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Biarritz, capitale du monde

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Du phare de la pointe Saint-Martin (hors-champ) à l’hôtel du Palais en pierre et brique (au fond) et au rocher de la Vierge : toute une zone interdite pendant le sommet. | © IROZ GAIZKA / AFP.

Politique

Le G7 va vider la grande plage de ses estivants pour raisons de sécurité. Un honneur pour la ville d’avoir été choisie. 

 

« La Terre est le probable paradis perdu », disait déjà Garcia Lorca, l’Espagnol fragile. La politique est littérature en action. Urgence absolue : le G7 et ses invités vont devoir, en un week-end, empêcher une guerre entre les États-Unis et l’Iran, envisager une autre Libye, ramener le calme entre la Chine et Trump, expliquer aux hommes que la femme n’est pas une conquête, calmer les nostalgiques de la dictature et éviter que toutes les plages du monde, celles de Floride, de Dakar, du Pacifique, de Bondi Beach à Sydney, comme celles de la côte basque, deviennent des poubelles dissimulées derrière la splendeur de l’écume. Au début de notre reportage, à plusieurs reprises, malgré un soleil de feu, les drapeaux rouges ont été hissés, interdisant la baignade après les pluies, le temps que la pollution s’évacue au large. Les 24, 25 et 26 août, la « zone rouge » ne dépendra pas de la météo. Mais de l’arrivée des Grands.

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Rencontre entre gardes du corps bodybuildés et jeunes à dreadlocks hostiles au G7

Huit cents mètres au bord de la Grande Plage, entre l’hôtel du Palais, voulu par Napoléon III pour Eugénie, le casino, le centre de conférences Bellevue, et un bon kilomètre en profondeur jusqu’aux magnifiques halles. La DGSI, à Levallois, est sur les dents tandis qu’à Biarritz, en ce moment même, des Indiens de New Delhi circulent avec oreillettes et vans noirs. Il y a quinze jours, c’étaient les Américains du « secret service ». Arrivés à soixante, ils ont transformé en QG une salle de la mairie. Nous sommes entre le roman et l’action. Dans l’avion, un célèbre homme d’affaires m’a confié qu’il avait croisé sur le golf d’Arcangues, il y a plus d’un an, une sorte de James Bond solitaire qui inspectait déjà le pays pour la Maison-Blanche. Avenue de la Marne, on assiste à la rencontre de gardes du corps hyper bodybuildés à la Dwayne Johnson avec des enfants à dreadlocks venus exprimer leur hostilité au G7. Nuit et jour, l’ambassadeur spécial, le diplomate français Jean-Pierre Thebault, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Spitz, et le sous-préfet de Bayonne, Hervé Jonathan, travaillent.

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Pour honorer ce rendez-vous historique, un dîner de gala est organisé samedi 24 août au restaurant Villa Eugénie. © DR.

Dans cette région où la gastronomie est un marqueur de la culture, on pourrait passer sa vie dans les marchés, attirés par les fruits, les merlus, la truffe, les fromages de brebis. Aux halles centrales de Biarritz, c’est un festival. Palme d’or incontestée pour les charcuteries de Pierre Oteiza, qui figurent sur les tables des meilleurs restaurants du monde. Mention spéciale pour l’extraordinaire foie gras de Pascal Manoux. Prix d’interprétation pour Carole, la Mata Hari des tapas. Et si vous aimez les épices, les raretés, les vins, la confiture, impossible d’éviter la boutique d’Arostéguy. Autant de commerçants en proie à la crainte de la désertification.

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Michel Veunac, le maire MoDem de Biarritz, devant le Palais dont les murs appartiennent toujours à la municipalité. © DR.

Le maire de Biarritz, Michel Veunac, 73 ans, ami du président français et de François Bayrou, ne tourne pas autour du pot : « Oui, il y aura une zone rouge, mais je souhaite que les commerces y restent ouverts. Emmanuel Macron va vous surprendre. Ni lui ni son épouse n’ont l’intention de se laisser enfermer dans le gigantesque dispositif de sécurité. On parle de presque une division – 10 000 hommes pour les forces de l’ordre – employée à tenir à distance les black blocs. Moi, j’ai fait le pari de Biarritz, capitale du monde pendant trois jours. Quel maire aurait refusé pareille proposition ? » Il a pourtant été arrêté par une patrouille volante alors qu’il se déplaçait vers Bayonne …

