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Un nouveau bain de sang se prépare en Syrie

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Un tank de l'armée turque à la frontière syrienne, le 8 octobre. | © BULENT KILIC / AFP

Politique

L’attaque de la Turquie en Syrie est imminente, malgré l’opposition et la menace des États-Unis. Les troupes d’Erdogan ont franchi la frontière ce mercredi.

Ankara passe à l’offensive. Après avoir réaffirmé être prête à lancer une nouvelle offensive en Syrie contre une milice kurde, la Turquie a franchi mercredi la frontière au nord-est du pays. La veille, le directeur de la communication du président turc Recep Tayyip Erdogan, Fahrettin Altun, annonçait dans le Washington Post que des soldats turcs allaient « franchir la frontière syro-turque sous peu ». Il avait égalemement prévenu que les combattants kurdes devaient quitter la zone sans quoi la Turquie « n’aura d’autre choix que de les empêcher d’arrêter de perturber ses efforts » pour lutter contre le groupe État islamique.

Un peu plus tôt, les Forces démocratiques syriennes (FDS), menées par des combattants kurdes, ont déclaré l’état d’alerte pour faire face à l’invasion turque, qui était imminente. « Puisque les menaces et la mobilisation de l’armée turque et de ses mercenaires s’intensifient, nous appelons notre peuple à se rendre à la frontière avec la Turquie pour effectuer leur devoir moral et résister en ces moments historiquement sensibles », ont harangué les FDS dans un communiqué.

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La Turquie a mis en place des renforts de son côté de la frontière en vue d’un assaut, affirme Associated Press. Lundi soir, l’armée turque a dépêché des renforts, notamment des chars à sa frontière avec la Syrie, et de nouveaux véhicules blindés y ont été massés mardi. Un convoi militaire d’une centaine de véhicules, transportant des soldats, des armes et des équipements de construction a pris la route d’Akcakale, dans la province de Sanliurfa, à 6 km de la ville stratégique de Tal Abyad dans le nord-est de la Syrie, avaient déjà indiqué plusieurs agences.

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Des membres de l’armée syrienne libre qui soutient les troupes turques. © Nazeer Al-khatib / AFP

La menace des États-Unis ignorée

En franchissant la frontière, Erdogan ignore les menaces des États-Unis. Après avoir laissé le champ libre à une offensive turque contre les forces kurdes en Syrie, Donald Trump a fait marche arrière lundi, dans la confusion et sous la pression internationale et de son propre camp, mettant la Turquie en garde contre tout excès. Le président américain a menacé de d' »anéantir complètement l’économie de la Turquie » si celle-ci « dépassait les bornes ». Un avertissement qu’il avait déjà prononcé en janvier dernier, après l’annonce du retrait des troupes américaines de Syrie.

Suite à l’annonce d’une attaque imminente, le sénateur républicain Lindsey Graham avait prévenu mardi que la Turquie n’avait « pas le feu vert pour pénétrer dans le nord de la Syrie ». « Il y a une opposition bipartisane massive au Congrès, que vous devez voir comme une ligne rouge à ne pas franchir », a tweeté le conservateur. « Si vous voulez détruire ce qu’il reste d’une relation fragile, une invasion militaire de la Syrie fera le travail. #AvecLesKurdes.« 

Que veut la Turquie ?

D’après le quotidien turc Hürriyet, cité par l’AFP, la Turquie envisage dans un premier temps de prendre le contrôle d’une bande de territoire longue de 120 km et profonde d’une trentaine de kilomètres allant des villes de Tal Abyad à Ras al-Aïn, selon le journal. À terme, Ankara entend créer une « zone de sécurité », sorte de tampon de 30 km de profondeur s’étirant de l’Euphrate à la frontière irakienne, soit 480 km. Cette zone a pour vocation, selon Ankara, d’accueillir une partie des 3,6 millions de Syriens réfugiés en Turquie et de séparer la frontière turque des territoires conquis par les YPG en plein chaos syrien. « C’est l’idée la plus folle que j’aie jamais entendue », a affirmé un haut responsable américain au sujet de ce projet turc d’y installer des millions des réfugiés.

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan. © OLIVER BUNIC / AFP

« Catastrophe humanitaire »

Les Forces démocratiques syriennes, composées notamment de combattants arabes et soutenues par la coalition internationale dirigée par les États-Unis, et sa principale milice armée les YPG (Unités de protection du peuple) ont joué un rôle majeur de la lutte contre l’État islamique en Syrie. Mais la Turquie considère ces unités comme des « terroristes » en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène une guérilla dans le pays. Ankara n’est pas le seul à classer le PKK comme organisation « terroriste », une grande partie de la communauté internationale dont Washington et l’Union européenne s’y opposent également.

En cas d’invasion turque, les FDS ont annoncé qu’elles tiendraient l’Organisation des Nations Unis, les États-Unis, l’Union européenne et la Russie pour responsables d’une « catastrophe humanitaire » dans le nord de la Syrie. Inquiète, l’ONU indiquait lundi se « préparer au pire » en cas de nouvelle crise humanitaire en Syrie, où le conflit a fait depuis 2011 des millions de déplacés et a coûté la vie à plus de 370 000 personnes.

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