Paris Match Belgique

Au PS, fameux défi et terrain miné pour Nawal Ben Hamou

Nawal Ben Hamou, 32 ans, occupe désormais le poste de secrétaire d’Etat au Logement, à l’Egalité des chances, à la Cohésion sociale et au Sport à la Région bruxelloise. | © BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Politique

« Elle est belle comme un cœur, elle est merveilleuse. » « Elle est vide, elle ne sait même pas décrocher ses yeux d’un discours écrit par un autre. » Quand les coulisses ruissellent de tels compliments et atrocités, c’est qu’il y a du grumeau dans la gélatine socialiste.


Laurette Onkelinx, cheffe du PS bruxellois, a choisi. Nawal Ben Hamou, 32 ans, occupe désormais le poste de secrétaire d’Etat au Logement, à l’Egalité des chances, à la Cohésion sociale et au Sport. Elle a tout pour plaire à la gauche, selon les ténors de son parti : origines modestes turco-marocaines, agent administratif à la police, militante syndicale… N’en rajoutez plus. Communautairement et professionnellement, les camarades voient là un diamant brut. Pas faux.

Elle se fait élire brillamment en 2014 au niveau fédéral. En revanche, elle rate son coup en mai dernier. De sa faute ? Non. Le ressac du PS, dû notamment au scandale du Samusocial dans la capitale, a causé un certain nombre de victimes. Nawal Ben Hamou n’avait pas réalisé une législature impressionnante. Pour une première, elle avait cependant tiré son épingle du jeu, notamment en se frottant souvent à Theo Francken et en défendant les droits humains (déjà).

Lors de sa désignation dans l’exécutif bruxellois, l’ex-membre du gouvernement, quelque peu revanchard, a immédiatement tweeté : « Qu’en est-il du néerlandais de la nouvelle secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances à Bruxelles ? Et tout le reste ? » Le N-VA sacre paradoxalement la destinée de la Bruxelloise. Elle n’en demandait pas tant. Une forme de reconnaissance et d’identité politique plus affirmée grâce à son ennemi depuis cinq ans. Pour le reste, sa vie politique sera compliquée. Et pas qu’un peu.

Elle va devoir se battre 
d’abord contre les siens

©BELGA PHOTO ERIC LALMAND

Le cadeau omnipotent de Laurette Onkelinx est tout autant empoisonné que sincère. D’une part, rater son élection et devenir ministre cause des dégâts collatéraux. Ceux qui se sont fait élire ont le (gros) pépin en travers de la gorge. Une députée PS affirme vouloir quitter son groupe et, du coup, l’écart de voix entre le PS et Ecolo se réduit à un siège. Le ministre-président Rudi Vervoort va devoir tenir certains de ses élus et éviter qu’ils se lancent dans du tourisme politique. C’est-à-dire ? Qu’ils aillent voir ailleurs et déstabilisent le gouvernement.

D’autre part, Nawal Ben Hamou représente une laïcité affirmée, au contraire d’une frange importante de sa famille politique. A nouveau le clivage communautaire guette le PS, notamment sur le port du voile.

Enfin, son parcours a mis au bord du chemin la désormais ancienne ministre et populaire Fadila Laanan. D’autres qui aspiraient à une telle fonction, comme Caroline Désir – toujours mise en avant par les instances du parti –, voient leur heure passer.

Le paysage est planté. Avec autant d’ennemis dont plusieurs se sentent humiliés, Nawal Ben Hamou va devoir se battre non pas contre l’opposition, mais d’abord contre les siens. Elle le sait. On est souvent trompé par ses pairs. Le terrain est miné. Sa douceur ne pourra pas être son seul paratonnerre. Elle devra encore se muscler. Elle avait d’ailleurs constaté toute la violence de la politique à l’issue de la dernière législature. Elle s’en était émue. Elle peut s’attendre à bien pire maintenant. Aucune erreur ne lui est autorisée, ne lui sera passée. Fameux défi, humain avant tout.

Cet article est issu du Paris Match Belgique de ce jeudi 25 juillet 2019.

 

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