« Nous ne sommes pas des Parisiens ni même des Bordelais ! Impossible que des étrangers à nos provinces puissent envisager de tout péter« 

Même si les trois grandes villes, Bayonne, Biarritz et Saint-Jean-de-Luz, sont gérées par des modérés de centre droit, dont le combat principal est de protéger le littoral, les Basques ont inventé le concept d’insoumission. La guerre de l’ETA peut être terminée, mais on imagine mal le colossal Christian, patron d’Ostalapia et d’Ostalamer, entre Bidart et Ahetze, se laisser faire si les black blocs déchaînent la violence autour de ses établissements. Idem pour l’international de rugby Pascal Ondarts, qui gère le Royalty au centre-ville, sorte de Flore local, ou pour le « capitaine Troy », Eric Belin, qui sert, face à la mer, une des meilleures « louvines à l’espagnole » à La Plancha. Dans les sublimes fermes basques à colombages rouges, on pratique la pelote, le rugby … et la chasse. Ici, on connaît la douceur de vivre, mais les armes sont dans les caves. Comme me l’a dit un chauffeur de taxi : « Nous ne sommes pas des Parisiens ni même des Bordelais ! Impossible que des étrangers à nos provinces puissent envisager de tout péter. »

Place Clemenceau, au milieu des pâtisseries proustiennes, Miremont, Pariès, maison Dodin et Thierry Bamas, comment conceptualiser la simple idée que des casseurs puissent venir chercher les Basques chez eux ? Il y a des années, le Corse Charles Pellegrini, patron de l’OCRB, me confiait : « Tu sais, Guillaume, la solidarité en prison n’existe pas. S’il le faut, tout le monde balance tout le monde. Les Corses comme ceux originaires du monde arabe. Les seuls qui sont impénétrables, infracturables, comme leur langue magnifique, sont les Basques. » Une famille mystérieuse que rien ne peut briser, disait déjà Hugo. Au nom de quoi Frédéric Beigbeder, qui vient de Pau et a tout abandonné pour vivre à Guéthary, où ses parents se sont rencontrés, considère qu’« il serait une bonne chose qu’on rapproche de leurs familles les dizaines de prisonniers encore incarcérés ». À 53 ans, il a gardé l’allure d’un guitariste californien des années 1970. Le maire, Michel Veunac, a celle plus classique d’un patricien, mais il ne dit pas autre chose. Les dossiers sont à l’étude au ministère de la Justice … Ce n’est pas au programme du sommet, mais on sent que les aigles du côté de la Rhune (950 mètres d’altitude), premier contrefort des Pyrénées, apprécieraient un geste.

Biarritz est tatouée et vit une sexualité libre

L’image d’Epinal d’un Pays basque bourgeois avec espadrilles et polos a totalement explosé. Depuis longtemps, Biarritz est tatouée et vit une sexualité libre. Luis Mariano, enterré à Arcangues, ne fut que l’avant-garde d’une communauté gay qui séjourne tranquillement au milieu d’une kyrielle de surfeurs de tous les continents. Sur les spots de la région, des filles magnifiques prennent, sur leur planche, autant de risques que les garçons. Nous sommes dans une sorte de Californie qui n’aurait été vendue à personne. Si vous avez envie de séduire en vous passant de Tinder et autres conneries, précipitez-vous ! À chaque coin de rue, l’adolescence règne sans la moindre perversité, dans la tradition des enfants de la plage. Du coté des frontons de pelote de l’arrière-pays, les jeunes de Saint-Pée-sur-Nivelle préfèrent les fêtes de Bayonne ou des petits villages aux tables du Blue Cargo où se déchaîne une jeunesse plutôt parisienne et bordelaise.

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Biarritz, capitale des surfeurs. © DR.

Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, ce sont les Russes qui investissaient Biarritz. On y trouve encore une église orthodoxe ainsi qu’une place Anton-Tchekhov. La famille de Poutine, via un prête-nom, posséderait une magnifique maison ancienne dans le quartier de la Chambre d’Amour, entre Biarritz et Anglet. Sur cette plage, en 1962, Joël de Rosnay, professeur au MIT, fondateur de la Cité des sciences et tonton surfeur, a donné sa première leçon à Catherine Deneuve. La photo de cette initiation est restée célèbre comme un symbole de la grâce qui règne dans une région où se mêlent conscience et muscle, sport et littérature. Chanel a fondé son atelier de couture à Biarritz en 1915. Elle a amené Stravinsky qui y a vécu trois ans pour composer « Les noces ». Juste après la Première Guerre mondiale, vous pouviez croiser Chaplin en smoking au casino de Guéthary et, en 1924, Aragon et Drieu la Rochelle prenant un verre au Madrid avant qu’ils ne deviennent d’irréductibles ennemis politiques. Au bar du spa de l’hôtel du Palais, chez les concierges menés par Jean-Christophe (sourire à la Burt Lancaster), on est intarissable sur l’épopée du palace qui accueillit Ava Gardner, Sinatra, Gary Cooper et Ernest Hemingway. Des scènes du Soleil se lève aussi ont été tournées à Biarritz. C’est à cette occasion, au milieu des années 1950, que le scénariste Peter Viertel a importé ses planches de Californie, réalisant ainsi la jonction, dans l’histoire du surf, entre le Vieux Monde et le Nouveau.

Melania adorera qu’on lui raconte tout ça. Lorsqu’il arrivera le samedi 24 août sur la terrasse de l’hôtel du Palais, Donald Trump sera-t-il frappé par la beauté du rocher de la Vierge et de la roche percée, battus incessamment par les vagues ? Atterrira-t-il à Bordeaux ou à Mont-de-Marsan ? Le Requin blanc dormira-t-il, comme tous les autres chefs d’État et de gouvernement, à l’hôtel du Palais ? Voilà les questions que l’on se pose. Mais la Maison-Blanche entretient le mystère. On sait juste une chose : que les organisateurs ont écarté l’idée qu’il puisse se poser en hélicoptère sur le golf de Chiberta, à Anglet. Sa passion est telle que, s’il s’empare d’un club, personne n’osera l’arrêter ! On a bien vu, dans Apocalypse Now, Robert Duvall interrompant la guerre du Vietnam pour que ses boys surfent malgré le napalm.

1000 journalistes accrédités pour la zone rouge

En 1994, le sommet franco-africain de Biarritz fut le théâtre d’un retentissant malaise de François Mitterrand. Le président mourra deux années plus tard. Son ombre plane à Latche, un peu plus au nord, dans les Landes. Dans dix jours, la réunion qui va envahir Biarritz sera d’une tout autre ampleur : la France de Macron, l’Amérique de Trump, l’Angleterre de Boris Johnson, l’Italie de Giuseppe Conte, le Conseil européen présidé par Donald Tusk, le Japon d’Abe et, évidemment, l’Allemagne d’Angela Merkel et le Canada de Justin Trudeau. Sont aussi invités les présidents ou chefs de gouvernement du Sénégal, du Burkina Faso, de l’Australie, d’Afrique du Sud, d’Inde et du Chili … On attend entre 4 000 et 5 000 personnes pour les délégations, et 3 000 journalistes dont 1 000 accrédités pour la zone rouge avec application spéciale leur permettant … de bénéficier de tarifs préférentiels dans les restaurants ou même d’acheter un maillot de bain fluo ! Les altermondialistes ont annoncé une première manifestation pour le 13 août. Le maire est convaincu, comme l’État, que la réussite du sommet dépend du bon déroulement de leur contre-sommet, organisé entre Hendaye et Urrugne, à une dizaine de kilomètres du centre de Biarritz.

Guy Forget, Vincent Cassel, Michael Fassbender … tous habitent le coin avec femmes et enfants

