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À Lille, les Belges insoumis votent Mélenchon

Le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, en meeting à Lille, le 12 avril 2017. | © AFP PHOTO / Philippe HUGUEN

Politique

Dans les gradins du Grand Palais lillois, Jean-Luc Mélenchon avait rameuté les foules pour l’une de ses dernières grandes messes. Parmi le public ch’ti, une centaine de Belges venus voir « le phénomène Mélenchon » en chair et en os.

De passage din ch’nord – dont il a sillonné les cantons à bord de sa caravane – Jean-Luc Mélenchon a fait une halte au cœur de la Métropole lilloise ce mercredi 12 avril pour « convaincre les derniers indécis de faire le choix de l’insoumission ». À deux semaines du premier tour des élections, le candidat de la France insoumise cravache pour maintenir le cap de sa folle ascension.

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Un discours qui vaut le déplacement

Devant une salle bondée, les participants s’entassent tant à l’intérieur sur les gradins qu’à l’extérieur devant l’écran. Dehors, le vent piquant ne suffit pas à décourager les plus frileux d’assister au « Mélenshow ». Et c’est justement dehors que « la star du peuple », cheveux au vent,  inaugure sa grande messe. Peu de drapeaux militants, encore moins de bannières « Mélenchon président » : le crédo du candidat récusant le culte du « Mélenchonisme » est respecté même si le tribun est accueilli par une standing ovation à faire trembler les murs.

Ceux qui sont là savent que s’ils sont là, ce n’est pas pour moi mais pour eux !

Dans la foule, un discret drapeau noir jaune rouge. Parmi les 25 000 personnes présentes sur les lieux, une centaine de Belges ont fait le déplacement depuis le plat pays. Des militants de la France insoumise, mais aussi de simples curieux venus pour « écouter le bonhomme ». En Belgique comme en France, le « phénomène Mélenchon » fascine, même si les personnes interrogées récusent ce terme. « On a énormément de choses à apprendre de l’actuelle présidentielle française », commente un sympathisant bruxellois qui voit dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon un exemple à suivre.

AFP PHOTO / Philippe HUGUEN

Les Belges dans l’insoumission

Débarqués de Bruxelles et de Wallonie, ils surfent sur le tsunami insoumis en soutenant leurs voisins « Frouz ». Entre punchlines et déclarations tonitruantes, un groupe écoute studieusement la tribune. À sa tête, Sophie Rauszer, conseillère au Parlement européen pour le Parti de gauche, fait partie de ceux qui s’attellent à faire résonner l’Avenir en commun sur le territoire belge. Que ce soit en Belgique ou France, « c’est le même combat ». Distribution de tracts, organisation de débats citoyens, participation à des écoutes collectives. Non, la frontière ne fait pas le militant. Parmi les belgo-insoumis, des encartés politiques mais aussi des étudiants, des jeunes travailleurs, des chômeurs et des déçus d’autres partis. Tous se rassemblent pour faire entendre la voix de l’insoumission au sein des contrées belges.

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« Si on vient aujourd’hui, c’est pour sentir tous ces gens autour de nous qui se lèvent et qui crient », raconte une étudiante membre du mouvement « Belgique insoumise« . « Tu te dis que si tout ces gens veulent ces changements là, alors il y a peut-être moyen que ça se fasse. » Distribuant des tracts dans les couloirs de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), cette jeune Française venue étudier à Bruxelles s’étonne de l’intérêt des étudiants belges pour la politique française. « Il y a plein de gens qui se demandent pourquoi on distribue des tracts dans une unif belge. C’est oublier que quasiment un tiers des étudiants de l’ULB sont Français », explique-t-elle. « On a des super retours, tant de la part des Français que des Belges qui eux-mêmes se sentent concernés. »

Pays voisins, destin commun

Devant l’ascension fulgurante du candidat qui avait perdu son pari en 2012, de plus en plus prédisent une victoire possible. Entre ceux qui y croient « depuis le début » et les autres qui – après avoir longtemps hésité – se sont récemment mis à scander « Résistance ! », la ferveur mélenchoniste prend de l’ampleur. Les quelques points qui séparent Mélenchon du second tour, « il n’en fera qu’une bouchée » préconisent certains tandis que d’autres parlent déjà de lui comme du futur président de la République.

Pour les Belges, soutenir la gauche de la gauche, c’est aussi contrer la droite de la droite. Inquiets par la popularité grandissante de Marine Le Pen, plusieurs soutiennent Mélenchon pour faire entendre leurs craintes sur la possible victoire du Front National. « J’aime la France. Nous sommes culturellement proches », confie Armand, un camarade du groupe. « Malgré le plaisir de me rendre dans ce pays voisin que j’aime beaucoup, la France de Mme Le pen, je n’en veux surtout pas. » La montée de la gauche gaucho en Belgique semble aussi être un point commun entre les deux pays, le PTB (Parti du Travail de Belgique) n’ayant jamais enregistré une si belle hausse de popularité en Wallonie.

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Une élection de tous les possibles, portant sur des aspects économiques et européens qui nous concernent tous. « L’économie belge est extrêmement pénétrée avec l’économie française », explique Yves, du groupe d’appui. « Il y a beaucoup de Belges qui, par essence, sont mêlés à la vie française. » Devant des difficultés à s’intéresser à la politique belge, notamment en Flandre, une tendance naturelle à se tourner vers la politique française émerge du côté francophone. « C’est une élection qui concerne la France mais aussi l’Europe », renchérit Armand. « La crise politique actuelle s’étend sur l’ensemble de l’Europe occidentale. Pas seulement en France et en Belgique. Les peuples sont donc à la recherche de solutions que la politique traditionnelle a été incapable de leur offrir. »

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« Un charisme qui catalyse les mécontents du système »

Galvanisée par un discours de deux heures, la foule bigarrée – mêlant jeunes et moins jeunes, habitués ou passagers – lève le poing sur les notes de la Marseillaise. L’effervescence renouvelée autour de la gauche de la gauche tremble de plus belle. Une campagne sur les chapeaux de roues, une démarche électorale nouvelle, un discours « qui parle aux tripes » : contre beaucoup d’attentes, Jean-Luc Mélenchon prépare son envolée vers l’Élysée. « Il a un charisme qui symbolise une adéquation entre la théorie, les idées qu’il défend, et la désincarnation », raconte Charlotte, venue également de Belgique. « C’est cette cohérence rare entre un personnage proche du peuple et le système d’idées qu’il propose que les gens attendent. »

C’est la première fois qu’on est face à un charisme qui catalyse les mécontents du système – en dehors de l’extrême droite – et qui le fait de manière positive plutôt qu’avec un discours de haine.

Qualifié de « passionnant », le « buzz Mélenchon » réveille autant de craintes que d’exaltation au cœur d’un suspense politique qui atteint déjà des records. Si l’ambiance générale prédit que beaucoup feront leur choix dans l’urne, d’autres hésitent encore entre des personnalités que tout oppose. Emmanuel Macron ? Jean- Luc Mélenchon ? « Un dilemme entre le cœur et la raison », diront certains, qui promet d’être difficile à trancher.

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