Paris Match Belgique

PS et MR au tournant de leur histoire

Changement pour Paul Magnette et Elio Di Rupo au PS et Didier Reynders et Charles Michel au MR. Quid de leurs partis ? | © Belga

Politique

Pierre Vercauteren, politologue et professeur à l’UCL Mons, décode les derniers événements politiques : formation de Di Rupo III au gouvernement wallon et les futures nouvelles 
présidences du PS et du MR.

Un entretien réalisé par Frédéric Loore

Paris Match. Le gouvernement Di Rupo III est lancé à la Région wallonne. Sa configuration est assez conforme au verdict des urnes, avec la présence non obligatoire mais politiquement nécessaire d’Ecolo.
Pierre Vercauteren. C’est de fait conforme à l’hypothèse la plus envisagée. Cette coalition bénéficie d’une très large majorité au Parlement, ce qui constitue un atout pour faire passer un certain nombre de propositions. En revanche, le fait d’être à trois s’apparente souvent à un exercice de deux plus un. Je veux dire par là que numériquement parlant, les socialistes et les libéraux ayant la majorité, ils pourraient être tentés d’utiliser cet argument pour mettre les écologistes sous pression aux fins qu’ils acceptent d’entériner certains projets. D’un autre côté, idéologiquement cette fois, on pourrait très bien voir les socialistes et les écologistes former une sorte d’alliance objective contre les libéraux. Bref, une tripartite, c’est certes confortable en termes de sièges, mais ça peut devenir difficile à gérer lorsque surgissent les dossiers délicats.

« Les écologistes ont encore en mémoire l’expérience douloureuse vécue sous Verhofstadt I »

Ecolo pourrait-il tirer avantage de cette situation en menaçant de tirer sa révérence en cours de législature, sachant que son éventuel départ ne mettrait pas le gouvernement wallon en péril ?
C’est une arme que le parti pourrait en principe utiliser, en effet. Les écologistes ont encore en mémoire l’expérience douloureuse vécue sous Verhofstadt I. A l’époque, concernant une série de projets qui leur tenaient à cœur, ils avaient été mis en difficulté à plusieurs reprises par leurs partenaires socialistes et libéraux. Il s’en est suivi une défaite électorale. Il est certain qu’ils n’ont aucune envie de revivre un tel scénario.

Lire aussi > Qui est Rajae Maouane, la nouvelle co-présidente d’Ecolo ?

Rajae Maouane et Jean-Marc Nollet, la nouvelle direction d’Ecolo. ©BELGA PHOTO PAUL-HENRI VERLOOY

Elio Di Rupo rempile pour cinq ans comme ministre-président de la Région wallonne. On pouvait s’attendre à une polémique en raison de sa longévité au pouvoir, il n’y en a pas eu. Comment l’expliquez-vous ?
Il n’y a pas de polémique parce que, d’une part, tout le monde reconnaît sa grande expérience et, d’autre part, s’accorde sur sa capacité à trouver des compromis dans les situations difficiles. Souvenons-nous que c’est lui qui est parvenu à faire sortir le pays de la plus longue crise politique de son histoire (541 jours) et à mener ensuite l’action du gouvernement fédéral qu’il a dirigé. Dès lors, ses atouts le légitiment dans la fonction qu’il occupe aujourd’hui.

 

Le nouveau gouvernement wallon : (de gauche à droite) Jean-Luc Crucke, Céline Tellier, Philippe Henry, Elio Di Rupo, Willy Borsus, Christie Morreale, Pierre-Yves Dermagne et Valérie Debue. ©BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Dans le même temps, il passe la main à Paul Magnette à la présidence du PS…
Oui, c’est une transition assumée, mais aussi préparée de longue date. On oublie parfois que le tandem Paul Magnette-Elio Di Rupo n’est pas neuf. A l’époque où le second était à la tête du gouvernement, le premier dirigeait le parti. Forts de cette collaboration déjà ancienne, les deux hommes peuvent opérer en douceur le passage de témoin. Ceci étant, succéder à une présidence aussi marquante que celle d’Elio Di Rupo n’est pas chose facile. C’est vrai du reste pour tous les partis qui ont bénéficié d’une présidence forte : la succession y est toujours un exercice délicat.

Si Paul Magnette est largement plébiscité par les militants, on sait qu’il ne fait pas l’unanimité auprès des barons du parti. Sa présidence pourrait-elle être quelque peu chahutée ?
Il y a une règle fondamentale qui s’impose à tout président de parti : obtenir de bons résultats électoraux. L’un des défis majeurs de Paul Magnette, ce sera de faire la preuve que, sous sa présidence, le PS peut retrouver son débit d’étiage, lequel oscille autour de 28 % à 32 % de l’électorat wallon. Par ailleurs, il a été à dure école politique, singulièrement lorsqu’Elio Di Rupo lui a confié la mission de remettre en ordre le PS de Charleroi, dans le contexte des affaires politico-judiciaires. Il s’est très bien acquitté de cette tâche, montrant qu’il a les ressources nécessaires pour faire face à des situations extrêmement difficiles du point de vue de la gestion d’équipes et de réalités humaines très sensibles. J’ajoute qu’on a souvent l’image un peu faussée d’un Paul Magnette plutôt dur face à un Elio Di Rupo plus en rondeur. En réalité, si le premier peut de fait se montrer inflexible à certains moments, il peut également faire preuve de souplesse en d’autres occasions. En tout état de cause, il va devoir trouver le bon équilibre entre ces deux attitudes pour renforcer sa légitimité auprès des barons du parti.

Lire aussi > Charles Michel, le mal aimé au sommet

Le défi électoral que doit relever le PS ne passe-t-il pas par le renouvellement de son offre politique ?
Le Parti socialiste, et d’autres formations politiques d’ailleurs – on songe notamment au MR, qui doit faire face au départ de Charles Michel et de Didier Reynders –, sont à un tournant de leur histoire. Quasiment tous les partis qui ont exercé le pouvoir sous la dernière législature ont été sanctionnés. Ils vont devoir se renouveler pour se redresser. ça passe par le renouvellement des cadres mais aussi, vous avez raison, par celui de l’offre politique. Tout cela dans un contexte de crise de la démocratie en général et pas seulement de la sociale-démocratie, comme en témoignent les revers encaissés par les mouvements libéraux.

CIM Internet