Paris Match Belgique

4 choses à savoir sur la situation explosive au Cachemire

Cachemire

Des activistes pakistanais brûlent le portrait du premier ministre indien Narendra Modi et le drapeau indien lors d'une manifestation à Lahore (Pakistan) ce lundi 5 août. | © AFP

Politique

Ce lundi, le gouvernement indien a annoncé la révocation de l’autonomie constitutionnelle du Cachemire. Une décision historique qui menace dangereusement la situation dans l’une des zones les plus militarisées du monde.

Explosive. La récente situation du Cachemire indien est décrite de la même manière dans tous les médias depuis deux jours : explosive. Ce lundi, le ministre de l’Intérieur du gouvernement indien, Amit Shah, a annoncé au parlement la révocation de l’autonomie constitutionnelle du Cachemire indien ainsi que sa dislocation. Une décision historique qui fait l’effet d’une bombe, tant du côté de la population que dans les rangs de l’opposition, et qui menace dangereusement la situation dans cette zone reconnue comme l’une des plus militarisées du monde avec plus de 800 000 soldats présents, selon Libération. D’un côté revendiquée par le Pakistan et de l’autre en proie à une insurrection séparatiste depuis une trentaine d’années, le Cachemire indien est sujet à des conflits internes et externes depuis qu’il existe.

Lire aussi > Inde : une troisième adolescente violée et brûlée vive en une semaine

L’article 370 et la fin de son autonomie

Avant 1947 et l’indépendance de l’Inde et du Pakistan, le Cachemire représentait le territoire appelé l’État princier du Jammu-et-Cachemire. Cette année-là, il a été divisé en trois : l’État du Jammu-et-Cachemire administré par l’Inde, l’Azad Cachemire et le Gilgit-Baltistan administré par le Pakistan et la vallée de Shaksgam et l’Aksai Chin cédés par le Pakistan à la Chine. Aujourd’hui, l’Inde revendique l’entièreté du Cachemire tel qu’il existait lors de l’État princier, tandis que le Pakistan revendique le Jammu-et-Cachemire. La Chine possédant tout ce qu’elle désirait, les conflits opposent principalement le Pakistan et l’Inde.

Depuis 1950, la constitution indienne accordait un régime particulier au Jammu-et-Cachemire (Cachemire indien). L’article 370, prévoyait davantage d’autonomie au Cachemire indien en lui octroyant une large marge de manœuvre et limitant l’intervention de la législation indienne dans la gestion du Jammu-et-Cachemire. Défense, Affaires étrangères et Communications étaient les seules matières relevant du gouvernement central de New Delhi, le reste étant administré par une assemblée législative locale. L’article 370 conférait également à l’État fédéré une constitution distincte ainsi qu’un drapeau.

Cachemire
Lors d’une protestation contre la décision du gouvernement ce lundi 5 août. ©AFP

Ce lundi, c’est cet article 370 de la constitution indienne qui a fait l’objet de toutes les tensions. Un décret le révoquant a été adopté à la Chambre haute du parlement ce lundi, explique Le Monde, et il devrait également être ratifié à la Chambre basse, où le BJP (Bharatiya Janata Party), le parti du Premier ministre Narendra Modi, est majoritaire. Historiquement, le statut spécial du Jammu-et-Cachemire, destiné à préserver les droits de ses habitants, est hérité des conditions posées par l’État princier du Cachemire pour se rallier à l’Inde tout juste créée en 1947, explique Belga.

L’article 35A et sa scission

Par la même occasion, le gouvernement a également annoncé la dislocation de Jammu-et-Cachemire en deux parties distinctes : d’un côté, le Jammu-et-Cachemire, à l’ouest et de l’autre le Ladakh, à l’est. Ils deviendront deux « territoires de l’union », soit deux divisions administratives de la République relevant théoriquement du pouvoir central et non plus des États fédérés. Le Jammu-et-Cachemire bénéficierait cependant d’une législature, garantissant une forme d’autonomie, contrairement au Ladakh qui n’y aura pas droit.

Lire aussi > En Inde, les Adivasis ont une arme : leur café

L’article 35A de la constitution devient lui aussi de l’histoire ancienne. Il représentait le bastion de l’identité du cachemire indien car il interdisait aux personnes non cachemiries d’y acheter une propriété ni d’avoir accès à un emploi public dans cette région. Sa dissolution fait craindre aux Cachemiris de voir leur identité peu à peu dissoute dans une vague d’hindous qui viendrait élire domicile dans cette entité musulmane jusque-là préservée.

Un lockdown complet

Depuis dimanche soir déjà, tous les moyens de communication ont été coupés, empêchant les Cachemiris de communiquer avec le reste du monde. Aucune information ne sort du pays en direct, ce qui laisse un grand flou concernant la réaction de la population locale qui s’est vu interdire le droit de se rassembler. De leur côté, les dirigeants locaux ont été assignés à résidence.

« Aujourd’hui marque le jour le plus noir de la démocratie indienne », a tweeté l’ancienne chef de l’exécutif de Jammu-et-Cachemire Mehbooba Mufti, assignée à résidence dans la nuit de dimanche à lundi. « Les intentions du gouvernement de l’Inde sont claires. Ils veulent le territoire du Jammu-et-Cachemire en terrorisant son peuple ». Une déclaration qui a suscité de nombreuses réactions du côté indien où les partisans de l’abolition de l’article 370 se réjouissent que leur Premier ministre réélu au printemps dernier ait tenu l’une de ses promesses de campagne.

Cachemire
Tous les moyens de communication ont été coupés. ©AFP

Depuis une dizaine de jours, plus de 80 000 paramilitaires ont débarqué dans la zone hautement militarisée en prévision de l’annonce de la décision par le gouvernement. « Cette annonce explique de nombreuses mesures qui ont été prises à New Delhi ces derniers jours et ont créé le chaos et la confusion », analyse Philomène Remy, correspondante en Inde pour nos confrères de France 24. « Des dizaines de milliers de soldats ont été envoyés en renfort dans cette région qui est l’une des plus militarisées du monde avec plus d’un million de soldats ». Lundi, 8 000 soldats supplémentaires ont été envoyés en renfort, précise-t-elle.

Des tensions internes et externes

Depuis leur indépendance en 1947, l’Inde et le Pakistan se sont livré trois fois à des conflits, dont deux fois au sujet du Cachemire (en 1947-48 et 1965). Cette décision pourrait bien raviver les tensions entre les deux pays possédant tout deux l’arme nucléaire. Au sein du Cachemire indien lui-même, les tensions séparatistes montent depuis la fin des années 1980. Des tensions qui ont déjà coûté la vie de plus de 70 000 personnes, d’après Le Parisien.

Lire aussi > Quand l’Inde et le Pakistan soufflent leurs 70 bougies

Cette année, les affrontements entre les deux frères ennemis ont repris dangereusement. Le 14 février dernier, l’attentat terroriste de Pulwana tue au moins 41 paramilitaires indiens. Il est revendiqué par un groupe radical basé au Pakistan mais Islamabad nie toute implication. Le 26 février, l’Inde riposte en bombardant des camps d’entraînement terroristes situés dans la zone pakistanaise du Cachemire. Les deux pays échangent alors des tirs sur la ligne de contrôle et le 27 février, c’était au tour du Pakistan de mener des frappes aériennes sur le Cachemire indien.

Depuis ce lundi, la situation est des plus tendues au Cachemire qui pourrait bien exploser sont des conflits venus de toutes parts dans les prochains jours. En tout cas, c’est ce que craint la communauté internationale qui retient son souffle.

CIM Internet