recherché apparaît évident : la victime de l’article devait être intégralement humiliée. Défenestrée en direct.

Kris Van Dijck est cloué publiquement au pilori. Honte sur la Flandre. Aucune concession à la manœuvre. La guillotine médiatique. Or, le patron de P-Magazine est un personnage sulfureux. Maurice De Velder a été condamné pour escroquerie, falsification, blanchiment d’argent et manipulation de cours de Bourse. Neuf mois de prison en première instance. Les foudres de la justice se sont également abattues sur l’homme d’affaires pour une transaction immobilière litigieuse à Anvers. Déduction logique : il se vengerait de la N-VA, dont le bourgmestre et président de parti Bart De Wever règne sur la métropole. D’autant qu’il serait grand copain avec Filip Dewinter, leader du Vlaams Belang. La coupe est pleine.

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Sale temps pour Bart De Wever

Kris Van Dijck assis juste derrière son mentor Bart De Wever. ©Jennifer Jacquemart / Isopix

Le fric et les affaires touchent donc la N-VA comme n’importe quel autre parti. Le résultat, en tout cas, est spectaculaire. Le cauchemar du 11 juillet est tout autant celui de la Flandre que de la N-VA. Prostitution à la une. Et la fraude sociale ? Un des sujets phares des nationalistes. Le voilà qui revient comme un boomerang. La cata. Heureux pour eux que les scrutins soient passés. Une vilaine tache noire sur la bonne gouvernance élevée comme modèle de vertu par Bart De Wever.

Le fric et les affaires touchent donc la N-VA comme n’importe quel autre parti. A l’ombre de l’extrême droite, qui rugit de plaisir. Le président de la N-VA est revenu dare-dare de Colombie – voyage effectué en tant que bourgmestre d’Anvers. Il a gelé pendant deux semaines les négociations pour former un gouvernement flamand. Et maintenant, que va-t-il se passer au royaume de la « bonne gouvernance » ?

De Wever lie le niveau fédéral au reste pour être assuré d’en être. Il a peur de voir une minorité flamande (CD&V, Open VLD, sp.a et Groen) s’allier. Tout coince à l’heure où la Région bruxelloise salue son nouvel exécutif. Nous voilà de bévues en blocages. Imaginez le tableau si un homme politique wallon avait commis le même péché. Mais il n’y a aucune raison de se réjouir d’un tel spectacle.

Cet article est issu du Paris Match Belgique qui paraît ce jeudi 18 juillet !

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