Je discute avec Bixente Lizararu, le costaud souriant de TF1, qui s’apprête à grimper à vélo un petit col monstrueusement dur, entre 15 et 20 %, au nord d’Espelette. Champion du monde, champion d’Europe, il a tout gagné, en club et en équipe nationale. On ne peut pas faire plus basque que lui. Avant Bordeaux, avant le Bayern, jusqu’à 13 ans, il jouait à Hendaye. Il habite maintenant dans le village de Ciboure : « On peut rester à jamais au pays, mais l’identité des Basques, c’est aussi de partir, parfois très loin, avec l’obsession de l’éternel retour. J’ai construit ma vie, après le sport de haut niveau, mais j’avais toujours l’objectif de revenir chez moi. » Même s’il travaille souvent à Paris, Bixente et moi, nous discutons sur la falaise de Parlementia, célèbre spot de surf où, dans une discrétion qui n’a plus aucun rapport avec les années folles, vous croisez Guy Forget, Vincent Cassel ou Michael Fassbender, le magnifique acteur de Shame, d’Inglourious Basterds et autres cartons du box-office mondial. Tous habitent le coin avec femmes et enfants, et se régalent de la salade hawaïenne du Bahia. Les écoles de surf pullulent : Christophe Reinhardt sur les vagues d’Erretegia, Mathieu Cerramon sur celles de la plage de Marbella, et tant d’autres. Dans la luminosité de Biarritz, on apprend aussi la simplicité. Comme au Débololo, à Marbella, petite cabane-restaurant en bois à l’équipe charmante, où vous pouvez grignoter en admirant une des plus belles vues du monde. Suffit de regarder le ciel pour entendre une playlist des Beach Boys, des Eagles ou d’America.

Biarritz a pour objectif de ramener le calme dans le monde

Brigitte Macron et ses deux collaborateurs, Tristan Bromet et Pierre-Olivier Costa, ont travaillé sur la visite qui amènera Melania et les autres premières dames à Espelette, capitale du piment, et à Cambo-les-Bains – découverte de la maison d’Edmond Rostand, l’auteur de Cyrano … Le dimanche matin sera consacré aux préoccupations océaniques, avec démonstrations de surf. Des personnalités locales marquantes seront associées à ces déplacements. Biarritz se prépare intensément à l’abri du fort de Brégançon. Le président Macron doit y recevoir Poutine, qui n’est pas du G7, et aussi, selon nos informations, Hassan Rohani, le président iranien. Il conversera également avec le président américain. Même si, par tempérament, Trump est un hégémonique qui veut taper, le président français est persuadé que ni l’Américain ni l’Iranien ne veulent la guerre. Biarritz a pour objectif de ramener le calme dans le monde.

Pour ce qui concerne les Gafa, le coup de fil vers l’Amérique a été clair. La taxation est une volonté de dix pays en Europe et bientôt des 28. Trente sociétés sont concernées, dont l’essentiel de la Big Tech. Il sera rappelé à l’hôte de la Maison-Blanche que sa politique commerciale avec la Chine aboutit à une baisse de toutes les Bourses du monde. Et notamment de Wall Street … ce qui ne va pas arranger, dixit Brégançon non sans malice, une partie de son électorat. Le début du sommet (samedi et dimanche matin) doit être un G7 strict qui portera sur les questions de sécurité, de commerce et d’économie. Ensuite, on élargira aux autres invités (ce qui ne s’est jamais fait depuis la création de l’institution en 1975), et on passera à une sorte de G20. Emmanuel Macron a l’intention de mettre sur les tables du centre de conférences Bellevue toutes les crispations de la planète : égalité hommes-femmes en Afrique, recherche de coalitions concrètes, pays par pays, sur le climat. Le dimanche soir, un dîner somptueux sera donné dans la grande salle à manger Napoléon III de l’hôtel du Palais. Après des semaines d’agitation sociale, l’ambiance est la clé du succès.

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Dans les coulisses, ce sommet a une histoire secrète liée à notre journal. Le 15 août 2016, Emmanuel Macron s’apprêtait à quitter le ministère de l’Économie et déjeunait avec Michel Veunac chez Albert, restaurant de poissons du port des pêcheurs où « les conjoints » auront leur dîner le 24 au soir. « Le courant est immédiatement passé, se souvient monsieur le maire. Je l’ai invité le soir même au feu d’artifice du 15 août. Il tombait des trombes d’eau. Rien n’était joué politiquement, mais, aux centaines de personnes présentes, il est immédiatement apparu comme une sorte de star. » Il a peut-être surgi d’un hasard, mais d’un hasard qu’il a voulu. C’était la semaine de l’« historique » couverture de Match où le couple Macron était abordé, hors champ, par un nudiste que personne n’a jamais retrouvé.

