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Exclusif. Juan Guaidó : « Le peuple vénézuélien me protège et m’accompagne »

Venezuela

Juan Guaidó, le 20 août 2019. | © Federico Parra / AFP

Politique

Exclusif. Nous avons rencontré celui qui est entré en résistance et que la communauté internationale reconnaît comme le seul à pouvoir exercer cette fonction. Mais Maduro ne veut pas partir et le persécute.

Des cheveux blancs sont apparus. Il ne les avait pas il y a six mois, lors de notre première entrevue. Quasiment une éternité pour Juan Guaidó. Le 23 janvier dernier, fort du soutien occidental et de celui du peuple, ce politique de 35 ans, président de l’Assemblée nationale, était proclamé président du Venezuela. Victorieux, il déambulait alors à moto dans Caracas, entouré de son frère et de ses cousins, gardes du corps improvisés. Le mois d’avant, il n’était qu’un simple député, du parti de centre gauche Volonté populaire, affilié à l’Internationale socialiste. Cet avènement surprise l’a propulsé sur le devant de la scène avec la force des coups de théâtre : vingt-quatre heures auront suffi pour que l’inconnu devienne le héros porteur d’espoir et de changement qu’attendaient des millions de Vénézuéliens. Un Libertador.

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Quand nous nous revoyons à Caracas, en juin, Guaidó n’a rien perdu de sa détermination, mais sa candeur et son air juvénile se sont évaporés. Sur son visage, le poids des responsabilités a creusé d’indélébiles sillons. À moins que ce ne soit la marque du danger quotidien, qui pourrait transformer son destin en tragédie. Il est arrivé dans un 4 x 4 aux vitres teintées, escorté par deux voitures. Quinze gardes du corps l’encadrent désormais. Le lieu de rendez-vous est confidentiel pour des raisons de sécurité. C’est un homme aux traits tirés qui se tient devant moi. Il est venu directement de chez lui, un petit appartement au sein d’une tour, dans un quartier résidentiel de la classe moyenne, où il vit avec sa femme et sa fille. Malgré les harcèlements du régime, la famille tente d’y mener une existence normale, aidée par la protection vigilante des voisins. La semaine dernière, j’ai pu à nouveau lui parler par visioconférence…

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Juan Guaidó et sa femme Fabiana Rosales. © Federico Parra / AFP

Juan Guaidó : « Seul un retour à la démocratie pourra permettre de trouver des solutions »

Paris Match. Après sept mois d’opposition ouverte à Nicolas Maduro, vous êtes toujours en vie et encore libre. Un miracle ?
Juan Guaidó. Bien sûr, le régime me préférerait en exil ou en prison. Diosdado Cabello [NDLR : le numéro 2 de Maduro] a dit à la télévision qu’il m’attendait menotté. Mais mon cas est un vrai dilemme pour le régime. Compte tenu du soutien dont je bénéficie, mon emprisonnement aurait un coût politique certain pour la dictature. C’est pour cela que je suis encore libre. […] L’élément de loin le plus important est l’appui indéfectible du peuple vénézuélien. Il me protège et m’accompagne à chaque minute. Il est là, à chaque coin de rue, dans chaque province, mobilisé pour que soient enfin rétablis ses droits fondamentaux. Nous réclamons l’accès à l’eau, à l’électricité, au gaz, aux transports publics, à la nourriture, aux médicaments… Seul un retour à la démocratie pourra permettre de trouver des solutions.

Qu’est-ce que c’est qu’être président aujourd’hui, au Venezuela, alors que Maduro ne lâche pas les commandes du pays ?
J’exerce mes fonctions de président. Plus précisément, je réclame le droit de les exercer avec, comme objectif, de rétablir la liberté dans le pays. Mais mes conditions de travail sont compliquées. Le Parlement est assiégé par des militaires. Je n’ai pas accès aux médias. Chaque fois que je fais une annonce, le régime bloque Internet et intimide mon entourage. Ma mère et mon frère, sous mandat d’arrêt, ont dû s’exiler. Vingt-neuf des députés qui m’ont aidé à élaborer un « Plan pays », mon programme de sauvetage national, ont été arrêtés ou se sont réfugiés dans une ambassade. Certains ont dû fuir à l’étranger. Les personnes qui ont cherché à faire entrer l’aide humanitaire, ou qui ont appelé à un soutien international, ont connu le même sort. Depuis sept mois, nous subissons une persécution permanente.

Un entretien à découvrir en entier dans le numéro 3667 de Paris Match, en kiosques le 22 août

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