Le Quai d’Orsay et l’Elysée avaient déjà appelé la mairie pour mieux connaître les infrastructures quand a eu lieu le déclic, lors d’un déjeuner en février 2018 : « Nous étions avec Franck Riester, Estrosi et quelques autres. À la fin du repas, Emmanuel Macron m’a pris à part et m’a dit qu’il souhaitait organiser le G7 à Biarritz. Je savais qu’il ne voulait pas d’un sommet en Ile-de-France. Son attachement au Pays basque se double d’une préoccupation océanique. D’ailleurs, dans quelques jours, je lui remettrai personnellement un rapport sur les propositions de la ville et de la région en matière d’économie bleue. » Michel Veunac ne cache pas que Trump et Johnson « donnent de l’urticaire » à certains de ses amis. Encore plus depuis qu’ils savent que leur venue va « paralyser une région dont les aéroports, les gares et les routes seront fermés pendant une petite semaine ». Mais il est persuadé qu’il faut que tous les Français, y compris les opposants les plus virulents au gouvernement, se sentent concernés. L’ultra-technologie les angoisse. On leur chante le roman angoissant de l’intelligence artificielle, ils se sentent dépossédés de toute forme d’avenir en matière d’emploi … La semaine prochaine, il s’agira d’éviter de revivre les catastrophes de 2008 et 2010. Et d’un exercice de haute voltige mondiale.

En privé, le président ne cache pas qu’il défend une bonne partie des valeurs des altermondialistes. La grande surprise de ce G7, c’est qu’il a bien l’intention de le dire ! Ce qui constituera quand même une sacrée surprise. Après un début de quinquennat virevoltant, ces derniers mois nous ont fait frôler la tragédie de la violence, avec son cortège de polémiques sur la nature du maintien de l’ordre. Comme l’a écrit François Mitterrand dans Ma part de vérité , la pire erreur n’est pas dans l’échec mais dans l’incapacité de le dominer. Churchill parle même, à ce propos, de la nécessité de ne jamais perdre son enthousiasme. Emmanuel Macron n’en manque pas. Et comme le raconte la littérature des héros depuis Homère, le succès est d’abord un rêve, une quête comme celle qui s’élabore dans le secret de Brégançon.

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Il n’y a rien de plus beau que d’apercevoir un aigle majestueux descendre des Pyrénées pour aller voir l’océan. Lorsqu’il était élève à Henri-IV, le président français a probablement lu les Mythologies de Roland Barthes, enfant de Bayonne et de l’Adour. Il a sans doute écouté les mélopées de la « Pavane pour une infante défunte » ou du « Boléro », œuvres majeures d’un natif de Ciboure, Maurice Ravel, que Gershwin et Chaplin considéraient comme le dieu de la musique moderne à l’égal de Stravinsky, qui vécut à Biarritz, Villa Les Rochers, rue de la Frégate, derrière l’église orthodoxe. Pour tous, il n’est question que d’envoûtement et de nostalgie. Sur cette terre basque, nous sommes les enfants du paradis. Les écrivains sont espiègles. Depuis des mois, Frédéric Beigbeder, romancier, et Frédéric Schiffter, essayiste et ancien professeur de philo au lycée de Biarritz, veulent bousculer l’ordonnance des prix littéraires. Un jour a surgi un mécène de Toulouse, Guillaume Farré, qui a racheté la Maison Rouge, 20, avenue de la Reine-Victoria, à Biarritz, pour en faire une fondation. Les deux Frédéric, qui cumulent l’Interallié, le Renaudot et le prix Décembre, ont contacté leur aîné et copain Philippe Djian pour présider ce nouveau prix, qui sera décerné le 20 août. Titre de l’événement : le prix Maison Rouge G8, histoire d’ironiser sur le G7 et d’empêcher de dormir les jurés du Goncourt en leur grillant la politesse. Dans le jury, on trouve également la biographe Dominique de Saint Pern, le photographe Claude Nori, la comédienne Isabelle Carré et Jean Le Gall des éditions Séguier. Les conversations ont été, semble-t-il, extrêmement musclées. Parmi les favoris : Journal de L., de Christophe Tison, journal imaginaire de Lolita que Nabokov aurait, incroyable hasard, rencontrée à Biarritz ; Tour d’ivoire, de Patrice Jean, roman de haute volée conçu comme un réquisitoire contre la culture contemporaine ; La chaleur, de Victor Jestin ; John Wayne n’est pas mort, de Roland Jaccard ; Chronique d’une station-service, d’Alexandre Labruffe. La presse va adorer ce combat si français : la rentrée littéraire qui se permet, dès le 20 août, d’attirer le regard avant l’arrivée des plus grands dirigeants du monde.

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